Pierre Weil : 12 millions de personnes menacées de famine, une tragédie humanitaire dans la corne de l'Afrique. Yves Decaens : Deux bébés décharnés, les yeux mi-clos, dans les bras de leurs mamans en attente, en attente de quoi ? Sans doute d'un peu de ravitaillement : « C'est la corne de famine » titre L'Humanité . La situation est critique en Somalie, en Ethiopie, au Soudan et au Kenya, où des centaines de milliers de réfugiés s'entassent dans les camps. C'est le cas d'Amara, jeune somalienne qu'a rencontrée Stéphanie Braquehais pourLibération : les cris apeurés de son bébé de 5 mois atteint de malnutrition ne lui font même plus venir de larmes. Des jours et des jours de marche pour arriver là, sans nourriture et sans eau, juste des feuilles à mâcher pour s'hydrater. Mais c'est une question de survie : fuir la faim et les shebab, les milices islamistes qui vous arrêtent et vous frappent, ou vous abattent à bout portant, car s'il n'y avait que la sécheresse, la situation serait assez facile à régler, mais il y a la guerre qui interdit les cultures, empêche le commerce et l'acheminement de l'aide alimentaire. C'est pour Yves Bourdillon dans Les Echos, la cause principale de cette famine, la pire depuis vingt ans. Et dans ce contexte, on peut s'étonner de ce que Le Parisien Aujourd’hui-en-France appelle, c'est un euphémisme, « la timide mobilisation des pays riches ». La réunion convoquée d'urgence, hier à Rome par la FAO, l'organisation pour l'alimentation et l'agriculture, n'a débouché sur aucune décision concrète. Et pourtant. Que représente, demande Olivier Pirot dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, le milliard et demi d'euros qui serait nécessaire pour la corne de l'Afrique face au nouveau fonds de sauvegarde de l'union européenne de 750 milliards, face à la dette américaine de 4.000 milliards de dollars, face au PIB chinois de 6.000 milliards? Et oui, complète Dany Stive dans L’Humanité , comment accepter ce monde qui mobilise des milliards de dollars en un temps record pour sauver un système bancaire et qui a besoin de semaines et de semaines pour sauver douze millions de personnes en perdition ? Car cela fait des semaines que les ONG tirent le signal d'alarme, et des années qu'on connait la situation de ces pays où déjà, on se souvient de l'opération « restore hope » en Somalie, au début des années 90. On savait rappelle Eric Dussart dans La Voix du Nord, que c'était un cataplasme sur une jambe de bois, on savait la guerre civile, les routes inexistantes et les tonnes de céréales qui pourrissaient plus à l'ouest, on savait et on se promettait que dorénavant. Dorénavant, rien. Nicolas Sarkozy a fait de cette crise alimentaire un des points majeurs du prochain G20 souligne son ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, dans Libération , en rappelant la nécessité d'investir massivement au sud. 500 millions ont déjà été mobilisés, mais le mal est plus profond.Pierre Weil : Le mal, c'est aussi la spéculation qui prive les pays les plus pauvres de leurs dernières ressources. Yves Decaens : Ne parler que du climat est une hypocrisie totale, et c'est Jean Ziegler, l'ancien rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation, qui le dit à L’Humanité. La première raison de cette crise, c'est l'explosion des prix des produits de base, les spéculateurs ayant perdu des milliers de milliards dans la crise financière se sont reportés sur les matières premières agricoles. Résultat : 50% d'augmentation du blé et du riz, 63% pour le maïs. Sans oublier, reprend Dany Stive, qu'à coté des fermiers incapables de nourrir leurs familles, en Ethiopie notamment, des investisseurs étrangers accaparent les terres pour y cultiver des produits voués à l'exportation, ce que font beaucoup de sociétés sud-africaines, chinoises ou saoudiennes. Voir dansLa Tribune , comment l'Afrique est devenue la proie de l'agrobusiness. Mohamed al Amoudi par exemple, saoudien d'origine éthiopienne, et 63ème fortune mondiale, c'est Marjorie Bertouille qui raconte comment sa société a loué 10.000 hectares à l'ouest du pays pour y cultiver du riz, ça c'est très bien, mais pour l'exportation en Arabie. D'après les estimations d'un think-tank californien cité dans La Tribune , ce sont ainsi 60 millions d'hectares de terres africaines, l'équivalent de la superficie de la France, qui sont passées sous contrôle étranger depuis deux ans. Un investissement gagnant-gagnant, parait-il, mais pas pour tout le monde.Pierre Weil : Une famine qui menace et qui peine à s'imposer dans le flux des évènements. Yves Decaens : Ce que Daniel Muraz dans Le Courrier Picard, appelle « un scandale à bas bruit ». Que pèse une famine face aux révolutions arabes, à la crise grecque et ses répliques, aux attentats d'Oslo, à l'affaire DSK ? C'est beaucoup moins palpitant c'est sûr, et c'est toujours pareil. Alors que l'affaire DSK, que de rebondissements. En Une du ParisienAujourd’hui-en-France , de France-Soir , du Figaro , de Libération , voilà donc Nafissatou Diallo : sa vie, son œuvre,, ou plutôt, comme dit Le Parisien, son visage, sa voix, sa version des faits. L'accusatrice de DSK est à la Une de Newsweek et s'exprimera ce soir sur ABC, qui a déjà diffusé un extrait de cette interview exclusive. On a tout dit déjà du contenu : qu'elle confirme ses accusations, qu'elle n'est pas une prostituée et qu'elle ne veut qu'une chose, que son agresseur aille en prison. Mais pourquoi maintenant ? Tout le monde a compris, Vincent Giret dans Libération, met les points sur les « i » : « La victime présumée et son avocat tentent de mobiliser l'opinion publique pour contraindre le procureur Vance à ne pas abandonner les poursuites ». A une semaine de la prochaine audience au tribunal, remarque France-Soir, c'est osé. C'est même un coup de poker, précise Le Parisien Aujourd’hui-en-France , pour elle qui fut dissimulée sous un drap à sa sortie du commissariat et cachée dans un hôtel pendant deux mois. Vraiment très inhabituel, commente aussi un spécialiste de la procédure américaine dans Le Figaro , très inhabituel qu'une victime présumée de viol témoigne aussi longuement et publiquement dans la presse avant un procès. Quel sera l'impact de ce coup médiatique ? Les juristes sont partagés, conclut Laurence de Charrette. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la plaignante prend date, quoi qu'il arrive, pour un futur procès au civil dans lequel elle pourra demander des dommages et intérêts, et qui relancerait le feuilleton pour quelques mois.Pierre Weil : Un feuilleton dramatique qui ne fait que commencer celui-là, en Norvège. Yves Decaens : La Norvège exemplaire dans son deuil. C'est Daniel Ruiz qui le souligne dans La Montagne, en citant le premier ministre Jens Stoltenberg : « La haine et le deuil n'empêcheront pas son pays de rester le pays du dialogue et des libertés publiques ». Même dans la douleur, écrit Ruiz, on peut être un modèle de démocratie. Ce que souligne aussi Le Monde dans son éditorial : il n’y aura pas de législation spéciale, on ne cherchera pas à muscler le code pénal à des fins politiques conjoncturelles, suivez son regard. La Norvège, conclut Le Monde, reste fidèle à elle-même, elle s'interroge mais ne se renie pas. Une leçon pour nos démocraties. Fermez le ban.Quand le président écrit aux parlementaires, ça, c'est nouveau dans la démocratie française, information du Figaro, qui a pu lire la lettre écrite par Nicolas Sarkozy aux députés et sénateurs, les appelant, entre les lignes, à voter pour ce qu'on appelle la règle d'or, le fait d'inscrire dans la Constitution l'obligation de respecter l'équilibre budgétaire. Une première sous la 5ème République, dont on voit bien le sens que Solenn Le Royer précise : « En envoyant cette lettre, écrit-elle, le chef de l'Etat se place au dessus de la mêlée, soucieux du seul intérêt général du pays, mais ce faisant bien sûr, il met l'opposition face à ses contradictions. L'opposition qui a déjà répondu « non ». Alors bien sûr, le président aurait pu faire simple et envoyer un mail, mais c'eut été moins solennel, car le mail aujourd'hui quelle banalité. A tel point qu'on se demande si la surabondance des e-mails ne va pas tuer l'e-mail ? Et oui, car « la boite est pleine », comme écrit La Tribune en Une. Juste un nombre pour se faire une petite idée du phénomène : 349 milliards de mails envoyés chaque jour dans le monde. 100 à 200 mails à traiter par jour pour certains cadres d'entreprise qui perdent un temps fou à trier, répondre ou supprimer ces messages dont 90 % sont des spams inutiles. Résultat : des entreprises réfléchissent à supprimer définitivement l'usage des mails, pour les remplacer par des réseaux sociaux spécialisés, dont certains fleurissent déjà sur le net. Chaque utilisateur a un profil et constitue un cercle de relations. Vous imaginez, vous pourrez choisir les auditeurs qui vous écrivent, ne garder que les fans : le rêve.

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