Le petit Musée de l’Échec

En Suède, au début de l’été, un nouveau musée a ouvert. Son nom : Le musée de L’Échec. Habituellement, ce sont des réussites que l’on expose : réussites artistiques notamment – des sculptures, des tableaux… Or là, le concepteur du lieu a pris le contre-pied de la culture du succès dominant dans le monde actuel, choisissant de mettre en avant différents grands ratés de la société de consommation : différents produits qui ont pour point commun d’avoir fait un flop commercial ! C’est ainsi que dans ce Musée de l’Echec, on peut voir une bouteille de Coca-Cola au café – vous n’en trouverez pas ailleurs, la boisson n’a pas fonctionné… On y voit également un flacon de parfum siglé Harley-Davidson : parfum pour les motards, avec une forte odeur de cuir – là encore un échec total… Idem lorsque Colgate, la marque de dentifrice, avait tenté de se lancer dans les lasagnes surgelés.

« Bienvenue au spectacle du naufrage des autres ! », commente dans PSYCHOLOGIES MAGAZINE David Foenkinos, qui a donc visiblement découvert ledit musée, et précise que c’est vraiment « l’endroit idéal pour se remonter le moral »… De voir ces projets avortés, ces grandes enseignes qui se plantent de façon phénoménale, ça remonterait le moral… Sachant, bien entendu, que l’échec n’empêche pas ensuite la réussite ! Et l’écrivain de citer cette phrase sublime de Churchill : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Pour David Foenkinos, ce Musée de l’Échec valorise ainsi les moments de notre vie où l’on trébuche, « moments qu’on ne doit pas ignorer, car ils toute leur importance dans notre progression »…

Et lui-même se souvient d’une de ses toutes premières rencontres littéraires, il y a dix ans dans une FNAC. « Dans la salle, écrit-il, il n’y avait qu’une seule personne. Une seule ! C’était une femme qui m’a dit : ‘J’ai oublié mes clés, du coup ne je peux pas rentrer chez moi.’ Ce souvenir, poursuit-il, je le mets en bonne place au musée de mes échecs. C’était violent, c’était risible. Mais comme Churchill, j’ai gardé mon enthousiasme. »

Lui également a décidé de garder son enthousiasme : étonnant portrait de Manuel Valls dans M, LE MAGAZINE DU MONDE.

Un long portrait que signent Solenn de Royer et Vanessa Schneider. « Manuel Valls après le déluge » : c’est le titre à la Une, avec une photo où on le reconnaît difficilement - regard en biais, drôle de sourire… Ce n’est plus le premier flic de France martial place Beauvau. Ce n’est plus le Premier ministre ambitieux de l’hôtel Matignon. En cinq ans, Manuel Valls a tout conquis, puis tout perdu… « Rarement homme politique aura connu chute plus brutale. »

Humiliation lors de la primaire de la gauche : il est très largement devancé par Benoît Hamon… Humiliation lors de la campagne législative : il mendie une investiture du parti présidentiel, qui lui rétorque de postuler sur le site Internet, avant de faire savoir qu’il ne correspond pas aux critères… Puis il s’est pris de la farine à Strasbourg et même une gifle en Bretagne : « C’est vrai, je suscite la violence », admet-il, en confiant qu’il a ressenti une « hostilité presque physique »… Humiliation, ensuite, lors de son élection : une victoire avec moins de 140 voix d’avance sur son adversaire de la France Insoumise, et depuis, dans les couloirs de l’Assemblée Nationale, très rares sont ceux qui lui adressent la parole…

Valls est devenu paria pour ses ex-amis socialistes, et d’ailleurs lui-même ne parle plus à François Hollande : « On ne se voit pas, assène-t-il. Je n’ai rien à lui dire et lui non plus, sans doute. » Certains de ses proches le disent « très abîmé », d’autres qui l’ont quitté parlent d’un « épouvantable gâchis ». Et, comme l’écrivent mes consœurs, « ces derniers mois, les traits de l’ancien Premier ministre se sont encore étirés, sa bouche s’est crispée, sa peau a rougi, comme dévorée par un feu, une colère intérieure ».

Mais officiellement, Valls laisse entendre « même pas mal ! »… Et même si son parcours mériterait sans doute de figurer au Musée de l’Echec, il continue de croire dur comme fer à son avenir : « Ma vie politique est encore devant moi », lance-t-il. « Preuve de sa force mentale. Ou de son aveuglement », commente le magazine.

Et que dire de Donald Trump ? Sa présidence figurera-t-elle au Musée de l’Echec ? En tout cas, les journaux, chaque jour, dénoncent son aveuglement… Pour preuve, ce matin, sur le HUFFINGTON POST, qui revient sur deux annonces du président américain…

Première annonce : la grâce de Joe Arpaio, le très controversé shérif de l’Arizona. Âgé de 85 ans, il avait été condamné pour avoir fait preuve d’un zèle excessif à traquer les immigrés clandestins… Or, selon un communiqué de la Maison Blanche, « le shérif, après 50 ans d’admirable service pour son pays, méritait un pardon présidentiel ».

Seconde décision, prise hier également : Donald Trump ordonne au Pentagone de ne plus recruter de personnes transgenres… Selon les estimations, des milliers de personnes transgenres – jusqu’à 15.000 peut-être, serviraient actuellement dans l’armée américaine, suite à l’accord donné en ce sens l’an dernier par Barack Obama.

Et puis, pour rester sur les affaires états-uniennes : question énigmatique dans AUJOURD’HUI LE PARISIEN : « Qui casse les oreilles américaines à Cuba ? »

Des membres de l’ambassade américaine de La Havane se plaignent de pertes d’audition après de mystérieuses attaques acoustiques… « Ce n’est pas ‘l’Affaire Tournesol’, mais ça y ressemble », note le quotidien, rappelant que dans l’album d’Hergé, le professeur dur de la feuille invente une machine à ultrasons pour briser le verre. Rien de tel à Cuba, mais pour reprendre une autre aventure de Tintin, beaucoup d’oreilles cassées ! Et même si l’on ne sait pas d’où viennent ces attaques, écrit Cyprien Pézeril, « voilà une affaire susceptible d’envenimer les relations entre les Etats-Unis et Cuba, relations rétablies en 2015 après un demi-siècle de rupture, mais qui se sont de nouveau dégradées avec l’élection de Donald Trump »…

Cela dit, ce sont d’autres relations diplomatiques qui font aujourd’hui la Une : en l’occurrence, les relations entre la France et la Pologne. Passe d’arme entre les deux pays sur les travailleurs détachés… Avec, tout d’abord une attaque d’une rare brutalité du président français, lequel a martelé, comme le rapporte Jean Quatremer dans LIBERATION, que « le peuple polonais méritait mieux que des dirigeants qui refusent de lutter contre le dumping social ».

Réplique immédiate de la Première ministre polonaise, dénonçant à la fois l’arrogance et l’inexpérience d’Emmanuel Macron. « Macron et la Pologne : le ton monte », commente OUEST FRANCE. « Macron va au clash sur les travailleurs détachés », titre pour sa part L’EST ECLAIR, tandis que LE FIGARO explique à sa Une que le chef de l’Etat « engage un bras de fer avec la Pologne »…

« L’assaut a été franc et brutal, mais Emmanuel Macron a raison », estime Arnaud de la Grange dans son édito. « Pour réconcilier les Français avec l’Europe, il ne pouvait choisir meilleur sujet. Le dossier des travailleurs détachés est vu comme une aberration, une fraude institutionnalisée, une menace pour l’emploi. » Et l’éditorialiste de conclure que le président français doit impérativement arracher une victoire sur ce dossier-là…

Une victoire pour ne pas finir au Musée de l’Echec, entre une bouteille de Coca-Cola au café, un parfum à l’odeur de cuir et des lasagnes surgelés de la marque Colgate…

Et puis, pour finir, je vous conseille la lecture du savoureux supplément de LIBERATION… Long reportage en compagnie de l’actrice Catherine Deneuve, qui est partie en Normandie à la rencontre d’un couple de pionniers de la permaculture, Perrine et Charles Hervé-Gruyer… Vous découvrirez ce qu’est la permaculture : on observe la nature, on s’inspire de son fonctionnement, on oublie les machines… Et puis vous découvrirez la passion de Deneuve pour l’horticulture, son amour pour les plantes… Elle dit notamment que ce qu’elle aime, c’est échanger silencieusement avec elles… Ce papier est une réussite.

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