L’enfance de Marielle dans l’Yonne républicaine, les beaux mots d’Adjani dans les Echos, l’ironie de la Provence sur Monsieur Macron et sa liste de courses, la France et la Chine en bataille navale, Annie Ernaux fait les courses et lutte contre les trop belles phrases dans le Monde.

On parle d'une malédiction...

Et du théâtre des rêves, et des regrets du peuple, et est-il plus beau théâtre populaire que le stade de Anfield Road à Liverpool où m'invite Libération, où un peuple vêtu de rouge se lamente de ne pas avoir gagné le championnat d'Angleterre depuis 29 ans... et si Liverpool n'est plus champion, en voilà la raison selon Libération: Parce que Bruce Groobelaar, qui fut il y a plus de trente ans le sublime et zimbabwéen gardien du club, et que l'on surnomme là bas « jungle man », n'a pas pu uriner, oui, faire pipi sur les quatre poteau des deux buts de Anfield, seule manière dit-il de lever la malédiction qui fut lancée pour lui par un marabout fâché que le club n'ait pas donné de travail à son ancienne vedette. En 2014 Bruce avait uriné sur un but avant de se faire prendre, il y retournera et finira sa mission, miction si le titre à nouveau échappe aux Reds...

Et ces gamineries féériques me plaisent plus que la froide raison des transferts dont l'Equipe commence la litanie  et savez vous, quand on regarde l'actualité tel un lecteur enfant, elle est théâtre et rites et aussi sorcellerie. Des vaches meurent bizarrement dans les Cotes d’Armor, c'est dans le Parisien,  les éleveurs accusent les ondes électro-magnétiques et une antenne relais, cela semble une magie noire... Pauvres campagnes, elles furent joyeuses. Lisez dans l'Yonne républicaine, l'enfance de Jean-Pierre Marielle dans son village de Précy-le-Sec, Marielle que sa grand-mère habillait trop bien et des garnements le traitaient de chochotte et un jour le couvrirent de bouse et "ils me pissèrent dessus", dit-il dans ses mémoires, il en coinça deux plus tard dans le campanile de l'église pour leur flanquer une dérouillée. Lisez dans le magazine des Echos comment une grande femme a cessé "de s'amputer d'une partie d'elle même" et a retrouvé "le désir indéfectible" du théâtre puisqu'Isabelle Adjani est sur scène à nouveau dans une adaptation de « Opening nights » de Casavettes, son metteur en scène Cyril Teste l'observait avec une "douce réserve", Adjani parle de son « émoi », et se dit « absolument vulnérable », elle a des mots presque trop beaux et cite Paul Valéry: "Trouver n'est rien, le plus dur est de s'ajouter à ce que l'on trouve"...

Hier, on le sait, un homme a parlé, qui doit lui aussi s'ajouter à ce qu'il a trouvé, un pays conquis il y a deux ans;  Emmanuel Macron, était en scène pour s'ajouter à la France et nos journaux nous résument ses propos et en font presque tous leurs unes, mais dans une lassitude pardon confrères, de titres génériques, « l'acte deux du quinquennat », « ses réponses à la crise », « est-ce suffisant », ou dans une psychologisation à laquelle l'homme invite, "Je peux mieux faire", c'est Sud-Ouest. Et dans ce morne paysage, le plus drôle est le plus cynique, Franz Olivier Giesbert qui pilote la Provence et qui en tant vu, et dont la Une moque "La liste des courses" du Président, et lui même rit de ce Monsieur Macron redescendu sur terre dans des « formules toutes faites » et qui lui rappelle Jacques Chirac... D'autres l'ont vu gaullien, dans la Montagne, la Voix du Nord titre sur le « changement dans la continuité », ça c'était Giscard, et la Charente libre, « travailler plus pour payer moins d’impôts", nous fait presque du Sarkozy... Curieux moment où un homme qui joue son rôle fait penser à d'autres. 

Et quelques journaux boudent en Une la parole présidentielle...

Et leurs urgences nous parlent d'une France inquiète de violence en dépit de la parole d'Etat; Paris-Normandie, dans son édition du Havre, la ville du Premier ministre!, se soulage de l'abandon d'un projet de prison...  Presse Océan, d'une Nantes endeuillée de fusillade, s'interroge sur l'armement de la police municipale. Nord Littoral met à la une l’incendie, criminelle peut-être d'une résidence, "les trois mousquetaires", dans le quartier Descartes. L'Eveil, en Haute-Loire barre sa une d'un autre incendie. Hier jeudi à l'aube, des individus masqués munis d'un chalumeau sont entrés au lycée professionnel Jean Monnet, au Puy en Velay, ils ont menacé le proviseur, et brulé la porte de son appartement de fonction et brulé surtout le self-service et le gymnase, dévastés et noircis, les photos impressionnent. La situation sociale ne serait pas étrangère aux violences, sur une table du gymnase, on lit cette inscription, "macron fdp"... Je lis dans Sud-Ouest,  qu'un village de Dordogne, Saint Vincent de Connezac est défiguré de slogans, « un flic, une balle, justice sociale »: pourquoi là? 

Dans les Inrockuptibles, un chanteur de talent, Jean-Louis Murat, cède çà la misanthropie des révoltés: il a aimé les gilets jaunes et leurs voitures déglinguées dans son Auvergne, il en déteste le président qu'il traite de puceau, toujours la culture virile! Il déteste aussi -notez bien- feu Johnny et les rappeurs de PNL, et se lamente, « quel pays misérable la France est elle devenue? » 

Misérable je ne sais, distrait en tous cas de la marche du monde. Je lis dans le Figaro et dans le Monde que, si loin de nos graffitis, nous sommes en bataille navale avec la Chine. Notre frégate Vendémiaire a été interdite du défilé naval international qui fêtait les 70 ans de la flotte de la chine communiste, et elle croise désormais encadrée par des navires chinois, on lui reproche d'être passée par le détroit de Taiwan, que la chine considère comme sa propriété... Est-ce du théâtre aussi...? 

Et une dame de lettres dans le Monde...

L'écrivaine Annie Ernaux, venue d'une épicerie café mercerie d'Yvetot et qui de livres en livres a fait de sa vie a fait de sa vie une oeuvre qui pourrait lui valoir le "Booker international prize" après Salman Rushdie, et d’autres, cela mérite assurément qu'un des plus talentueux de nos confrères, Philippe Ridet, visite cette femme qui toute son existence a prétendu ne pas jouer:  Je suis contente d'avoir changé des choses dans la littérature, je crois avoir fait en sorte qu'il n'y ait plus cette admiration inconditionnelle pour la belle phrase" dit-elle; elle se réjouit de transmettre des mots de normandie, « mucre », qui désigne un temps humide et douceâtre... Et sous le regard d’un journal, on joue toujours un peu et dans portrait, on parle politique, on dispute avec Alain Finkielkraut… 

On parle aussi du supermarché des trois fontaines de Cergy, où elle observe le monde, et on parle des courses que ne font pas les hommes dit cette féministe: elle s  souvient d'un journaliste de France inter qui se vantait que sa maman lui faisait les courses.

Mais qui est-ce? 

(C'est Augustin Trapenard, il nous l'a avoué à l'antenne)

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