Paul François est agriculteur à Bernac, en Charentes. Il est à la Une de La Vie, cette semaine. Sa vie justement a basculé en avril 2004. "Je venais de pulvériser un herbicide sur un champ de maïs. Il me restait à nettoyer la cuve. En ouvrant le couvercle, j'ai senti comme une odeur très forte qui m'a chauffé tout le corps". Ensuite... Ensuite plus rien : une amnésie de cinq jours. Paul a été littéralement gazé par une molécule qui entre dans la composition de son désherbant. Il a mis près de six ans à faire reconnaître cet accident comme une maladie professionnelle. "C'était la loi du silence du lobby de la chimie", dit-il... d'autant que le désherbant était produit par l'un des géants de cette industrie : Monsanto. L'histoire de cet agriculteur, racontée par Olivier Nouaillas, est intéressante parce que ce n'est pas José Bové, loin de là. Il se présente lui-même comme un pur produit de l'agriculture intensive. "Je vous préviens : je suis pas bio et je suis pas de gauche". Mais aujourd'hui, il dit que les effets des produits phytosanitaires sur la santé des agriculteurs, c'est l'amiante de demain. Le cas de Paul François est une première, selon son avocat : la première fois qu'on établit un lien direct entre un produit précis et des troubles de la santé. Chez Monsanto, on dit n'avoir aucune raison de penser qu'il puisse y avoir un lien entre le désherbant en question (qui s'appelle le Lasso) et les malheurs de l'agriculteur charentais. Quand Paul François parle avec des collègues, beaucoup lui disent : "Moi aussi, j'ai été intoxiqué par tel produit, mais je n'ose pas en parler"... (Pierre Weill : "Les paysans sont donc à la Une, ce matin")... Oui, les journaux, en cette fin de semaine, c'est "La Ferme Célébrités". C'est l'un des mérites du Salon de l'Agriculture qui s'ouvre demain : faire parler d'un métier et d'un monde en souffrance. Alors, de Pèlerin à Paris-Match, de Valeurs Actuelles à L'Humanité : histoires, photos, témoignages d'une "agriculture embourbée", comme le titre 20 Minutes... Le Figaro donne les grands chiffres : revenus en baisse de 20% en 2008, puis 32% l'an dernier. Pour le quotidien, la décennie à venir comportera cinq défis : assurer un revenu décent aux agriculteurs : ce dont ils se plaignent le plus, c'est la volatilité des cours et des charges sociales et fiscales, qu'ils considèrent plus élevées que dans le reste de l'Europe ; redéfinir la Politique agricole commune : 40% du budget européen ; certains pays voudraient bien utiliser l'argent dans d'autres domaines ; préserver l'environnement ; éviter la désertification des campagnes ; et inventer les produits agricoles du futur. Alors comment s'en sortir ? Pèlerin parle de "ces agriculteurs qui innovent" : le bio, la vente directe. L'hebdo raconte l'initiative plus anecdotique d'un éleveur de Vic-Fezensac, dans le Gers. Il est question des fameux pets de vache, Pierre Weill. Eh bien, les vaches de Christophe Canezin produisent de l'électricité : 300 Watts par tête de bétail. Il récupère le lisier pour en faire du bio-gaz. L'énergie récupérée permet de chauffer la ferme, et le gaz méthane ne s'échappe plus dans l'atmosphère. Au-delà de l'anecdote, L'Humanité ajoute un défi pour l'agriculture mondial : la spéculation sur la terre. Des millions d'hectares ont été achetés depuis deux ans, de Madagascar aux Philippines, du Pakistan à l'Ukraine... achetés par des fonds souverains de pays pétroliers ou de Chine, par des firmes de l'agro-business ou des banques. Cet engouement promeut des monocultures : toujours plus d'engrais et de pesticides pour assurer les rendements. Quand la terre sera épuisée, les spéculateurs iront voir ailleurs. Citation d'un sociologue, en exergue de cet article : "L'agriculture ne sert plus à nourrir les populations, mais à produire des devises". "Paysans : va-t-on vers un désert français ?", demande L'Huma à sa Une. C'est un pan de l'histoire, de la culture et de l'imaginaire français qui est en souffrance. L'écrivain Pierre Michon trouve les mots pour raconter cette mythologie, dans Paris-Match... Il commente des photos de paysans, réalisées par Kasya Wandicz : les corps cassés en deux par des travaux de chien, le masque entre grosse trogne et visage émacié, et le regard énigmatique : la fatigue, peut-être... (PW : "Changement de cap : direction le Mali, à présent")... Prenez un tabouret en osier et une pancarte. Installez-vous près d'un boulevard fréquenté. Ca y est, vous avez monté l'un des business les plus florissants de Bamako : le commerce de cartes téléphoniques... Du marchand de cigarettes à la vendeuse de bananes, tout le monde s'y est mis. Depuis 2002, le marché du téléphone portable en Afrique a gagné 50%. Sans passer par la ligne fixe, le continent a basculé directement dans la révolution mobile. Enjeu économique majeur pour les grandes firmes comme Orange, ou les petits malins bricolos... Les envoyés spéciaux du Monde ont assisté à une séance de réparation : une brosse à dents ou un fer à souder, une lampe bricolée avec une boîte de chips pour éclairer, et votre portable est comme neuf. On parle de "révolution". Le mot n'est peut-être pas galvaudé car, dans les relations sociales, c'est un changement du tout au tout. Avant, vous ne pouviez parler à vos proches à l'autre bout du pays qu'au prix de longues heures de transport. Aujourd'hui, c'est simple comme un coup de fil. Le portable permet aux Peuls nomades de mieux surveiller leurs troupeaux. Et, à certains égards, l'Afrique est même en avance sur l'Europe : sur un continent où il n'y a pas une banque à tous les coins de rue, le paiement via le mobile commence à se développer. Les moeurs changent, mais les hommes restent les mêmes. Ibrahim Sy, qui tient une chronique high-tech à la télévision malienne, raconte les questions qu'on lui pose parfois : "Dis-moi Ibou, est-ce que je peux faire suivre ma femme avec mon téléphone portable ?"... (PW : "Retour à la tradition dans Libération : la Une claire, nette et engagée")... 19.000 chômeurs de catégorie A supplémentaires en janvier... A la Une de Libé, ce matin, il y a juste deux citations : "Nicolas Sarkozy, 25 janvier : 'Le chômage va reculer'"... * "François Fillon, hier : 'Le chômage va augmenter'"... Déclarations contradictoires... Toujours le 25 janvier, le Président avait dit qu'il ne s'engagerait pas dans la campagne pour les Régionales. Pourtant, dans Le Figaro, mardi prochain il va recevoir Valérie Pécresse et les têtes de liste UMP-Nouveau Centre d'Ile-de-France pour parler de l'affaire Soumaré... A propos de cette affaire, pour Le Monde, Marie-Pierre Subtil est allée à Villiers-le-Bel, la commune du Val-d'Oise où vit le candidat socialiste, accusé à tort par deux UMP d'être un délinquant multirécidiviste. En 2007, quand certains quartiers s'étaient embrasés, il avait joué le rôle de porte-parole des familles. Il avait même rencontré le chef de l'Etat. Et à Villiers-le-Bel, on se sent visé par les attaques contre Ali. "Il serait Blanc, il n'y aurait jamais eu toute cette histoire", dit un ami d'enfance aujourd'hui chef d'entreprise. Allez, changement d'ambiance... Une bonne blague, pour finir la semaine... (Extrait de la vidéo "Blague à part : un voyage en Palestine") Une blague palestinienne... Ce que vous entendez là, c'est l'extrait d'un projet de documentaire pour la télévision, dont parle Médiapart. Il doit être diffusé sur Planète. Il est en partie financé par les internautes. La réalisatrice Vanessa Rousselot est allée à la recherche de l'humour en Cisjordanie... A priori, pas le terrain le plus favorable. Mais justement, elle raconte que lorsqu'elle s'est installée à Bethléem, elle a été surprise : elle imaginait que tout le monde portait une tristesse absolue. Or, le soir, en Cisjordanie, l'une des grandes activités, c'est de s'asseoir et de se raconter des histoires. C'est ce qu'elle montre dans ce road-movie, qui s'appelle "Blague à part : un voyage en Palestine". Elle demande à toutes les personnes qu'elle croise : "Raconte-moi une blague palestinienne". On voit un vieux monsieur sous un keffieh à la Arafat très circonspect, un gamin qui joue les soldats israéliens et demande ses papiers à une dame en fichu... Et à propos de soldats, une collégienne raconte une histoire pour dire les tracasseries et l'humiliation imposées par les checkpoints permanents... Un fermier arrive à un premier checkpoint avec ses poules : - "Qu'est-ce que tu leur donnes à manger ?", demande un soldat. - "Du foin". - "Non : il faut leur donner du chocolat". Deuxième chekpoint : - "Qu'est-ce que tu leur donnes à manger ?" - "Du chocolat". - "Surtout pas : il faut leur donner du foin". Troisième checkpoint : - "Qu'est-ce que tu donnes à tes poules ?" - "De l'argent de poche et elles se débrouillent"... C'était un peu le Salon de l'Agriculture vu de Ramallah... Bon week-end... ps : pour en savoir plus sur le documentaire "Blague à part" : www.touscoprod.com

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