« ‘Vivre selon mon bon plaisir, ou ne pas vivre du tout’ : c’est là ce que je veux. Mais hélas, comment y aurait-il encore pour moi un plaisir ? »

Ce n’est pas moi qui dit ça, non, c’est une citation : une phrase de Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra… 

Vivre selon son bon plaisir, ou bien ne pas vivre du tout : certains en ont fait leur maxime, la règle de leur existence… Mais trop de plaisirs en même temps, rassemblés sur la même journée, n’est, cela dit, pas sans danger, ainsi qu’on le lit ce matin dans les colonnes du FIGARO… Désolé, ce n’est pas réjouissant : le 25 décembre, le 26 décembre et le 1er janvier sont les trois journées de l’année où la mortalité augmente de 5%... 

5% de décès en plus, précisément à cause des fêtes. 

Abus d’alcool et de nourriture, alimentation trop salée, des plats mal décongelés ou bien à la fraîcheur douteuse, plus le stress et plus la fatigue : tout cela pèse sur l’organisme et entraîne une recrudescence des décès pour raison cardiaque… Mais la période s’accompagne par ailleurs d’un relâchement de l’attention, lequel provoque une augmentation des accidents domestiques… Des coupures, des cassures, et puis surveillez bien les petites piles des jouets qu’ont reçus vos enfants… Les petites piles bouton : danger parfois mortel… Tous les ans, en France, plus de 1.200 visites aux urgences sont liées à l’ingestion de ces piles bouton. 

Sachez donc que le 26 décembre est l’une des trois journées les plus dangereuses de l’année… Si vous le pouvez, restez couchés, écoutez la radio – ce plaisir-là, il est sans risque. Et en même temps – formule tendance – le fait même de vivre est un risque, mais le risque est assez différent en fonction de l’endroit où l’on vit.

Très risqué, par exemple, de vivre au Mexique et de se moquer d’un baron de la drogue. 

Il avait 17 ans, il s’appelait José Luis Lagunas Rosales et, depuis plusieurs mois, il était devenu une star d’internet. Coqueluche de la jeunesse mexicaine sur YouTube, avec des vidéos dans lesquelles il ne reculait devant aucune provocation… Mais, comme le raconte François-Xavier Gomez dans LIBERATION, sa dernière provocation lui a été fatale. « Je m’en bats les couilles d’El Mencho », a-t-il lancé pour rigoler. El Mencho, c’est le surnom du parrain d’un important cartel… Et quelques jours plus tard, le 18 décembre, le jeune homme a été assassiné, ajoutant son nom à la liste des 26.000 morts violentes de l’année liées au trafic de drogue… 2017 : l’année la plus meurtrière depuis que le président mexicain a décidé de mener la guerre aux narcotrafiquants. Echec sur toute la ligne : 200.000 morts en onze ans… Dopé par la demande des Etats-Unis, le Mexique est devenu la plaque tournante de la drogue, en particulier de l’héroïne coupée au fentanyl, puissant opioïde de synthèse qui peut causer la mort uniquement par un contact avec la peau. 

Les cartels mexicains sont plus forts que jamais. Les morts plus nombreux que jamais. Risqué, oui, très risqué, de se moquer d’un baron de la drogue au Mexique…

Très risqué également de se dire athée en Egypte. C’est à lire dans L’HUMANITE, sous la plume de Stéphane Aubouard : « Le régime militaro-islamiste cible les athées ». C’est ainsi qu’en guise de cadeau de Noël, le tribunal des affaires familiales du Caire vient de décider de retirer la garde de ses deux enfants à leur mère, au seul motif qu’elle avait dit publiquement qu’elle était athée… Depuis plusieurs mois, sur les chaînes de télé égyptiennes, des imams martèlent que « l’extrémisme et l’athéisme sont les deux faces d’une même pièce ». Jusqu’alors, la Constitution du pays garantissait pourtant la liberté de croyance. Mais désormais, donc, en Egypte, on n’a plus le droit de ne pas croire. Risqué, oui, très risqué, de se dire athée en Egypte… 

Toute la presse revient par ailleurs sur les mots prononcés par le pape lors de son homélie de Noël. Et ce n’est pas souvent qu’elle est unanime, la presse… Encore plus rare quand il s’agit de religion. Et pourtant, ce matin, tous les journaux saluent et applaudissent l’homélie du pape, homélie dans laquelle il a exhorté les catholiques à ne pas ignorer le drame des migrants, en plaidant, je le cite, pour « transformer la force de la peur en force de la charité et de l’hospitalité, pour que personne ne sente qu’il n’a pas de place sur cette Terre »

« Le pape François dit avec courage ce que d'autres n'osent pas dire », écrit Jean Levallois dans LA PRESSE DE LA MANCHE… « Il a célébré la nativité du Christ en rappelant opportunément que Jésus, Marie et Joseph étaient des migrants », note pour sa part Pierre Fréhel dans LE REPUBLICAIN LORRAIN, précisant cependant qu’il n’est « pas certain pour autant que le devoir de charité et d'hospitalité qu’il a recommandé soit entendu par tous les catholiques, ou ceux qui se définissent comme tels »…  Dans LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE, Patrice Chabanet va même jusqu'à écrire que le pape « désavoue, entre autres, les tenants d'une Europe chrétienne face à ce que ces derniers considèrent comme une déferlante migratoire essentiellement musulmane »… Et même L’HUMANITE qualifie le pape d’homme du jour… Dans son édito, Patrick Apel-Muller reconnait même que son journal se sent aujourd’hui « plus proche de l'homélie du pape François que des circulaires du ministre de l'Intérieur français et de la loi anti-migrants que diligente Emmanuel Macron »

Risqué, oui, très risqué, de venir aujourd’hui se réfugier en Europe… 

Croiser la route de  Donald Trump n’est pas sans risque, là encore. Et surtout quand on est une femme. 

On se souvient de la vidéo dans laquelle il se vantait, je cite, « d’attraper les femmes par la chatte ». Eh bien, à ce jour, une vingtaine de femmes l’accusent d’attouchements ou même d’agressions sexuelles. Evidemment, il nie, les traite de menteuses – elles seraient motivées, dit-il, par des intentions politiques ou simplement à la recherche d’une certaine célébrité… Mais elles n’en démordent pas, et certaines demandent une enquête du Congrès… Elles souhaitent que le président américain, lui aussi, rende des comptes, à l’instar de tous ceux – politiques, journalistes, restaurateurs, acteurs qui, depuis quelques mois, ont été accusés de viol ou de harcèlement… Ce matin, MEDIAPART publie leurs témoignages, précisément décrits et très souvent corroborés par des proches ou des amis auxquelles elles se sont confiées… Et elles dépeignent un homme persuadé d’être irrésistible, un homme toujours en chasse et qui considère les femmes uniquement comme des accessoires, des objets, des trophées… « Comme du bétail », dit même une ex-reine de beauté, tandis que d’autres le surnomment « le prédateur en chef »

Témoignage de Kristine Anderson, photographe de 46 ans, qui en avait 20 moins quand elle l’a rencontré… « _Donald Trump a touché mon vagin à travers mes sous-vêtements_, comme si j’étais un animal empaillé sur un canapé… »

Témoignage de Jessica Leeds, femme d’affaire de 75 ans, qui en avait 35 de moins quand elle l’a rencontré… « D’un coup, ses mains se sont retrouvées partout sur moi. C’était comme s’il avait six bras. _Il était comme une pieuvre_. »

Summer Zervos, 42 ans, ancienne candidate de télé-réalité : « _Il m’a embrassée deux fois sur la bouche, et de manière très agressive_. »

Natasha Stoynoff, 52 ans, journaliste : « Il m’a poussée contre un mur et il a introduit sa langue le long de ma gorge. »

Karena Virginia, professeur de yoga : « Il m’a mis la main sur le sein, je me suis sentie très honteuse. »

« Il m’a empoigné les fesses », raconte pour sa part une ancienne miss Finlande, tandis qu’une autre évoque un baiser tout en bas du dos pendant qu’elle était en train de s’habiller… 

Violence, contrainte, surprise : certains de ces gestes s’apparentent à de réelles agressions et si MEDIAPART a choisi de les détailler ainsi, c’est parce qu’ils sont assez peu connus en Europe.

Risqué, oui, très risqué, de croiser la route de Donald Trump… 

Pour finir, un mot sur un journal retiré des kiosques… C’est un fait assez rare pour être souligné. Le magazine YOUPI, magazine pour enfant, retiré de la vente pour avoir écrit qu’Israël n’était pas, je cite, « un vrai pays ». Emotion du côté du CRIF et Bayard, qui édite le journal, a reconnu la faute. « On reconnait une erreur, une maladresse, nous ne voulions évidemment en aucun cas contester l’existence de l’Etat d’Israël », a déclaré le président du groupe. YOUPI – le numéro de janvier, a donc été retiré de la vente. Mais que cela ne nous empêche pas de dire « youpi » à la vie… « Quel plaisir d’être au monde, et qu’il fait bon de vivre ! » Victor Hugo, « Le Roi s’amuse »… Continuons à nous amuser ! 

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