(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le jour des bugs

Panique dans les open-spaces, hier... « Mon voisin d'en face a dit : ‘trop marrant, il y a un bug Facebook, les messages privés des gens sont publiés sur leur timeline’ (autrement dit rendus publics)... Puis il a ajouté : ‘c'est chaud les conversations’ (...) Sueurs froides... »

Voilà comment, sur slate.fr, Charlotte Pudlowski raconte l'histoire qui a fait le tour du Net hier. Et de penser à tout ce que chacun dit en privé sur Facebook de ses amis, ses amours, ses emmerdes, et ses chefs par dessus le marché...

Vrai ou faux ? Y-a-t-il eu un bug hier : des conversations privées ont-elles été rendues publiques ?

Ce matin encore, c'est le flou : le réseau social assure que non. Le Huffingtonpost se demande : « Hallucination collective ou désinformation de Facebook ? »

Le site spécialisée Techcrunch donne crédit à la thèse de l'hallucination : les messages en question datent d'il y a quelques années. C'était une époque où l'on était moins attentif et où on laissait trainer en public des propos qu'aujourd'hui on envoie en privé.

Possible. Ce que cette histoire met en lumière, c'est à quel point nos pratiques évoluent vite sur les réseaux sociaux, les notions de privé et de public sont mouvantes.

Rue89 ajoute : « Nos vies sont toujours plus connectées, semant toujours plus de données personnelles, sur des serveurs toujours plus nombreux, plus éparpillés. »

Et « même les paranoïaques ont de vrais ennemis », rappelle Charlotte Pudlowski sur slate .

Reflexe classique des paranoïaques : se déconnecter, fermer ses comptes Twitter ou Facebook. Le fantasme de la déconnexion, Rue89 lui tord le cou, en renvoyant vers un article sur le site Internetactu .

C’est intitulé : "Nous ne serons plus jamais déconnectés. »

On y relève « l'infiltration en profondeur de l'information numérique dans nos vies. (…) Les photos postées, les opinions exprimées, les flux d'information sont ancrés dans ce qui se passe quand nous sommes dénonnectés (…) Le web est composé de vraies personnes et de vrais corps, leurs histoires, leurs opinions. Facebook est le monde réel".

Gros bug sur un autre réseau social : celui de la majorité

Bug, buzz et bashing : ce sont les verts qui en prennent plein la poire. Les Verts qui voteront Non au traité européen mais Oui au budget qui en découle en partie. Voilà donc leur principale figure, Cécile Duflot, ministre d'un gouvernement dont son parti se différencie. L'ancienne patronne des Verts a multiplié les contorsions hier sur le plateau de France 2 pour dire qu'elle n'était ni pour ni contre le traité. « Cécile Duflot tente de noyer le poisson » titre Le Parisien à la Une.

Résultat, c'est une séance de ball trap dans les éditos ;

Jacques Camus, La République du Centre :__ ce n'était pas le 20 heures, c'était le plus grand cabaret du monde avec Cécile Duflot en contorsionniste.

Pas une ministre mais une « ballerine, pour son aptitude au grand écart », dixit Dominique Jung dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace

Bruno Dive, Sud Ouest : « c'est fâcheux quand on est ministre du logement de ne pas savoir où on habite. »

N'en jetez plus. Au delà du cas de Cécile Duflot, c'est la place des Verts dans la majorité et au gouvernement qui est en question.

Bruno Dive poursuit dans Sud Ouest : « Les communistes avaient théorisé le soutien sans participation (au gouvernement) sous le Front populaire. Les écologistes inventent la participation sans soutien (…) Avec une majorité pareille François Hollande et Jean Marc Ayrault n'ont presque plus besoin d'opposition. »

L'édito le plus cinglant est celui du Monde . « Au nom de la cohérence de son action et du respect des électeurs, c'est à François Hollande de tirer les conséquences : il doit mettre fin aux fonctions des deux ministres écologistes. Ils reviendront si leur formation se transforme en parti de gouvernement. Un jour, peut-être »

On l'a compris Le Monde n'avait pas choisi le monde comme couleur dans l'édition en kiosque hier après midi. C'était plutôt le noir. A la Une : « Semaine noire pour François Hollande »

Mardi : premier plan social, d'une série probable, Sanofi

Mercredi : publication de chiffres du chômage accablants

Jeudi, décision de justice sur le plan social de Conforama

Vendredi : loi de finances et ses 20 milliards de hausses d'impôts

Le chef de l'Etat, pendant ce temps, est à New York pour l'ONU

Dans Alternatives économiques , interview de Jacques Delors

Oui c'est le numéro d'octobre d'Alter Eco , bientôt en kiosque. A la Une, « Rigueur, l'overdose3.

Et en pages intérieures, le mensuel publie des extraits d'un entretien accordé par Jacques Delors à la prestigieuse revue italienne Il Mulino .

Bilan de la politique européenne contre la crise. Premier constat, pendant 3 ans, les pays de la zone euro ont agi trop tard et trop peu

"L'esprit européen avait disparu, les égoïsmes nationaux faisaient la loi. L'air du temps n'est pas aussi bon qu'il le fut à d'autres périodes de la construction européenne"

L'ancien président de la commission européenne relève encore la très grande complexité de la réponse à la crise au fil des mois : « complexité qui nous éloigne des citoyens (…) Entre le semestre européen le six pack, le two pack, le pacte budgétaire et le pacte de croissance, je me demande qui comprend, voire maitrise le système.

Qui peut dire à quel partage ou à quel transfert de souveraineté conduiront les nouveaux dispositifs de contrôle ? (…)

Il y a un accord traitant des dettes et des budgets nationaux, avec un tribunal qui sanctionne. Mais en revanche, on ne sait pas s'il y aura un pilote dans l'avion pour traiter du développement économique de la zone euro et disons le tout net d'une politique économique et sociale (…)

Quel type d'Europe voulons-nous pour demain ? (…) Nous devons aller au delà du discours actuel sur l'Europe inévitable mais punitive »

On se demande si L'Humanité ne signerait pas un tel discours... En tout cas L'Huma poursuit sa croisade pour le Non au traité et pour un referendum. Sondage CSA : 49% des Français voudraient un referendum contre 39 qui n'en voudraient pas. 12% de sans opinion.

Au passage, autre question du sondage, si le referendum avait lieu aujourd'hui, le traité serait adopté, selon ce sondage, à 52%. On reviendra dans un instant sur l'éditorial de L'Huma…

D'abord : quoi d'autre dans la presse

D'abord toujours le conflit social chez Presstalis, qui distribue les journaux. La victime du jour ce sont Les Echos que vous aurez beaucoup de mal à trouver en kiosque.

Quand le sens de l'humour rejoint le sens des affaires. Après la polémique, Charlie Hebdo en kiosque demain, non pas une mais deux éditions. Puisque l'hebdomadaire a été accusé d'être irresponsable avec ses caricatures de Mahomet, demain un exemplaire responsable et un autre irresponsable.

Revevons à l'éditorial de L’Humanité. C'est un jour Claude Cabanes. Cabanes qui mélange un peu tout dans son papier pour décrire un climat.

L'intime d'abord. « J'ai une amie qui a été victime hier après-midi d'un léger accident domestique nécessitant un passage aux urgences d'un grand hopital parisien. Elle a attendu 8 heures, cauchemar au cœur de la grande ville. Les cerveaux très savants qui s'interrogent sur la dégringolade des sondages pour l'équipe au pouvoir devraient regarder d'un peu plus près les choses de la vie"

L'éditorialiste poursuit : "Le front contre l'austérité marque des points pas à pas" Et il cite le prix Nobel d’économie Paul Krugman qui s'inquiète du destin de la jeunesse qui va hériter d'un pays sans emploi, ce qui est plus grave que la dette. Conclusion : « Il y a le feu au lac, si l'on en croit les réactions des écologistes. (...) Décidément la messe du traité européen n'est pas dite. »

A demain

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