"Chère Véro... Nous allons bien, malgré tout... Maman est un peu malade, mais rien de grave... Dans ma tête, je suis prête au départ, et, je crois, un départ définitif du pays... Des centaines et des milliers de Libanais pensent comme moi... Si le Liban est ce qu'ils veulent, personnellement je le leur offre, mais qu'on arrête le sang... Je me fous du patriotisme malade, du pays où on est né et qu'on doit défendre... Tout ce que je vois, c'est que, pour le défendre, on ne fait que le détruire... Dans ma tête, c'est fini... Ecris-moi souvent... Tant qu'on a Internet, je te répondrai"... C'est signé Nisrine, et c'est l'extrait d'un des mails que "La Croix" publie ce matin... des mails échangés entre d'un côté Nisrine et Fahdi, deux Libanais qui ont vécu en Europe avant de revenir travailler à Beyrouth, et une de leurs amies françaises qui s'appelle Véronique... Ce sont des lettres poignantes, avec des passages très drôles, pour continuer à vivre malgré tout... Il y a notamment ce père de famille dans un appartement près de chez Nisrine... Chaque fois qu'une bombe tombe dans le quartier, pour faire rire ses enfants, il crie "Goal !", comme si une équipe de foot venait de marquer un but... "Que veux-tu, écrit Nisrine, c'est juste que la balle n'est plus la balle... Elle est devenue missile"... Rien de tel que cette plongée dans la vie intime d'habitants de Beyrouth pour prendre conscience du drame que traverse le peuple libanais, et de l'urgence d'un cessez-le-feu, alors que la guerre entre Israël et le Hezbollah entre dans sa troisième semaine... Un cessez-le-feu... Ce sera l'un des sujets de négociation aujourd'hui à Rome... 15 pays autour de la table, pour cette conférence internationale... Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, sera également présent... "Le chemin de la paix passera-t-il par Rome ?", se demande "L'Humanité"... "Libération" a du mal à y croire... Le quotidien parle du "casse-tête du Sommet de Rome", car la communauté internationale est divisée... D'un côté, les Européens, l'ONU et les pays arabes modérés, pour un cessez-le-feu immédiat... De l'autre côté, les Etats-Unis et Israël, pour un cessez-le-feu durable... Et dans "Le Monde", la ministre des Affaires étrangères israélienne explique la différence... "Un cessez-le-feu n'est valable que si les règles du jeu sont changées dans la région... Sinon, dit-elle, le lendemain, l'Iran fera un chèque au Hezbollah, qui ira à Damas acheter de nouveaux missiles"... Alors l'armée israélienne peut-elle accepter d'interrompre ses opérations ?... Peu d'observateurs le croient ce matin... Néanmoins, certains relèvent une légère modification du discours... "Libération" interroge ainsi Dany Yatom, l'ancien patron des services secrets israéliens... Et il le reconnaît : "Je pense que c'était une erreur de demander aux forces israéliennes de détruire complètement le Hezbollah... Je ne suis pas certain que ce soit un objectif atteignable... Alors, les buts sont de le repousser à plus de 30 kilomètres de la frontière... La plupart de leurs roquettes ont une portée de 30 kilomètres"... Dans son édito de "L'Humanité", Jean-Paul Piérot relève les faiblesses israéliennes après deux semaines de guerre... "Plusieurs dizaines de civils et de militaires hébreux sont morts... L'opération terrestre va augmenter le nombre des victimes... Mais c'est surtout sur le plan politique que l'échec est patent... Les bombardements n'ont pas entamé l'unité du peuple libanais... Au contraire, ils l'ont renforcée"... Autre faiblesse, relevée dans "Le Figaro", et qui pourrait inciter Jérusalem à plus de souplesse : l'économie commence à pâtir du conflit... Une bonne partie des entreprises, dans le nord d'Israël, ont dû mettre la clé sous la porte, de crainte des roquettes... L'autre sujet de négociation à Rome aujourd'hui, ce sera l'envoi éventuel d'une force internationale dans la région... une force qui pourrait être dirigée par la France... Dans "Le Télégramme de Brest", Hubert Coudurier défend cette idée... "Tout plaide pour un rôle accru de la France, au-delà de la simple diplomatie humanitaire, écrit-il : les liens historiques avec le Liban, le fait que ni les Américains ni les Britanniques ne veulent y aller, et que la population libanaise attend les Français... Ce serait une formidable occasion de reprendre pied au Proche-Orient... La France peut jouer un rôle d'équilibre... Encore faut-il qu'elle en ait les moyens militaires"... Troisième semaine de guerre au Liban... Et dans tous les articles, ce matin encore, la crainte latente que le conflit ne gagne tout le Proche et le Moyen Orient... Car, pendant que les bombes tombent sur Beyrouth, l'ambiance est à peine plus respirable dans d'autres pays... "Le Figaro" affirme ainsi que le Pakistan est en train de renforcer ses capacités nucléaires, et que Washington va encore étendre sa présence à Bagdad... Le rythme de tués est désormais de 100 personnes par jour... Les journalistes de "Libération" sont perdus... "Quand la droite joue à la gauche"... C'est la Une du quotidien ce matin... Il s'intéresse notamment au dossier de la fusion entre Gaz de France et Suez... Le groupe UMP se réunit aujourd'hui pour parler du sujet... Beaucoup de députés sont encore réticents à voter la loi sur la privatisation de GdF, qui leur sera présentée en septembre... "Libération" y voit trois raisons... Certains s'inquiètent de confier à des intérêts privés un secteur aussi sensible que le gaz... d'autres refusent de revenir sur un texte voté il y a deux ans : il s'était engagé à ne pas privatiser GdF... et la plupart s'inquiètent que leurs électeurs fassent le lien entre entre privatisation et hausse des tarifs du gaz à l'approche des élections de 2007... "Libé" constate encore que, sur deux autres sujets : les stock-options et les class-actions, ces plaintes collectives de consommateurs en justice, les députés UMP sont moins libéraux qu'on pourrait le croire... Dans son éditorial, Gérard Dupuy voit une explication aux turbulences de l'UMP... "C'est le paradoxe supplémentaire, écrit-il, d'un grand pays capitaliste qui affiche le taux le plus élevé au monde de méfiance à l'égard du capitalisme"... Dans son édito des "Echos", Françoise Fressoz est plus offensive, en parlant "des contradictions dans lesquelles la droite française finit par s'enfermer... Elle ne cesse de dénoncer les retards français, mais ne veut surtout rien bousculer... Elles s'inquiète de la faiblesse des entreprises françaises, mais rechigne à leur donner les moyens de se muscler... Elle prône la rupture, mais s'accommode du conservatisme ambiant"... Une solution intermédiaire pourrait être trouvée : seule la partie "approvisionnement" de GdF serait privatisée... autrement dit, les achats de gaz sur le marché mondial... Les autres branches pourraient rester dans le domaine public... Dans sa volonté de venir en aide aux SDF, l'organisation Médecins du Monde aurait-elle commis une erreur ?... L'hiver dernier, MdM a distribué des tentes à un certain nombre de sans-abris à Paris, des tentes pour qu'ils puisse se protéger un minimum du froid... Six mois plus tard, c'est la canicule, et les tentes sont toujours là... Et selon le quotidien "Le Monde", Médecins du Monde est en butte aux critiques des autres associations et du gouvernement... C'est d'abord Catherine Vautrin, la ministre déléguée à la Cohésion sociale, qui confie : "J'ai dit, dès le début, que cette initiative était contre-productive... Les tentes aggravent la sédentarisation des SDF dans la rue... Les fortes chaleurs rendent encore plus urgentes des solutions alternatives"... Une autre association, Coeur des Haltes, est critique elle aussi... "Ces abris nous empêchent parfois d'avoir accès aux SDF... Ils représentent un vrai danger pour leur santé"... Enfin, Emmaüs enfonce le clou... "Les tentes ont favorisé le regroupement des sans-abris... Et il est plus difficile de convaincre huit SDF installés en campement d'aller en hébergement, qu'une ou deux personnes isolées"... Alors, quelles sont les réponses de Médecins du Monde ?... "L'Humanité" donne la parole à Graziella Robert, la responsable de la Mission sans-domiciles fixes... "L'objectif premier, dit-elle, rendre plus visibles les problèmes des sans-domiciles, a été largement atteint... notamment grâce à la polémique qui est née... On nous demande d'arrêter de distribuer des tentes, mais on n'offre aucune solution durable pour ces gens qui sont dans la rue... Ceux qui les ont acceptées l'ont fait parce qu'ils refusaient déjà l'hébergement d'urgence... Ils étaient dans la rue... Il faut faire la part des choses, entre le dérangement que cela peut provoquer chez les riverains et la situation de détresse de ces gens"... Elle reconnaît que l'objectif de fond : que ces personnes obtiennent des logements durables, reste à remplir... Une médiatrice vient d'être nommée pour essayer de trouver une solution... Les SDF souffrent de la canicule... Ils ne sont pas les seuls... Beaucoup de journaux en parlent longuement ce matin encore... Pour "L'Est Républicain", elle est à son zénith... Certains, comme "L'Indépendant Catalan", espèrent un répit pour ce week-end... D'autres, comme le dessinateur Ranson dans "Le Parisien", préfèrent en sourire... Il campe un bonhomme tout rond, tout gentil, qui passe la tête par la fenêtre de la maison d'un vieux monsieur... "Ca va Papy ?... Vous avez pas trop chaud ?"... Et Papy, avec sa casquette et ses charentaises, ventilateur à gauche de son fauteuil, bouteille d'eau à droite, répond : "Laissez mes volets fermés !... Vous faites entrer la chaleur"... Les dessins et caricatures ne manquent pas ce matin chez les marchands de journaux... C'est la livraison hebdomadaire du "Canard Enchaîné"... Alors, canicule toujours... Delambre montre un Sarkozy au sourire plus aiguisé que jamais... "J'ai téléphoné à Chirac, dit-il... Ca va : il s'hydrate bien"... Allez, puisque nous sommes dans le léger, restons-y... Loin des reportages de guerre et des analyses économiques trapues, je vous propose de tourner les pages du mensuel "Marie-France"... "Ce que nos photos révèlent de nous"... sujet d'actualité, à l'heure où beaucoup profitent de l'été pour mitrailler les exploits du petit dernier sur la plage, leur chérie en bikini ou la partie de scrabble à l'ombre des tilleuls avec grand-mère... "Marie-France" s'intéresse au "scrapbooking"... C'est une mode qui consiste à prendre un soin très minutieux de son album-photo, à le décorer, à le légender, à en faire une sorte de journal intime, pour le montrer aux autres... L'idée, c'est de transmettre à ses descendants des albums-photo décorés, personnalisés... Le mensuel a interrogé un sociologue, Bernard Mary... Pour lui, le "scrapbooking" correspond à une accélération du culte du récit individuel... On cultive les instants fugitifs, non cadrés, non posés... Mais aussi, on gomme certains aspects de la réalité... On sourit presque toujours sur les photos... On préserve des instants comme un calque idéal de notre vie... "Marie-France" publie le témoignage de deux femmes d'une quarantaine d'années, toutes les deux divorcées... D'abord Nathalie... Elle a laissé son album de mariage après le divorce... Elle a gardé son seul vrai album : celui de sa fille... Et au moment du coucher, le soir, elle lui raconte plus volontiers l'album, plutôt que de lui lire une histoire... Valérie, au contraire, a gardé l'album d'avant la séparation... "Je fabrique une mémoire à mes enfants, dit-elle... J'en suis la dépositaire... C'est important de leur montrer que l'on n'est plus un couple mais qu'on s'est aimés, que nous avons eu de bons moments tous les quatre, et que notre histoire familiale continue... Lors de ma séparation, en état de choc, j'ai éprouvé le besoin de trier toutes mes photos, comme si réorganiser ma vie passait par la mise à plat de mes souvenirs"... L'album-photo comme reconstruction de sa vie... peut-être pas tout à fait fidèle, mais un peu plus belle... "Les photos sont des taxis, disait le reporter de guerre Don McCullin... Et on prend un taxi pour se faire conduire là où on veut aller"... Bonne journée !

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