Une épicière victime de travaux sur la chaussée dans Sud-Ouest. Une route frappée d'absurdité, quarante-deux variations de limitation de vitesse sur trente-six kilomètres, l'Est républicain et l'Auto journal. Les poissons quittent la baie de Somme où l'eau est trop chaude pour leur reproduction, le Courrier picard.

On parle de l'odeur des enfants ce matin...  

L'odeur des enfants pauvres, que des enseignants décrivent au Monde, "une odeur de linge mal séché dans des logements exigus ou enfumés", cette odeur qui permet de repérer l'élève en souffrance sociale, cet élève pour lequel   on apportera à manger parce qu'il a sauté le petit déjeuner, cet élève dont les parents écarquillent les yeux quand on leur parlera de la tenue de sport qui manque à leur enfant, parce que la vie scolaire est à mille lieux des affres de la survie, cet élève qu'il faut deviner pour l'aider, et si ce n'est pas l'odeur, ce sont des bouts de phrases qu'entendent les professeurs,  « des histoires de souris, de cafards et d'autres petites bêtes adoptées tels des animaux de compagnie », par exemple, il faut ouvrir l'œil et dépasser la pudeur, la pauvreté se cache souvent et les enfants pauvres sont tirés à quatre épingle et on se souvient de celui-ci à la chemise impeccablement repassée par sa tante, qui déposait le petit en classe avant d'aller mendier... c'est dans le Monde donc, l'école au défi de la pauvreté, et c'est un article sans esbroufe sur le devoir d'enseigner dans une société d'inégalités...  

Noel est passé, des journaux se copient et se recopient dans des histoires de cadeaux que l'on revend sur des plateformes, pauvre prix Goncourt que vous receviez, qui fait partie des cadeaux les plus recalés à Noel, c'est dans la Provence, et sur cette indécence planent donc ces enfants pauvres et puis la parole d'un vieux monsieur qui il y a deux jours vitupérait notre consumérisme et l'insatiable voracité de l'homme,  et tandis que l'Express raconte "la grande histoire des papes" dans un de ces dossiers historiques qui nourrissent les latences des vacances, ah la papesse Jeanne et les finances du Vatican... la Croix et le Figaro font leur une sur les mots de François dont l'Express me dit qu'il a une écriture en pattes de mouches... 

Chacun est papiste à sa façon, le Figaro sollicite l'avis moral de l'archevêque de Strasbourg Mgr Ravel, qui connait par ses prêtres la fragmentation de la société. La Croix  donne  la couleur du Noel de Jalpan de Serra au Mexique, état de Queretaro, haut lieu de migration vers les Etats- unis et où reviennent pour la fête, ceux qui sont partis au nord...  

On passe si vite, en lisant la presse, d'une pauvreté d'ici aux migrations qui strient la planète. Le Monde mérite son nom de matin et nous dit la révolte des Ivoiriens en Tunisie après l'assassinat d'un d'entre eux dans un pays décrit comme xénophobe, et ceci s'ajoute aux soubresauts de la Tunisie après le suicide par le feu d'un journaliste. Le Monde qui dit aussi la région de Kayes au Mali d'où partent les migrants...  L'Humanité mérite aussi son nom qui salue nos communes du Bourbonnais,  Ygrande ou la Petite marche, qui sont des villages doux aux migrants, nul coin de France n'est plus hospitalier que l'Allier, en notre pays troublé. 

On lit dans la Voix du Nord que 36 migrants ont réussi la traversée vers l'Angleterre, hier mardi. en bateau, recueillis par des gardes cotes anglais... "Pas de trêve pour les passeurs" titre Nord littoral...    

On parle dans l'Est républicain de l'absurdité d'une route...

Qui ouvre l'édition franc-comtoise du journal lorrain après avoir été repérée par l'Auto journal, voici donc la départementale 974 qui file entre les vignes grises et les villages opulents entre Baune et Dijon, Nuits-Saint-Georges, Vosne- Romanée, Chambolle-Musigny, Gevrey-Chambertin, Vougeot, quelles poésie, mais cette route s'illustre surcout pour ceci: on y relève, 42 variations de limitation de vitesse sur 36 km, soit « un changement tous les 860 m » ou « toutes les 45 secondes", record   absolu, et l'Est républicain a essayé cette route où il croise, évidemment des gilets jaunes... 

Il est ce matin une autre absurdité, dont témoigne une femme courageuse dont parle Sud-Ouest dans un petit article qui serait presque passé inaperçu; elle s'appelle Samira Hassouf et elle est l'épicière de Moustey dans les landes,  elle tient le seul commerce de ce village de 690 habitants et travaille quinze heures par jours, mais elle est inquiète, car des travaux de voirie vont supprimer l'arrêt minute qui permet aux personnes âgées de se garer devant chez elle le temps des courses... «Le maire de Moustey a décidé de voir mourir mon magasin? Il va mettre des trottoirs de 14 centimètres de hauteur, ce qui va empêcher les gens de continuer à venir, car ce sera beaucoup plus difficile pour eux.»  Le maire, lui explique qu'il faut refaire la chaussée et installer des trottoirs, pour limiter la circulation des poids lourds qui passent ici entre Mont de Marsan et Saugnac et Muret et non, on ne peut pas installer un bateau pour se garer devant l'épicerie, ce serait dangereux, il y a des normes, c'est l'administration... Mme Hassouf proteste et pétitionne...  

Et cette histoire qui a l'air de rien en dit tellement et dit une déception... Car l'épicerie de Moustey fut il y a presque deux ans, en février 2017, une grande histoire de presse, entre Sud-Ouest déjà et le Monde qui était venu au village, raconter la peur de disparaitre d'un bourg quand l'épicière Chantal Morel avait pris sa retraite, et Samira, alors, semblait une providence faite femme, fille d'une aide-soignante landaise et d'un ouvrier franco-marocain qui fêtaient et Noël, et l'Aïd et qui se réjouissait de quitter le Flunch pour devenir épicière... Elle était une belle histoire, aujourd'hui encore, mais entachée de colère, les temps sont ainsi.  

Et on parle de poissons enfin... 

Des poissons qui disparaissent de la baie de Somme et c'est la Une du courrier picard... Disparues les limandes, les plies, les harengs,  entre 1987, 200000 poissons et 2012, 40000 poissons, leur nombre a bauissé de 80%, chiffre terrifiant qui confirme ce que les pêcheurs observaient, dans un article publié par  la revue Global change biology; il se fonde sur des études systématiques menées chaque année pour évaluer l'impact sur la mer  de la centrale nucléaire de Penly, située entre Dieppe et le Tréport... Et le résultat est là, qui ne parle pas tant de la centrale que d'un phénomène global,  l'eau s'est réchauffée dans la Manche de 3 à 4 dixièmes de degrés,  la baie de Somme n'est plus cette couveuse à poisson qu'elle était autrefois... On lit dans le Courrier picard deux scientifiques de l'Ifremer qui abordent avec peudence un sujet complexe, on apprend que les poissons ont juste migré un peu plus loin, au sud de la mer du Nord, où la température a également augmenté, mais partant de plus bas, elle ressemble à ce qu'était autrefois la Manche...  Le poisson s'adapte et il est résilient. 

Et  l'adaptation est la clé du jour, que Libération décline non pas en mer mais sur les terres, dans une série d'articles sur l'agriculture qui doit nourri le monde ET s'adapter au climat qu'elle ne doit plus dégrader, et le riz va changer de rites et économiser l'eau, comme le maïs qui pourrait être remplacé par le sorgho, on lit encore dans libération des scientifiques, qui sont la clé de notre monde, ce sont des articles longs qui sont notre raison de lire ce matin.

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