On mesure la perte du poète Jaccottet, traducteur de Musil, Rilke et Mandelstam, dans de très beaux textes de Marianne, le Monde, Libération l'Obs, la Croix et le Figaro... Et on mesure dans l'Humanité, le Monde, Libération, Ouest-France et le Télégramme la perte du géant Ponthus, qui avait écrit son passage en usine.

On parle d'un poète...   

Philippe Jaccottet, qui était né en Suisse et qui est parti hier à 95 ans, à Grignan dans la Drôme qu'il avait choisie il y a 68 ans, où il était devenu nous dit le Dauphiné libéré un ancien du village, dans les promenades qui précédaient ses textes. Il était dit Marianne "le poète du fané, l'écrivain de l'infime", il était dit le Figaro "une lumière inépuisable", et à lire depuis hier soir, donc sur les sites de Marianne du Monde de l'Obs et dans le Figaro la Croix Libération quelques si beaux portraits et aussi des rencontres, des textes écrits hier ou ressortis des archives par des journalistes épris et blessés, et à lire les mots du poète  qui dans les arbres fruitiers voyait l'humanité passagère, "le monde ne nous est que prêté, il faudrait apprendre à perdre, et l'image du verger, à peine la retenir" -à lire tout cela je mesure la perte mais aussi le don.  

Jaccottet traduisit les autres plus encore qu'il n'écrivit, il avait amené à la langue française des poèmes de Rilke et puis Hölderlin, et tout Robert Musil, l'homme sans qualité,  lui qui se revendiquait ignorant et que l'Obs rebaptisait "l'ignorant magnifique", avait appris le russe pour traduire Mandelstam, et du Grec avait traduit l'Odyssée, en vers de quatorze syllabes précise le monde, ce fut son plus grand succès. Cet homme insuffisamment lu pour lui-même fut un des trois poètes que la Pléiade publia de leur vivant, avec René Char et Saint-John Perse... Par Marianne par l'Obs par le Monde le Figaro la Croix Libération, vous apprendrez que ses poèmes "éveillaient la confiance", et vous lirez comment il se refusait au bruit. Jeune il avait écrit un texte sur les morts résistants du Vercors mais l'ayant trouvé trop grandiloquent l'avait retiré de son œuvre, et il trouvait que les TGV allaient trop vite pour que puisse correctement y lire Balzac. Cela m'amuse ce jour où je lis dans les Echos, que la SNCF qui perd des milliards songe à relancer des trains normaux corail et vraiment pas chers, nous y lirons Jaccottet; mais mais lisons-le aujourd'hui chanceux que nous sommes dans ces perles que nos journaux dévoilent au moment de l'adieu, qui est souvent hélas celui d'une découverte. 

"Jour à peine plus jaune sur la pierre et plus long, ne vas-tu pas pouvoir me réparer ? Soleil enfin moins timoré, soleil croissant, ressoude-moi ce cœur."  

Ou bien ceci.   "La mer est de nouveau obscure. Tu comprends c'est la dernière nuit. Hors l'écho je ne parle à personne à personne. (...) La majesté de ces eaux trop fidèles me laisse froid puisque je ne parle toujours ni à toi ni à rien." Ainsi nous parle Philippe Jaccottet.  

Vous lirez dans Libération et sur les sites de l'Humanité, du Télégramme de Ouest France de la Croix du Monde, une autre déchirure d'un écrivain parti, mais celui-là Joseph Ponthus était jeune 42 ans, le cancer l'a pris, il était un géant roux et drôle barbu... Libération nous dit que Joseph Ponthus n'avait pas eu assez de cran pour devenir flic ou voyou, alors il s'était collé entre les deux, il était devenu éducateur spécialisé puis avait travaillé en usine à Lorient dans une conserverie puis un abattoir et en avait tiré "A la ligne", un livre en phrases épurées et sans ponctuation, au rythme que le travail d'usine lui imposait. Il aimait la classe ouvrière et René Char aussi.  

« Je n’y allais pas pour faire un reportage/Encore moins préparer la révolution/Non/L’usine c’est pour les sous/Un boulot alimentaire/Comme on dit/Parce que mon épouse en a marre de me voir traîner dans le canapé en attente d’une embauche dans mon secteur/ Une usine bretonne de production et de transformation et de cuisson et de tout ça de poissons et de crevettes/Je n’y vais pas pour écrire/Mais pour les sous ».  

Le livre finissait ainsi. "Il y a qu'il n'y aura jamais  de point final à la ligne."  

On parle aussi des épiceries... 

Dans un reportage que le Monde consacre à une France des villages vers laquelle se réfugient des citadins que l'avenir des villes affole, et leur arrivée redonne la prospérité aux épiceries, et comme ce sujet est signé Florence Aubenas, qui paye de sa personne quand elle s'en va raconter les héros moins célèbres, nous sommes dans la continuité d'un Ponthus, les photos sont superbes, on parle des Cévennes et de l'Aubrac et il y a au détour du reportage quelques perles. "A la morte-saison, le village semble flotter dans des habits trop grands. Le parking est désert le long de la rivière. Le garagiste vient chercher du fromage, le fameux petit chèvre de la fermière là-haut. Une annonce pour un deuxième médecin à la maison de santé a été postée sur SOS Villages." Sentez vous notre pays? 

L'Humanité, Ponthus aurait aimé cela aussi, rend compte d'un autre livre, superbe, fait de dessins gravés à l'encre grasse sur une plaque de cuivre par un artiste d'aujourd'hui, Baptiste Deyrail, qui ranime la manufacture d'armes de Saint-Etienne, dont les ouvriers étaient aussi des poètes, des rois de la bricole, qui savaient le travail bien fait et la vertu de la lenteur: dans la langue de Saint-Etienne, être "dans les pas de la manu" signifie travailler sans se presser, "le pas de la manu" est aussi le titre du livre...  

Marianne encore bien riche et la Provence, en majesté, se souviennent de Fernandel qui est mort il y a cinquante ans aujourd'hui pile et tout revient, il était disait de gaulle le seul français mondialement plus célèbre que lui, il en reste la morale de l'ouvrier du divertissement, qui livrait à son public de la belle ouvrage. 

Dans les Echos le patron de Hachette livre, Arnaud Noury, s'affirme en militant de l'intégrité de sa structurent une constellation de PME éditeurs, que le démantèlement  de Lagardère et l'approche de Vincent Bolloré menacerait. 

Et on parle enfin d'un jeune homme...

Dont le sourire se moque derrière de grandes lunettes, et qui veut plus tard bosser dans le nucléaire ou dans l'armement, et bien!  Il est dans le Berry Républicain et ses journaux frères du centre de la France, il se nomme Juliann (avec deux n) Bassi et il a atteint ses 18 ans son bac un BTS d'électronique bientôt en dépit du martyre de ses jeunes années, Juliann porte cette maladie qu'on appelle ostéogenèse de type 3, familièrement, les os de verre,  il s'était brisé les deux fémurs en naissant et n'en finissait pas bambin de se casser et se casser encore et pourtant il riait faisait le clown sur ses fauteuils roulants, un traitement l'a stabilisé jusqu'au mètre 44 et le voilà, quand il était petit il y avait une pancarte sur son lit d'hôpital, "merci de me manipuler avec douceur, je suis en verre, mais j'ai droit aux câlins et aux bisou"s... Volontiers bonhomme, il a aussi besoin d'un stage pur son BTS entre le 15 mai et le 30 juin, avez-vous entendu?

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