(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : l'Europe sur les dents

(Bruno Duvic) Quel est le point commun ce matin entre Le Progrès de Fécamp et le Financial Times , entre La Repubblica et La Charente libre

Le Dauphiné libéré , les DNA , Le Courrier de l'Ouest et le Spiegel , le Guardian ou l'Aftenposten en Norvège ?

Le sourire de Marine le Pen.

En titre, en photo, sur les sites Internet, les versions papiers des journaux, à la Une, en page intérieure... La plupart du temps, elle regarde un peu vers le haut, comme si l'ascension n'était pas terminée.

« Séisme en France », ce qui est devenu un cliché de lendemain d'élection gagne la page Opinion d'El Païs . Pour le Financial Times - édition Europe –« Le Front national est le parti leader du soulèvement populiste en Europe ».

Séisme, choc, big bang, tsunami... Vous n'échapperez pas à ces titres. « Le FN met le feu » à la Une de La Provence .

Une étape de plus dans la progression, scrutins après élections.

Guillaume Tabard en prend acte dans Le Figaro

« C'est la fin d'un monde bipolaire (PS-UMP). Le Front national poursuit à la fois sa progression et son implantation. Même dans les quelques régions où il n'est pas en tête, il réalise des scores impressionnants. Il n'y a plus aujourd’hui de terres de mission pour le FN. Et son électorat est désormais plus divers et finalement plus représentatif de la sociologie française que ceux de l'UMP et du PS. Nationalisation à la fois géographique et sociologique. On ne peut plus parler de vote protestataire. Aujourd'hui un électeur FN ne vote plus simplement pour se défouler mais pour un parti dont il sait qu'il peut accéder au pouvoir. »

C'est la victoire de la stratégie de Marine Le Pen pour Marine Turchi sur Mediapart . Implantation locale et conquête des classes populaires. « Le FN n'est peut-être pas le premier parti de France, ajoute Philippe Waucampt dans Le Républicain lorrain , mais il est incontestablement le parti du peuple, laissant aux partis de gouvernement le suffrages des classes protégées.»

Un politologue ajoute, sur Mediapart , en parlant plus précisément des européennes : « Le FN profite du fait qu'il est l'un des seuls partis à avoir un discours univoque sur l'Europe, quand l'UMP et le PS ont beaucoup de contradictions. »

C'est « La France FN » à la Une de Libération . Constat que modère Guillaume Goubert sur lacroix.com . « Les formations modérées remportent les deux tiers des suffrages, le premier parti de France n'est pas le FN mais l'absention. » Michel Urvoy est sur la même ligne, dans Ouest France , sur le thème « un peu de calme » : « Le parti de Marine le Pen a recueilli hier beaucoup moins de voix que sa candidate à la présidentielle il y a deux ans : 4,7 millions 7,6 en 2012. Plus qu'à un tsunami de l'extrême droite, on a assisté hier à une atomisation des partis classiques. »

Et c'est bien aux partis classiques que s'en prend David Barroux ce matin dans Les Echos

« Mépriser le peuple n'est jamais une bonne option. Cessons d'accabler les Français pour leur vote ou leur non-vote. Cherchons plutôt les causes. L'offre politique (pour les européennes), à quelques remarquables exceptions près était sans saveur et parfois indigente. On sait comment les partis ont constitué leurs listes, avec ces recalés du suffrage universel, ces copains qu'il fallait recaser. Comment les électeurs pourraient-ils aimer l'Europe quand toute la campagne fut une course à qui dirait le plus fort tout ce qu'elle fait mal ? »

Il y a un « Rejet français » pour Les Echos , « un problème français à l'intérieur et au-delà de nos frontières » pour Jean-Louis Hervois dans La Charente Libre . A parcourir les papiers coulisses, ce matin, à l'Elysée, à l'UMP ou encore rue de Solferino, ce diagnostic d'un problème français est validé. « A l'Elysée, Hollande assiste au désastre » titre Le Parisien-Aujourd4hui en France . « La situation est simple, dit un cadre de la majorité, en deux ans, il a perdu ses électeurs, des bobos aux prolos. » « La gauche c'est fini pour vous, on ne veut plus vous voir » phrase entendue par un élu de la bouche d'un électeur. « La gauche est au bord d'un KO historique » pour Julien Dray, toujours dans Le Parisien . « Le roi est nu » lâche un ténor de la majorité dans Le Figaro . « Hollande entraine la gauche par le fond », titre Mediapart . Constat glacial de Grégoire Biseau dans Libération : « Cela ressemble de plus en plus à une crise de régime.»

Car les autres formations de gauche n'ont pas brillé non plus à ces élections. Pour Patrick Appel Muller dans L'Humanité , ce qu'on mesure ce matin, ce sont « les dégâts semés par une politique d'austérité qui renie toute référence aux valeurs de gauche ». Il appelle au rassemblement du front de gauche, des socialistes mécontents, des démocrates et des syndicalistes.

A droite, l'ambiance est à peine plus sautillante. « Le score de l'UMP aggrave la crise interne au mouvement », titre Le Figaro . Crise provoquée par l'affaire Bygmalion. Jean-François Copé peut-il rester à la tête du parti ? « Si on le garde, on aura notre Guérini », lâche un ex ministre dans Libération . « Il faudra le décrocher au pied de biche » dit un autre UMP, sous-entendu, il va s'accrocher. Mais qui pour le remplacer ? Pour l'instant, les candidats ne sont pas légion. Explication d'un ancien ministre dans Le Parisien : « Qui a envie de gérer l'arrivée très probable des enquêteurs de la PJ au siège du parti, filmée en direct par les chaines d'info ? »

Un autre sourire à la Une de la presse européenne...

Nigel Farage, leader du UKIP, le parti europhobe britannique, l'autre grand vainqueur de ces européennes. « Les haïsseurs de l'Europe sont en marche » titre le journal populaire allemand, Bild . Car le mot séisme n'est pas que dans la presse française. Eurosceptiques, europhobes, eurofachos, ils ont gagné ou marqué des points, en France, en Grande-Bretagne, au Danemark, en Autriche, en Hongrie.

Quelques titres et expression empruntées à la revue de presse internationale d'Alex Taylor (7h moins 10 chaque matin à réécouter particulièrement aujourd'hui sur franceinter.fr)

Question en anglais dans le journal madrilène ABC : « L'Europe, to be or not to be ? ». « Il faut rebooter l'Europe », titre Die Zeit en Allemagne,, comme si le continent était un vaste ordinateur qui bugue. Et le journal allemand ajoute cette question : « Quelle est la différence entre les pro-européens et Sisyphe ? Sisyphe au moins, avait une pierre qui roulait. »

Alors c'est vrai comme l'écrit Jean Quatremer dans Libération , cette charge populiste est hétéroclite, les deux premiers groupes resteront les conservateurs du PPE et les socialistes. C’est vrai aussi, il y a un paradoxe : la poussée populiste est plus forte dans les pays les plus prospères (Autriche, Danemark) que dans ceux qui ont été fortement touchées par la crise. » Mais le correspondant de Libé à Bruxelles, il y a bien « une maladie européenne » dont la France est « le symptôme extrême ». Même dans les pays où les partis traditionnels restent en tête, ils perdent des plumes, comme en Espagne : « Punition pour le Parti populaire et le PSOE », titre El Pais . « Le bipartisme s’écroule », ajoute El Mundo .

Maladie qui laisse le Tageszeitung allemand désemparé (ndlr : merci Alex Taylor ! ) : « Dans sa normalité, l’Allemagne est désormais seule. Le continent entame une dérive dangereuse entre une Allemagne de bonne humeur et le grand reste de mauvais poil. »

Diagnostic similaire sous la plume de l’éditorialiste italien Gigi Riva sur le site de L’Espresso : « C'est la fin de l'axe franco-allemand, l'anti Merkel s'appelle désormais Marine Le Pen. Les deux peuples ont fait deux choix spectaculairement opposés. Les Allemands confirment leur confiance à la chancelière et à une grande coalition qui ne veut pas s'éloigner de la politique de rigueur. Mais à Paris triomphe Marine Le Pen, dont le programme est l'implosion des institutions communautaires. Paris dérive et s'éloigne de Berlin. Berlin isolée pas seulement de Paris mais d'une bonne partie du continent parce que le message des électeurs est clair : il y a une Allemagne dans son coin, Floride contente d’elle et le reste de l'Europe qui se plaint de son hégémonie. »

Pour remonter le moral des europhiles,slate.fr donne une image de la force que dégagerait une Europe unie. A quelques jours de la coupe du monde, le site imagine l'équipe de football de l'Union européenne. Le milieu de terrain et l’attaque font rêver : Steven Gerrard, Xavi, Franck Ribery, Eden Hazard, Zlatan Ibrahimovic et Cristiano Ronaldo.Voilà une Europe enfin offensive…

A demain !

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