La terrible solitude de Cyrille qui voulait sauver ses vaches, un film dont on parle bellement dans le Monde, l'Humanité, Libération. Un village vieux de 12000 ans sera noyé en Turquie pour le barrage du pouvoir, le Figaro. Grace au coronavirus, Philippe Lançon visite les musées sans être dérangé, Charlie hebdo.

On parle de froid ce matin.

Le froid qui prend Isabelle le matin quand il fait 6 degrés dans le grenier où le vent souffle où elle a installé sa cabine de douche, au-dessus du seul point d'eau de sa maison taudis de Saint-Caradec en Bretagne, les voisins la regardent de travers parce que devant chez elle s'entassent des palettes de bois qu'elle ramasse et brule pour contenir le froid, elle ne se douche plus mais s'éponge dans une pièce plus clémente et elle dit isabelle 49 ans, que les pauvres meurent plus jeunes, elle le sait...

Isabelle, vous la rencontrez dans une série d'articles du site Francetvinfo, intitulée les mal-chauffés... On y voit quelques uns parmi les 7 millions de français en précarité énergétique, ils grelottent chez eux, ils ont un toit sur la tête; mais ce toit ne les protège pas...

Cela parle des doudounes que l'on garde à la maison, des murs piqués de tâches noires, et d'enfants qui dorment dans la chambre des parents, cela parle d'un quotidien qui suinte mais ce n'est pas du misérabilisme. les photos du reportage sont belles, très belles, et cela raconte une dignité, et vous n'oublierez pas facilement Fabienne la belle sexagénaire dont le HLM est une maison classée du XVe siècle à Uzerche en Corrèze tout près de l'abbatiale; à force d'y vivre dans le froid et l'humide, elle est rongée d'arthrose d'ostéoporose, son chien et son chat souffrent pareillement. Elle a bouché ses fenêtres, son appartement ne sait plus la lumière du jour, elle ne reçoit plus ses amies et sort cueillir des orties pour se faire des tisanes qui apaisent son corps; elle est notre voisine sur le site FranceTVInfo...

Nous voilà donc à parler des malheurs près de chez nous, qu'un hasard dévoile. Un jour, le cinéaste Rodolphe Marconi a vu sur une plage un homme qui regardait le large de l'eau jusqu'au genoux, il est allé lui parler, et il n'a plus quitté pendant quatre mois Cyrille qui ne savait pas nager, qui voyait la mer pour la première fois, qui chez lui en Auvergne se débattait pour sauver ses vaches dans une solitude infinie, les vaches mouraient, il ne dormait pas. C'est devenu un film, "Cyrille agriculteur 30 ans 20 vaches du lait du beurre des dettes", que la presse salue, dont Marconi parle dans l'Humanité, et que le Monde raconte: "Il ne se verse aucun salaire. Il n'a qu'un seul ami, homosexuel comme lui. Pour se distraire il faudrait aller à Vichy, c'est loin. Une fois, Cyrille est tombé amoureux. Il en ressent encore la brûlure. Pour retrouver la paix, il se rend sur la tombe de sa mère. Les huissiers rôdent comme des corbeaux après les semailles."

On lit le Monde et on verra ce film dont Libération me dit qu'il est par moment traversé par la lumière des toiles de Corot.

Ailleurs pour le salon de l'agriculture je lis dans le Journal de Saône-et-Loire la gloire de Minette et Mustang, génisses charolaises distinguées pour les victoires "viande de boeuf label rouge", est-ce à dire qu'on les mangera. La une du Courrier de l'Ouest est barrée de la souffrance de 315 bovins abandonnés "dans leur merdier", lis-je, par un éleveur indigne, les malheureuses se sont précipitées dans les camions qui les arrachaient à l'enfer.

On parle de nostalgie dans le Figaro!

Qui est un sentiment universel et nous vient ici de Turquie, par un beau reportage sur une ville promise à disparaitre. Hansakeyf, que recouvriront les eaux d'un barrage prométhéen, fierté du régime du Président Erdogan, qui peut-être punit une région kurde, ou peut-être est-ce juste la griserie de domestiquer le Tigre et l'Euphrate mais quelle pitié. On vit à Hansakeyf depuis 12000 ans dans la beauté de l'eau et des montagnes, une citadelle se dresse au-dessus d'une falaise percées d'habitations troglodytes où vivaient des pêcheurs.

En notre douce France on détruit aussi quelques habitations, la Croix me raconte le ballet  d'un préfet et de pauvres en Guyane, monsieur le Préfet évacue chaque mois un bidonville autour de Cayenne, on brule parfois au passage les affaires ou un passeport d'un squatteur illégal, puis les squatteurs reconstruisent plus loin. L'homme est une espèce vaincue et indomptable

Dans la Charente libre et la nouvelle République, des adolescents entourent deux vieillards qu'ils ont sauvés. Les ados fêtaient les 17 ans d'Antoine, dans la luit de  lundi à mardi à la salle des fêtes de Villegats quand à 2 heures du matin, un des fêtards a vu des flammes à cent mètres dans le hameau. Ils ont couru les gamins et ils ont sorti prestement Nicole effarée de cette intrusion et Pierrot qu'il a fallu porter sur son fauteuil électrique après avoir cassé la barrière du lit médicalisé; ils ont tout filmé, c'est de leur âge, braves gosses.

A Besançon, je le lis dans le Monde, on entraine des enfants à une obéissance centenaire. Le Cours hôtelier forme depuis 1916 des gouvernantes  et des majordomes, portent cravate et le chignon, les enfants payent 9000 euros pour être capables plus tard de servir dans une grande famille ou un palace... Cette abnégation aussi fait partie de nous.

Et on parle musée dans Charlie hebdo!

Où Philippe Lançon nous écrit le plus snob des articles sur le coronavirus, qui a le mérite de libérer de l'espace dans les musées puisque les chinois ne viennent plus , au grand plaisir de l'amateur d'art solitaire qui s'imagine un jour contempler la Joconde sans personne pour le gêner... Lançon est un nostalgique de sa jeunesse, quand grand reporter il visitait les pyramides d'Egypte vidées de leurs touristes par la guerre du Golfe, et se prenait pour Nerval Flaubert Chateaubriand. Mais notre happy few sait bien que le temps reviendra du tourisme et des musées mondialisés, et il espère alors un monde où les chrétiens seront extasiés d'une miniatures mongoles, et les musulmans se régaleront devant "la vierge du chancelier Rolin" de Van Eyck.

A propos de Van Eyck, on l'expose à Gand en Belgique et Télérama après d'autres mais superbement raconte la restauration de son "agneau mystique", qui a perdu deux oreilles, mais a retrouvé un regard humain, celui du Christ peut-$être.

A Bourges, me dit  le Berry Républicain, une comédienne nommée Agnès Limbos a reproduit le théâtre du Globe de Londres à l'échelle des enfants, et pour des bambins de 1 à 5 ans, elle raconte en vieil anglais Romeo et Juliette, Macbeth, le Songe d'une nuit d'été.  Les petits devinent et comprennent, nous sommes magnifiques.

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