Certains jours, quand on lit la presse, on se dit que le monde ne tourne pas rond.

Feuilletons LIBERATION. 

Page 10 : « Les ONG victimes collatérales de lutte contre le financement du terrorisme. » Alors que se tient en ce moment à Paris la conférence No Money for Terror, des humanitaires mettent en cause les restrictions bancaires qui leur sont imposées. Fermetures de comptes, retard de virements, blocages d’opération : la quasi-totalité des associations françaises qui interviennent pour aider les populations syriennes se heurtent aux nouveaux murs érigés par les établissements financiers mondiaux. L’objectif est louable : renforcer la lutte contre le financement du terrorisme. Le résultat est problématique : dès qu’il s’agit de la Syrie, les ONG ont toutes les peines du monde à travailler.

On passe à la page 15 : « Aide aux migrants : trois militants en prison. » Il s’agit de deux Suisses et d’une Italienne de 26 ans, accusés d’avoir facilité le passage en France d’une vingtaine de migrants dimanche dernier. Ils ont été placés en détention provisoire dans l’attente de leur jugement. « Décision incompréhensible », estiment leurs avocats, leurs clients n’ayant jamais eu affaire à la justice. Ils vont déposer une demande de mise en liberté. 

Et puis, à la Une du journal, un dossier sur le GBL. Le GBL, c’est un solvant. On le trouve en vente sur Internet, où il est présenté comme un produit de nettoyage qui ferait des miracles pour, je cite, « enlever de la peinture, de l’huile, de l’encre, de l’émail, de la colle ou des graffitis ». Mais ceux qui en achètent l’utilisent très rarement pour nettoyer. Plutôt pour faire la fête. Le GBL, c’est une drogue, qui se répand de plus en plus dans le monde de la nuit – les boîtes parisiennes ou les soirées privées. Le GBL est bon marché. On le dilue dans l’eau. Le breuvage est acide, mais les effets immédiats : euphorisant, désinhibant, un sentiment de liberté, une hausse du désir sexuel et l’impression d’aimer tout le monde. Ceux qui en consomment décrivent des moments merveilleux… sachant qu’après, c’est génial : on n’a même pas la gueule de bois !

Sauf que c’est dangereux, très dangereux, et qu’on s’accoutume très vite. Les acteurs de la nuit s’inquiètent. A dose élevée ou bien quand on le mélange à l’alcool, le GBL peut provoquer des hallucinations, des crises de tachycardie, mais aussi des comas. Dans les hôpitaux parisiens, 50 à 100 comas par an seraient liés à cette drogue, et il y a même eu un cas mortel le mois dernier, un jeune homme de 23 ans, qu’on n’a pas pu réanimer. Au Royaume-Uni, les décès se comptent par dizaines. Là-bas, le GBL est interdit depuis maintenant dix ans. En France aussi, c’est interdit, mais si l’on en croit le journal, les pouvoirs publics n’ont pas encore pris conscience du phénomène. Un phénomène de mode, qui fait des ravages. Non, le monde ne tourne pas rond. 

C’est d’ailleurs aussi ce qu’on se dit en parcourant d’autres journaux. Par exemple le billet de Michel Schifres dans L’OPINION. Il revient sur un récent procès : celui d’un automobiliste poursuivi pour avoir fait un doigt d’honneur à un radar. Le parquet réclamait entre deux et quatre mois de prison, pour « outrage à une personne chargée d’une mission de service public »… Mais un radar n’est pas une personne, c’est une machine. Et « l’outrage à machine » n’existant pas dans le droit pénal, le grossier conducteur a finalement été relaxé. « Profitons-en, s’amuse dès lors le billettiste. Injurions les feux rouge et insultons les Stop en toute impunité, voilà des petits plaisirs de la vie qui nous restent ! » 

Autre histoire, à lire, celle-ci, sur le site de GQ : un petit Australien de douze ans qui s’est enfuit de chez lui, parce que sa mère l’avait grondé. Il lui a pris sa carte bleue et s’est envolé pour Bali, où il a loué une chambre d’hôtel et loué un scooter, sifflé des bières et dépensé près de 5.000 euros ! Retrouvé par la police au bout de quelques jours, ses parents sont finalement allés le récupérer. Pas simple d’éduquer les gosses. 

Et c’est d’ailleurs d’éducation que parle aujourd’hui LE PARISIEN. Avec une interview du ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer qui, dixit le journal, « siffle la fin de la récré ». Pour enrayer la baisse du niveau en lecture et en calcul, il publie aujourd’hui au journal officiel une série d’instructions très précises destinées aux profs. Résumés desdites instructions, sous la forme des dix commandements. Je m’arrêterai à quatre : plus de photocopies mais un manuel de lecture, deux exercices de quinze minutes d’écriture par jour, une dictée quotidienne de dix à quinze minutes, quinze minutes de calcul mental par jour... Beaucoup de tranches de quinze minutes. Jean-Michel veut en outre imposer la méthode syllabique dans toutes les classes. Parce que, dit-il, c’est la seule qui fonctionne… « La liberté pédagogique, dit-il, ce n’est pas l’énarchisme pédagogique. » 

A propos d’anarchie : un très intéressant dossier dans LA CROIX ce matin, dossier consacré aux « nouvelles radicalités ». Désormais, la contestation se fait de plus en plus violente et, çà et là, en France, des groupes d’extrême droite ou d’extrême gauche occupent le terrain. Des formes d’expression qui se nourrissent d’une défiance croissante envers les politiques, ce qui pousse les forces de l’ordre à revoir également leurs modes d’action. 

A la rubrique politique, toute la presse revient par ailleurs sur la visite américaine d’Emmanuel Macron. « Amical mais critique, Macron a séduit le Congrès », titre ainsi LE FIGARO, tandis que L’HUMANITE estime que le chef de l’Etat français n’a pu masquer, je cite, « un inquiétant alignement atlantiste ».

Et, puis, pour finir, un mot de sport. La Une de L’EQUIPE est consacrée au match Marseille-Salzbourg de ce soir - demi-finale aller de la Coupe d’Europe, et l’OM entend profiter de sa forme étincelante pour prendre une option sur la finale. Et puis, à la fin du journal, une question sur un autre sport : « Est-on plus crédible en pantacourt qu’en jean ? » C’est en tout cas ce que pense la Fédération française de pétanque et de jeu provençal, qui a décidé d’interdire le port du jean lors des compétitions qualificatives pour les Championnats de France. « C’est une question d’image, dit-on. On se sent observés dans la perspective des JO 2024, et une Fédération qui ne sait pas faire respecter ses textes, ça fait mauvais genre. » Les textes indiquent en effet que, pour ses phases qualificatives, sur les terrains de pétanque, « seuls sont autorisés les pantalons et les pantacourts ». On interdit les jeans, mais on autorise les pantacourts. Décidément, le monde ne tourne pas rond. 

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