Bonjour, Tiens !... on est mercredi ! C'est le jour de sortie du CANARD ENCHAINE. Que dit-il, le coin-coin ? Cette semaine, il cancane plus qu'il ne caquette, avec ce titre qui barre sa Une : "Clinquantes vacances égyptiennes aux frais de Bolloré et de l'émir d'Abou Dhabi... Sarkozy fait le FANPHARAON !", le tout sous le traditionnel jeu de mots de manchette : "Sarko entre Carla et les contrats... LE CHARME... ET L'CHEQUE !". Il faut bien le reconnaître : il s'en donne à coeur joie, votre hebdomadaire satyrique, quand il publie notamment ce dessin de Cabu (on y voit Sarkozy et Bruni en roi et reine d'Egypte, la belle est toute en jambe, son amoureux déclare : "je vous présente Madame Tout-en-canon". "Le barnum Sarkozy au pays des pharaons"... C'est dans LIBERATION dont l'envoyée spéciale raconte : "Arrivé à bord d'un Falcon appartenant à l'homme d'affaires Vincent Bolloré, Sarkozy, chemise ouverte et lunettes noires, a gagné son hôtel encadré par un imposant cortège de 16 voitures". L'hôtel en question, un 5 étoiles, est le Old Winter Palace de Louxor... Le chef de l'Etat souhaitait séjourner (comme François Mitterrand jadis en fin d'année) au Old Cataract d'Assouan ; projet contrarié : il en a été empêché par des travaux de rénovation. Sa compagne et lui occupent donc une suite du Old Winter Palace, suite dont le prix, nous apprend LE PARISIEN-AUJOURD'HUI EN FRANCE, dépasse les 1100 dollars (autour de 800 euros) la nuit. A Charm-el-Cheikh, le président logera dans une somptueuse villa, propriété de l'émir d'Abu Dhabi. A l'exception notable du CANARD ENCHAINE et de LIBERATION, vos journaux, pour la plupart, ne retiennent que l'aspect "glamour" de ce voyage de fête. LE FIGARO, LA MONTAGNE, LA DEPECHE DU MIDI, NICE MATIN, PARIS NORMANDIE, LE REPUBLICAIN LORRAIN donnent dans le titre "people", pour ne pas dire "sirupeux" : "L'escapade de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni à Louxor", "La grande sortie de Carla Bruni", "La romance sur le Nil du président et du top-model", "Nicolas et Carla, main dans la main à Louxor", "Vacances au grand jour"... ... J'ai gardé le meilleur pour la fin : "Amour sur le Nil" en Une de LA PROVENCE (je ne vous décris pas les photos qui vont avec, partout dans la presse... retenez seulement qu'il y a celles AVEC ou SANS lunettes de soleil, et que Carla Bruni portait aux pieds des ballerines). Dans LE CANARD ENCHAINE, le dessinateur Lefred-Touron pose clairement cette question : "L'Egypte : PUBLIC ou PRIVE ?"... Pour toute réponse, il croque une meute de journalistes, perplexes face à un Nicolas Sarkozy chaussé de souliers à glands... Il leur dit : "C'est pourtant simple : quand je siffle une fois, c'est public !... Quand je siffle DEUX fois, c'est privé !" Autre question, posée cette fois en couverture de VSD : "Carla Bruni est-elle prête pour l'Elysée ?"... ... Et par la grâce d'un voisinage graphique, ce titre interrogatif partage la Une du magazine avec cet autre titre : "Asterix, les secrets du film événement"... Sarkozy... Asterix ? Carla Bruni... Falbala ? Décidément, il s'en passe au pays des Gaulois. L'événement (si c'en est un) suscite quelques commentaires, essentiellement, d'ailleurs, dans la presse quotidienne régionale. Sous le titre "Décence", Michel Noblecourt, dans MIDI LIBRE, semble se montrer grognon. Il roumègue : "Nicolas Sarkozy est libre de s'afficher, d'une façon assez 'm'as-tu vu'... ce qui est plus gênant dans cette escapade, c'est cette nouvelle manifestation de connivence avec le monde du luxe et des affaires". Pas tout à fait d'accord, Jacques Camus, dans LA REPUBLIQUE DU CENTRE, quand il écrit : "Il faudra bien renoncer à s'en prendre à son train de vie qui, à la différence de celui de ses prédécesseurs, n'est peut-être ni plus ni moins scandaleux, mais tout simplement plus transparent. La seule question est de savoir si cela nuit ou non à l'épaisseur de la fonction présidentielle. D'après les sondages, il semble que 'non' pour une majorité de Français. Une seule interrogation demeure quand même : Nicolas Sarkozy cherche-t-il à nous éblouir ou à s'éblouir lui-même ?" Adepte de la "transparence", le chef de l'Etat ?... ... OUI, renchérit Franck De Bondt pour SUD-OUEST... "Adepte de la transparence jusqu'à l'exhibition" ! "Qu'importe la forme", conclut, philosophe, Pierre Taribo. Pour l'éditorialiste de l'EST REPUBLICAIN : "Ce sont le fond et les résultats qui comptent. Pour le reste, Monsieur Sarkozy peut bien emprunter le jet de Vincent Bolloré, cela ne changera ni la face du monde, ni la vie des Français". Ce qui changera, ces prochaines années, ce sera la vie des Français qui étaient jusque là assujettis aux régimes spéciaux de retraite. Ils "devront cotiser 41 ans en 2016" annonce le quotidien économique LES ECHOS en gros titre, avant de préciser : "le gouvernement, soucieux de matérialiser au plus vite un des engagements de campagne de Nicolas Sarkozy, veut ainsi marquer l'entrée en vigueur de la réforme, sans attendre la poursuite, en janvier et en février, des négociations complémentaires" entreprises à la Sncf, à la Ratp, à EDF et à GDF. En termes de calendrier, ça donne une durée d'assurance portée de 37 ans et demi à 40 ans au 1er décembre 2012, puis relevée d'un trimestre au 1er juillet de chaque année jusqu'à atteindre 41 ans à l'été 2016. L'HUMANITE publie le portrait et le témoignage d'un jeune ouvrier de maintenance de la Régie Autonome des Transports Parisiens. Il y est entré à l'âge de 16 ans, il a aujourd'hui 23 ans. Mathieu, qui ne lit sans doute pas LES ECHOS, déclare être prêt à cotiser pendant 40 ans au lieu des 37 ans et demi, mais un départ à la retraite plus tardif qui s'accompagne d'une perte de revenus, cela ne passe pas. Il ajoute : "il faut revaloriser la grille des salaires, conserver le calcul de la pension sur les six derniers mois, supprimer la décôte, sinon, ce que le gouvernement nous propose, c'est de travailler plus pour gagner moins". Dans ce même quotidien (L'HUMANITE), Michel Guilloux rappelle la promesse faite par le candidat de l'UMP à la présidentielle dans son discours de Charleville, le 18 décembre 2006... Nicolas Sarkozy (car c'était lui) voulait que "d'ici deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid". A ce propos, je vous invite à lire la contribution adressée au journal LE MONDE par Katharina Von Bülow, journaliste et écrivain. Son texte commence ainsi : "Je suis allemande d'origine. De toutes les horreurs et crimes commis par les miens, j'ai retenu ceci : si chaque Allemand avait pris sous son aile ne serait-ce qu'un seul juif, Hitler n'aurait pas pu en assassiner des millions"... Puis elle raconte sa rencontre à Paris avec Bernard, un SDF de 47 ans, vie chaotique et santé fragile. "Sur un coup de tête, je lui jure que je le sortirai de là" raconte-t-elle... Ensuite, elle déroule des mois de galère en commun - neuf mois -, les portes qui se ferment, les méandres d'une administration inflexible, Bernard qui va de plus en plus mal, qu'elle fait hospitaliser et que l'on remet à la rue, jusqu'à une rencontre décisive. A présent, grâce à cette femme, Bernard n'est plus tout à fait un SDF. Il loge, à titre exceptionnel, dans un centre d'hébergement et de réinsertion pour des prisonniers en liberté conditionnelle. Il a un toit sur la tête, il perçoit le RMI qu'il ne percevait pas... L'obstination d'une inconnue marquée par l'Histoire lui a rendu la "confiance". En Une du cahier économique du FIGARO, cette étude : "L'Insee met en lumière le poids du budget logement chez les ménages modestes"... ... A rapprocher de cet autre titre, prélevé en première page de LA PROVENCE : "Etrangers cherchent maisons de luxe"... Américains et Scandinaves, nous dit-on, traquent un gentil pied-à-terre en front de mer Méditerranée, mais peu de biens sont à vendre. Record actuel pour une villa : 4 millions 600.000 euros. Dans LA CROIX, Dominique Quinio cite l'homélie prononcée par le pape dans la nuit de Noël : "Plus les hommes deviennent riches, plus ils emplissent tout d'eux-mêmes. Et moins l'autre peut y entrer ". Je terminerai sur cet article du PARISIEN-AUJOURD'HUI EN FRANCE, papier intitulé : "Amiens bétonne sa cathédrale". A sa lecture, on apprend la construction de 175 logements haut de gamme (3.000 euros le mètre carré) à proximité de ce chef-d'oeuvre d'art gothique du 13ème siècle, classé au patrimoine de l'humanité. 8,5 mètres seulement séparent le mur nord de l'édifice historique du plus proche des immeubles en construction. On s'en émeut dans la ville. Un jeune père de famille, cité par le journal, déclare : "Un jour, ils raseront la cathédrale pour mettre des immeubles à la place ! Pour l'argent". Le maire d'Amiens, c'est Gilles de Robien. Il dit de son côté que : "Densifier la ville, c'est rendre hommage au monument". L'auteur de l'article, Philippe Baverel, qualifie le chantier en cours de... "pharaonique". ... Décidément, l'Egypte aujourd'hui dans l'actualité, vous ne pourrez pas y échapper.

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