"Au Salon, j'aurais mieux fait de ne pas lui répondre"... Nicolas Sarkozy s'explique ce matin dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... un entretien réalisé hier à l'Elysée, en compagnie de huit lecteurs du journal. Le contexte d'abord... "Cela n'a strictement rien à voir avec l'affaire de la vidéo tournée samedi au Salon de l'Agriculture, nous explique le quotidien... Il y a plus de trois mois que l'Elysée avait répondu 'oui' à notre demande... Et c'est mardi dernier que la date a été fixée : ce serait lundi 25 février. Huit lecteurs assis autour de la table du salon vert de l'Elysée, et le Président en face... Question de Claude-Sophie à propos de la vidéo tournée au Salon de l'Agriculture : "Le Président peut-il se comporter comme monsieur tout le monde ?" Réponse de Nicolas Sarkozy : "Au Salon, j'aurais mieux fait de ne pas répondre, mais j'ai sans doute les défauts de mes qualités... Ce n'est pas parce qu'on est le Président qu'on devient quelqu'un sur lequel on peut s'essuyer les pieds". Question de Marie-Thérèse : "Comment vivez-vous l'état de grâce de Francois Fillon ?" Réponse : "C'est moi qui l'ai choisi... C'était donc une bonne décision... Ce n'est pas un problème pour moi... Cela prouve que la politique qui est mise en oeuvre est la bonne et que le décrochage est dû non pas à la politique mais à des événements qui sont apparus dans ma vie et que j'ai dû gérer"... Au passage, Nicolas Sarkozy reconnaît donc le décrochage. Question de Nicolas (pas Sarkozy bien sûr, mais un des huit lecteurs) sur la censure du Conseil Constitutionnel : "Est-ce que tout est négociable ?"... Réponse de l'autre Nicolas : "Ce que je n'accepte pas, c'est quand on dit 'cela vaut pour l'avenir, ça ne vaut pas pour le passé '!... J'aimerais qu'on ne mette pas le principe de la rétroactivité au service des criminels dangereux !" Question de Michel : "Vous avez dit en Arabie 'Dieu est dans le coeur de tous les hommes'... Est-ce votre opinion personnelle ou vous exprimiez-vous en tant que chef de l'Etat ?" Réponse du Président : "J'ai fait un discours en disant qu'il était scandaleux de tuer au nom des religions... Je constate qu'on a abandonné la morale religieuse... On a abandonné également la morale laïque, et on n'a plus tout à fait de morale !... Je crois profondément à la laïcité, mais elle ne doit pas être une laïcité de combat !"... La suite de l'entretien nous apprend que Nicolas Sarkozy entend poursuivre sa politique d'ouverture : "Claude Allègre est un homme avec qui j'aimerais travailler", explique-t-il. Et puis, pour le côté people, on apprend également, photos à l'appui, que Carla est venue faire un petit coucou, que Nicolas l'appelle tendrement Carlita, que le président est fiévreux et qu'il est malade depuis quatre jours.... Nicolas Sarkozy, qui déclarait il y a encore peu, comme le remarque Marc Chevanche ce matin dans Nice Matin, "qu'il était prêt à prendre le risque de l'impopularité", sera sans doute rassuré ce matin par ce sondage publié à la Une du Figaro... sondage IFOP, qui laisse entendre que 80% des Français approuvent sa politique sur les criminels dangereux... 64% des personnes interrogées souhaitent l'application immédiate de la loi Dati... et 81% considèrent qu'elle va diminuer le taux de récidive... Il n'empêche... Sur le sujet, certains éditorialistes ont noté que Nicolas Sarkozy avait reçu hier un véritable camouflet de la part de Vincent Lamanda... Le Premier président de la Cour de Cassation a refusé de remettre en cause la décision du Conseil Constitutionnel... Jacques Béal, dans Le Courrier Picard, relève que "Nicolas Sarkozy aura appris hier à ses dépens qu'une inflexible volonté ne suffit pas à s'abstraire de la loi"... Hélène Pilichowski, dans Le Dauphiné Libéré, note que "la fin de non-recevoir de Vincent Lamanda a grondé comme un coup de tonnerre, comme une leçon de droit du premier magistrat de France au premier personnage de l'Etat"... C'est ce que Jacques Guyon appelle, dans La Charente Libre, "le retour du boomerang dans la figure de Nicolas Sarkozy et de tous ceux qui, comme Rachida Dati ou des ultras de l'UMP, sont enclins à confondre la rupture avec les déchirures démocratiques"... La morale et la laïcité également à la Une ce matin... "Comment enseigner la morale à l'école ?"... C'est la question que pose effectivement ce matin La Croix... "Le terme de 'morale', explique Dominique Quinio, fait peur, tout chargé qu'il est d'archaïsme"... Et de son côté, Libération s'associe à l'appel "Sauvegardons la laïcité de la République", lancé par la Ligue de l'Enseignement... 100.000 personnes auraient déjà signé ce texte... "Et la laïcité, nom de Dieu !", titre joliment Libé... Libé qui nous apprend ce matin que Nicolas Sarkozy (eh oui, on revient au Président), chanoine de Latran, a fait parvenir un message de félicitations samedi dernier à 4 diacres catholiques traditionalistes... Question : "S'agit-il, demande Libé, d'un simple message de politesse ou d'un signal fort en direction d'un électorat catholique traditionaliste de droite à l'approche des municipales ?"... "Le Président doit se souvenir, précise Laurent Joffrin dans son éditorial, qu'il préside la République dans son ensemble, et non telle ou telle de ses factions... Dieu, dont la place est déjà éminente, n'a nul besoin d'un prophète tricolore"... Et pendant ce temps-là, François Fillon cherche des coupables pour les hausses des prix... Le Premier ministre lance ce matin son opération coup de poing sur les prix des produits alimentaires... "Des distributeurs et des industriels sous surveillance" : titre de La Tribune... Sur le sujet, je vous conseille d'aller voir la page 18 du Figaro Economie, où les hausses affichées de certains produits sont proprement édifiantes... Exemples... Yaourt Yoplait sucre de canne : +40%... Pâtes Barilla numéro 5 : +45%... Jambon blanc Fleury-Michon Le Supérieur : +44%... Des chiffres sortis tout droit de l'étude de 60 Millions de Consommateurs... une étude contestée ce matin... "C'est surréaliste, du grand n'importe quoi", explique dans Les Echos le porte-parole d'une grande enseigne, en apprenant que le relevé effectué par le mensuel de l'Institut national de la Consommation l'avait été sur les supermarchés en ligne de la grande distribution... Même analyse de Catherine Maussion dans Libération : "La pratique des limiers de 60 Millions est à prendre avec précaution, dit-elle, car ils ont fait au plus court, en relevant les étiquettes sur 5 sites de commerce en ligne seulement... L'objectif était avant tout d'alerter, à l'aide de quelques exemples bien sentis"... "Bien joué", a-t-on envie de dire... Car cela permet de poser de vraies questions... Ainsi, Michel Vagner, dans L'Est Républicain : "Pourquoi le yaourt bondit-il de 40%, quand le lait déborde de 20 à 30% ?... Pourquoi le jambon explose-t-il quand le cochon se paie une misère ?... Que dire encore du panier de la ménagère allemande : 30% moins cher, à contenu identique ?"... Comme le précise également Hervé Chabaud dans L'Union : "Pourquoi, en France, la hausse des prix alimentaires est-elle supérieure de 50% à celle de nos voisins de l'Union européenne ?... Ne jouons pas à la politique de l'autruche, explique l'éditorialiste : si les calculs sont justes, cela signifie qu'il existe des ententes illicites entre les industriels et les distributeurs... Que François Fillon pousse un coup de gueule est légitime, poursuit-il... Mais le gouvernement ne peut pas seulement s'émouvoir : il lui faut agir et dire qui ment"...

Stéphane LENEUF

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