Banalisation, relativisme? la présence du Fn ne fait plus peur...Macron se lance enfin dans la campagne

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La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Retour sur l’affiche du second tour de la présidentielle

A-t-on pris la mesure de ce qui s’est passé dimanche soir ? 3 jours après le premier tour, le questionnement se poursuit. La Une de la Charente libre : « FN : du choc de 2002 à l’indifférence de 2017 ». « Une candidate normale ? » se demande également Aujourd’hui en France/le Parisien, qui rappelle les étapes de l’entreprise de dédiabolisation du front national par MLP avec 2 photos à l’appui, le 22 avril 2002, des milliers de personnes défilent pour faire barrage à Jean Marie le Pen, hier, une poignée de sympathisants de gauche seulement place d’Italie à Paris.

Banalisation, relativisme, tout se vaudrait-il désormais ? Pas pour tout le monde. Le quotidien l’Humanité,sur la même longueur d’onde que le numéro 1 du parti communiste, appelle clairement à sa Une au « vote anti le pen, sans chèque en blanc à Macron » prend t il soin de préciser. Dans le Parisien, l’essayiste Raphael Glucksmann s’insurge contre « l’absence de gravité qui prévaut dit-il, alors que le Fn est arrivé au second tour pour la deuxième fois de son histoire. « Comme si c’était devenu normal regrette-t-il. Ce n’est pas le front national qui a changé, mais nous qui avons changé face à lui. On est devenu sans conscience, amorphe et apathique ». Il poursuit dans une interview accordée aux Inrockuptibles « le ni ni ignore le danger de l’extrême droite et la tragique de l’époque dénonce-t-il. On peut avoir des désaccords extrêmement profonds avec la politique qu’Emmanuel Macron entend mener, mais il y a une certitude : on sera avec lui dans la capacité de les exprimer dans le cadre d’une société ouverte et démocratique, on ne peut pas dire la même chose de Marine le Pen ». Et d’attaquer nommément la position « ambigüe » dit-il de Jean-Luc Mélenchon, il prend un grand risque à ne pas savoir hiérarchiser entre le libéralisme de Macron et le fascisme dit-il de Marine le Pen ».

La posture du candidat de la France Insoumise encore questionnée ce matin

Par les biais de ses sympathisants et militants, puisque ce sont sur eux que Jean-luc Mélenchon se reposent. Sur le site lesjours.fr, Aurore Gorius et Camille Poloni donnent à voir et entendre le « chaos de conscience » dans lequel ils sont tous plongés. Dans les blogs hébergés par Mediapart, vous pourrez lire les mêmes déchirements des uns et des autres. L’un clame « voter Macron impossible, Voter le Pen impensable » et choisira donc l’abstention, un autre Olivier Tonneau, enseignant chercheur, admet qu’il ira voter contre Marine le Pen, mais pour autant, il récuse les injonctions de ceux qu’il appelle les « pompiers pyromanes », ceux qui l’exhortent aujourd’hui à voter Macron, quand dit il, « c’est le quinquennat de Hollande qui a vu le FN s’enraciner, un Fn qui puise à 2 sources, la haine de l’étranger bien sûr, mais aussi la haine qu’inspire votre modèle de société haï, celle de la finance et du libéralisme. »

Les deux finalistes sont eux repartis en campagne

Avec un peu de retard à l’allumage pour Emmanuel Macron, il s’en est défendu hier affirmant que « rien n’était gagné », et montant au front contre son adversaire. Pas de chance, un peu à contretemps en tout cas du cours qu’il a décidé de donner à sa campagne : la Une de Paris Match ce matin qui célèbre le « pari réussi » du candidat, reportage photos à la clef où l’on voit le clan Macron célébrer sans retenue la qualification pour le second tour. Et puis Libération enfonce le clou avec son interpellation en Une, dont seuls les plus de 40 ans saisiront la référence : « eh Manu, tu redescends ? »…

Son les inconnus

Manu tu descends, sketch des inconnus qui date de 1990 !

Hier, même François Hollande avait demandé à Emmanuel Macron de redescendre. Verbatim précis des conseils présidentiels à son ancien ministre, sous la plume de Laure Breton dans Libération, « le score d’Emmanuel MAcron est un mélange de vote d’adhésion et de vote utile » explique t-il à ceux, ou celui qui n’aurait pas compris. » « il est le candidat qui doit battre Marine le Pen mais il faut qu’il accepte que ces voix ne seront pas à lui » a confié François hollande aux journalistes, dans l’avion qui l’emmenait hier en Mayenne. Enfin, « lui candidat » glisse-t-il au passage, aurait refusé de participer aux débats télévisés en présence de la candidate du Fn « elle a été banalisée en tout, comment dès lors s’étonner qu’elle soit au deuxième tour ? c’est le prix à payer de toutes ces acceptations » déplore t il . Dans les Echos, Cécile Cornudet souligne en tout état de cause la difficulté de ces débats piégés par la candidate Front national elle-même. « Résumer le second tour par un référendum pour ou contre l’europe ? surtout pas,quand on sait depuis 2005 comment se soldent ces référendums. Imposer l’idée d’un clivage entre patriotes et nationalistes comme l’a fait le candidat dimanche soir ? pas très percutant, patriote est une marque déposée par Marine le Pen depuis longtemps. Bref, animer le débat de fond est compliqué pour Emmanuel Macron » conclut-elle, malgré tous les soutiens qui se bousculent en sa faveur

Et puis, un problème concret posé par l’élimination des candidats socialiste et Républicain : « Cherche assesseurs pour le second tour » dit le Parisien. Le Ps et LR étant en effet jusque- là les principaux pourvoyeurs de ces indispensables hommes et femmes qui tiennent les bureaux de vote, des maires d’ile de France s’alarment et lancent un appel aux bonnes volontés. Sachez qu’en dernier recours, les présidents des bureaux de vote peuvent réquisitionner des électeurs pour venir aider à tenir ces bureaux. Et on ne peut pas se dérober à son devoir sauf si on ne sait ni lire, ni écrire

On termine Hélène par un conseil d’évasion

Allez admirer si vous êtes parisien ou en visite, l’exposition consacrée au photographe américain par le centre Pompidou à Walker Evans. Lisez au moins le très bel article que Luc Desbenoit consacre au photographe américain dans Télérama. Clichés en noir et blanc des hommes et des femmes frappés par la grande dépression de 1929, clichés aussi d’une catastrophe écologique sans précédent dans les plaines du Middle West. John Steinbeck écrira les Raisins de la colère, la talentueuse Dorothea Lange nous sensibilisera avec ses propres photos à la misère qui frappe alors les fermiers américains, avec son célèbre Migrant Mother. Walker Evans lui, ne produira pas d’image aussi sentimentale nous explique Luc Desbenoit. Mais son détachement apparent n’est qu’une stratégie d’artiste pour mieux mettre en valeur ces familles de métayers : « ils n’apparaissent pas comme des êtres ballotés par le malheur, mais des personnes qui font face avec une dignité forçant le respect. Ils participent en toute liberté à la construction de l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes. Ils parlent avec les yeux dira le photographe. » 1 siècle plus tard, ils continuent de défier le temps, tels des Rembrandt ou des Vélasquez.Plongez-vous dans les yeux de l’Amérique avec Walker Evans, à la Une de Télérama cette semaine

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