Avons-nous été dignes de l'appel du pape en faveur des migrants, se demande la Vie. Des apprenties comédiennes violentées à Rennes en. répétant Shakespeare, Libération. Un universitaire américain voit dans les jeunes gens radicaux d'aujourd'hui l'équivalent, sans Dieu, des puritains d'antan, le Figaro.

On parle d'un pont...

Qui est une fierté chinoise, le grand pont de Nankin sur le fleuve Yangtzee, long de 4 kilomètres et haut de 70 mètres, une prouesse des années Mao, que Monsieur Chen, un manutentionnaire aux joues au ventre rond et qui aime l'alcool de riz visite chaque week-end, dans un rituel immuable, s'adossant d'abord au premier du pont pour scruter la foule, puis traversant l'ouvrage au ralenti sur son scooter, cherchant les yeux de ceux qui marchent près de lui , ont-il le regard vide, le regard lourd, ont -ils l'air concentré  il guette le pas trop trainant,  le soupir à peine exhalé,  "je repère dit-il les suicidaires à leur démarche, je les reconnais de dos, ils sont seuls comme des oiseaux égarés", et quand il croit voir les symptômes du drame qui vient, il les aborde il leur parle, il leur propose de venir avec lui dans cette cantine de rue tout près où l'alcool est bon, il leur sert un verre, ils racontent leur vie qu'il ne vont pas interrompre finalement.

Cela fait dix-sept ans que Monsieur Chen est sur le pont, il a sauvé 360 personnes de la mort, depuis le 10 septembre 2003, quand il s'est éveillé à l'urgence en découvrant à la télévision qu'on se tuait en Chine et d'abord depuis ce pont à trente kilomètres de chez lui...

Elle est dans SO GOOD, l'histoire de Monsieur Chen,  So good est ce trimestriel qui veut nous dire qu'un monde meilleur est possible et existe devant nous, on y lit aussi un penseur hollandais, Rutger Bregman, qui dit que scientifiquement Rousseau avait raison, l'homme est bon, mais c'est monsieur Chen qui nous fascine, parce qu'il n'est justement qu'un homme parmi les autres, un ouvrier puis manutentionnaire, qui un moment de sa vie vendait alcool et cigarette dans une échoppe de rue, son épouse est femme de ménage... et sans autre raison que sa conscience  et le souvenir du malheur aussi, il est allé chercher les autres, une mère voulait sauter avec son fils autiste, un père était ruiné par le traitement de sa fille morte du cancer... Chen se protège de leurs malheurs en y pensant le moins possible, la petite fille de Freud le lui a conseillé -elle l'a rencontré parce qu'un réalisateur allemand a filmé notre "ange de Nankin", le titre n'est pas bon, c'est un  homme.

Et lire cet homme est  un viatique avant d'aborder ce vaste monde tissé de désespoirs, il en faudrait des Monsieur Chen en Thaïlande où, me dit le Monde on se suicide plus que jamais par la faute du covid et du dénuement qu'ul impose, personne ne m'aide a crié une femme, en avalant de la mort au rat devant le ministère des finances...

Personne ne m'aide, le cri rebondit dans nos consciences. La Vie s'interroge sur ce que les chrétiens ont fait de l'appel du pape françois il y a cinq ans, qui demandait aux paroisses d'accueillir des migrants, le pape n'a pas changé le monde mais a libéré des volontés tout en braquant d'autres, l'évêque de Gap Xavier Malle rencontre des paroissiens qui font la grève de la quête pour cette église qui accueille l'étranger, ils préfèrent entendre Monseigneur défendre l'enfant à naitre contre l'avortement que de le voir ouvrir sa porte. Xavier Malle en sourit, "il ne fait pas rejeter les peurs ni culpabiliser les gens, ce n'est pas parce qu'on n'accueille pas de migrant qu'on n'est pas chrétien, tous ne sont pas appelés." L'indulgence est son métier.

On parle d'une apprentie comédienne...

Qui elle aussi attendait qu'on l'aide. Elle a 21 ans et se nomme Juliette, ne montera peut-être plus jamais sur un plateau de théâtre, elle en rêvait pourtant depuis le lycée, mais son corps ou son esprit le refusent depuis qu'un professeur au conservatoire de Rennes qui trouvait trop mou le jeu de ses élèves et voulait leur montrer comment faire, l'a violentée publiquement lors de répétitions d'une pièce de Shakespeare, dans des scènes que Libération décrit ce matin.

"je ne l'ai pas vu venir, il s'est allongé sur moi, il m'a bloqué les poignets au sol, il m’écrasait de tout son corps plaqué contre moi, je sentais son odeur, sa respiration sa tête dans mon cou"...

« J'étais debout,  il m'a pris les bras les a bloqué dans mon dos il a commencé à descendre une main sur mes hanches, mes cuisses mon ventre en me disant des choses salaces qui n'étaient pas dans le texte »...

C'était entre 2018 et 2019, dans la classe d'un prof comédien qui cette même année mima aussi une pénétration puis une fellation sur une autre apprentie comédienne de 16 ans, le prof en se relevant a dit à sa classe médusée, « c'est ça Shakespeare »...

Tous les élèves sauf un de cette enseignant ont quitté le conservatoire de rennes mais lui, le prof y enseigne toujours, il ne sera plus seul au contact des élèves qui tenteront l'aventure , mais en binôme avec un autre enseignant; une enquête pour "harcèlement moral" a été classée sans suite en juin dernier. Mais au-delà de l'affaire d'un homme Libération s'interroge sur ce que l'on autorise aux enseignants de théâtre, ceux qui pensent que l'on peut à l'ancienne toucher les élèves sans leur consentement et qui perpétuent un vieux mythe sur la souffrance qui élèverait artistiquement. L’élevation a bon dos quand des des enseignants cèdent « au plaisir de former mais aussi de déformer » dit joliment  la philosophe Petra Van Brabandt… Pauvre vieux théâtre qui se débat, Le Figaro doute que le théâtre privé  puisse survivre à Paris, le voilà confronté à de nouvelles exigences. .

On parle enfin d'un homme qui ne croit pas au progrès moral...

Il se nomme Joseph Bottum, il est américain et parle dans le Figaro forcément, qui affirme sa résistance face aux impératifs moraux de l’époque: Bottum est professeur, conservateur mais anti Trump dont il déteste la vulgarité, mais il déchire avec une intelligence rare la culture Woke, le politiquement correct, le besoin de pureté des jeunes générations, leurs intransigeances en matière raciale ou sociétale, qui traquent le privilège blanc ou le racisme systémique et invitent professeurs et journalistes à se recycler ou à partir quand ils écoutent le mal.. Bottum voit chez les idéalistes d'aujourd'hui, une réfraction des puritains d'antan, ces protestants rigides convaincus de leur supériorité morale et qui voulaient laver le péché originel, nos jeunes gens ne diffèrent des puritains que parce qu'ils ne connaissent plus Dieu - il faudrait peut-être, pour sauver le monde, n'etre que Monsieur Chen sur un pont chinois.

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