Face à "FBI, Portés Disparus" sur France2, a-t-on retrouvé un Président de la République ? Face à "La Guerre des Etoiles" sur M6, a-t-il redonné un cap à tous les Jedi de France et de Navarre ? L'intervention de Nicolas Sarkozy, hier soir sur TF1, fait la Une de presque tous les journaux, ce matin. Faisons d'abord le tour de ces Unes, pour dégager une impression générale... L'objectif de la soirée est résumé dans le dessin de Plantu, à la Une du Monde. D'un côté : le Président de la République. De l'autre : les Français. Au milieu : un gouffre. Pour franchir ce gouffre : une caméra siglée TF1. Hier soir, le Président partait à la reconquête de l'opinion. "Il a fait le tour de table des doléances", pour La Charente Libre. C'était "Sarkozy au pays de la crise", selon Libération. "Un Sarkozy nouveau", pour Le Figaro. Les Echos et Métro retiennent deux annonces : Dans quelques mois, Henri Proglio se consacrera à 100% à EDF. Et cette année, nous verrons le chômage reculer. (Nicolas Demorand : "Et bilan, dans le détail ?") Eh bien, c'était un peu le bazar. La soirée s'est déroulée en deux temps : un quart d'heure d'interview classique avec Laurence Ferrari, puis près de deux heures de face à face avec onze Français, sous la férule de Jean-Pierre Pernaut. En résumé, selon le duo Garrigos et Roberts dans Libération : "On est passé d'un bar lounge à un bistrot"... ou bien "d'une Ferrari à une 2CV", comme l'écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné. Et ce "café Pernaut" (appelons-le comme ça), eh bien les éditorialistes n'en retiennent pas grand-chose... "C'était la France à bâtons rompus", poursuit Pobel. "Un genre audiovisuel nouveau. On ne s'est pas ennuyés un instant. Mais on n'a pas appris grand-chose non plus". "L'impression globale est une sorte de méli-mélo", confirme Bruno Théveny dans Le Journal de la Haute-Marne. "Rien n'a été éludé, mais rien n'a été résolu non plus. C'était un survol". "C'était passionnant comme une réunion Tupperware", grince Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. "Ce n'était que du ravaudage", pour Rémi Godeau dans L'Est Républicain, qui ajoute : "A mi-mandat, tous les locataires de l'Elysée ont tenté de conjurer l'usure du pouvoir. Hier, le Président a tenté de remonétiser sa parole. Il a réaffirmé des convictions fortes : sur la taxe carbone, le bouclier fiscal, les 35 heures ou l'identité nationale. Mais il n'a pas vraiment réussi à fixer un cap". Jacques Guyon, de La Charente Libre, n'a pas été séduit par ce "speed-dating présidentiel". La forme a pris le dessus sur le fond. Laurent Joffrin fait la synthèse dans Libération... "Devant le panel de citoyens honnêtement composé par TF1, le Président a défendu sa politique avec une maîtrise indiscutable. Mais, aux yeux des intervenants, comme aux yeux de ceux qui les ont regardés, les sacrifices imposés par la récession sont inégalement répartis. Une émission plutôt réussie n'y changera rien". (ND : "Et maintenant ?") Eh bien, ce que Le Figaro a vu de nouveau hier soir, c'est le ton du Président : "plus de sérénité, plus d'écoute, un débat apaisé... Après un automne très chaotique, il a choisi la modestie". Tout cela demande à être confirmé. Mais la réponse à la question "Et maintenant ?", paradoxalement, on la trouve dans Le Monde publié avant l'émission. Analyse de Françoise Fressoz sur un style présidentiel qui se normalise... Après le temps de l'hyper-Président et des déplacements en province tous les quatre matins, Françoise Fressoz voit venir "le retour aux figures imposées". "Nicolas Sarkozy se projette davantage en arbitre qu'en acteur". Le boulimique de réformes n'annonce que trois chantiers pour 2010 : retraites, justice et collectivités locales. "L'automne chaotique" dont parlait Le Figaro est effectivement passé par là : le chef de l'Etat s'est heurté à des contre-pouvoirs plus vigoureux qu'on ne le pensait : opinion publique, élus locaux et Conseil Constitutionnel. Un processus de normalisation est en cours. (ND : "Quelques journaux font tout de même leur Une sur d'autres sujets")... ...ou, au moins, la partagent avec une photo de Nicolas Sarkozy. A la Une du Parisien-Aujourd'hui (nouvelle formule ce matin) : "Comment les labos ont influencé l'Organisation mondiale de la Santé"... Il est bien sûr question de la gestion de la grippe A. Le quotidien s'intéresse aux experts qui ont travaillé auprès de l'OMS et du ministère de la Santé en France. Beaucoup sont rétribués par des labos pharmaceutiques. Le Conseil de l'Europe demande des comptes au numéro 2 de l'OMS. A la Une de 20 Minutes : "Alzheimer : molécule d'espoir"... Le Pr Baulieu, l'homme de la DHEA et de la pilule du lendemain, suit une piste : une protéine que nous avons tous et qui serait capable de bloquer la maladie. Il demande de l'argent pour poursuivre ses recherches. A la Une de France-Soir : "J'ai ôté ma burqa et je risque ma vie"... témoignage d'une jeune femme vivant en France et menacée par son entourage depuis qu'elle a choisi d'enlever son voile intégral. Enfin, à la Une de L'Humanité : "Haïti : comment reconstruire ce pays en ruines ?". (ND : "Et petit à petit, deux semaines après le séisme, les Haïtiens reprennent le travail")... Et pourvu qu'il ne pleuve pas... "La pluie nous anéantirait une deuxième fois", disent les habitants de Port-au-Prince à Annick Cojean, dans Le Monde. Mais c'est vrai, "les activités reprennent timidement". Les grands patrons appellent à la reprise du travail. Premier signe : les banques ont rouvert, du moins celles qui sont encore debout, précise Annick Cojean. Dans la file d'attente devant la City Bank : un maçon qui vient encaisser son salaire de décembre, une femme qui retire ses économies avant de tenter l'exil en Floride : elle fuit le grand nettoyage, les maladies et la peur, mais aussi les rumeurs. "Savez-vous, raconte cette femme, que des centaines de personnes ont fui la ville l'autre soir en entendant quelqu'un crier 'l'eau monte'... mais on parlait de l'eau de Saint-Domingue qui arrivait en bonbonne". Dans le quartier de Pétionville, la supérette locale fonctionne à nouveau depuis trois jours : petits stocks, clients au compte-gouttes, produits de première nécessité et paiements en liquide. Dans la rue, un salon de beauté s'est même réinstallé à l'air libre : deux femmes se font vernir de faux ongles, insolite quand on a perdu sa maison comme elles. "L'un n'empêche pas l'autre, ma douce", disent-elles à la reporter du Monde. Haïti, près de quinze jours après le séisme, c'est aussi un Etat totalement absent. Là, c'est l'écrivain Lionel Trouillot qui raconte, sur LePoint.fr... Toujours à Pétionville, il est allé dans un camp qui abrite plus de 10.000 réfugiés. Une vie sale s'y organise. Coiffeurs, drogues douces, pasteurs à haut-parleur, marché aux légumes, vente de charbon : le provisoire semble lentement s'installer dans la permanence. Se développent petit à petit des petits trafics. La coordination par des officiels est indispensable. Mais on ne sait pas quel chat a pris la langue de l'exécutif. Toujours à propos d'Haïti, de manière indirecte... cette information du site Bakchich.info : contrairement à la promesse d'Eric Besson, deux Haïtiens sans papiers en France sont bien menacés d'expulsion. La préfecture du Val-de-Marne a émis un arrêté de reconduite à la frontière vendredi dernier. (ND : "Quoi d'autre, dans la presse ?") Avant de se plonger dans les délices de la Renaissance, encore deux petites informations politiques... Une curiosité, relevée dans L'Humanité... Guy Môquet ne serait-il plus en cour ? L'Huma relève que la station de métro Guy-Môquet, à Paris, a subi des travaux. Ils sont terminés. Mais la petite exposition permanente consacrée au résistant, sur le quai de métro, n'a pas été réinstallée. Et puis, alors que tous les hommes politiques obtiennent, comme qui rigole, l'autorisation de devenir avocat, Julien Dray n'a pas eu cet honneur. Pour le Conseil de l'Ordre des Avocats de Paris, il n'a pas les diplômes suffisants. C'est à lire dans Le Figaro. Botticelli... 2010 marque les 500 ans de la mort du Florentin. Et sa célèbre Vénus est à la Une d'Arts Magazine, ce mois-ci, sous le titre : "Le mystère Botticelli". Si vous avez le sentiment d'être un artiste ignoré par votre époque, il y a là de quoi vous consoler. Sachez que le grand Botticelli a été oublié pendant 400 ans avant de sortir du purgatoire au XIXème. Du coup, ses tableaux, relégués dans des réserves ou recouverts par d'autres oeuvres, ont été souvent abîmés. Arts Magazine raconte notamment le destin de "La Déploration du Christ", retrouvé noirci au-dessus d'une cheminée de cuisine dans un cloître de Florence. L'homme qui l'a racheté l'a laissé traîner dans son écurie avant de le revendre 25 fois le prix qu'il l'avait payé aux moines. Dans ce dossier très intéressant et accessible, Arts Magazine décrypte l'un des chefs-d'oeuvre de Botticelli : "La Naissance de Vénus", et dévoile les trucs utilisés pour rendre la Vénus encore plus sexy : le pied droit légèrement relevé pour accentuer le déhanchement de la déesse, et la très longue chevelure qui cache le sexe. Et vous connaissez le truc, Nicolas : c'est ce qui est caché qu'on regarde le plus... parfois au prix de quelques contorsions : le bras gauche qui tient la chevelure est plus long que de nature, et drôlement relié à l'épaule. 500 ans avant Photoshop, les professionnels de l'image bidouillaient déjà le corps des jolies filles... Bonne journée...

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