A la Une de Libération, ce matin, une Vénus de Milo, très chichement vêtue d'un drapeau grec, fait un doigt d'honneur au reste de l'Europe : reprise de la couverture de l'hebdomadaire allemand Focus... Autre dessin, paru dans le quotidien luxembourgeois Tageblatt : quatre petits cochons dansent sous le regard d'une Europe désespérée... Ils jettent l'argent à tous les vents, en chantant : "Qui a peur de la méchante crise ?". Les quatre cochons, ce sont les PIGS : Portugal, Italie, Grèce et Spain (pour l'Espagne). Un doigt d'honneur, des pays-cochons... Sale ambiance, en ce moment, en Europe. Et manifestement, selon la presse, l'accord trouvé hier à Bruxelles sur la dette de la Grèce ne règle rien. C'est "un accord a minima", pour La Tribune. "L'euro reste menacé par la crise", pour Le Parisien-Aujourd'hui. "C'est Merkel qui impose son plan", pour Le Figaro. La Chancelière a en partie gagné : le FMI participera au plan de sauvetage de la Grèce. L'Europe n'est donc pas capable de laver son linge sale en famille : elle doit faire appel à l'institution de Washington. Le panier de linge sale se remplit. Principal accusée : l'Allemagne, qui ne veut pas ouvrir son porte-monnaie pour rendre à l'Union ses couleurs d'antan. C'est "le boulet allemand", titre Libération. "L'Allemagne est la mauvaise joueuse de l'Union". Dans Le Figaro, l'ancien ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer est très sévère avec sa compatriote Angela Merkel. "Il y a peu, elle faisait figure de Dame Europe. Aujourd'hui, elle donne l'impression de se transformer en Frau Germania. L'Allemagne, écrit Joschka Fischer, a toujours été le moteur de l'intégration européenne, et c'était son intérêt. L'idée était simple : l'Allemagne donne et profite en retour. Si elle devait négliger la première partie de cette proposition, le projet européen en souffrirait sérieusement". En résumé, deux reproches sont adressés à Berlin : 1) se crisper sur la rigueur budgétaire et vouloir exclure de l'euro les pays laxistes ; 2) prospérer aux dépens de ses partenaires avec son modèle basé sur les exportations et les bas salaires. Y a-t-il quelqu'un pour défendre Angela ? D'abord, Joschka Fischer reconnaît lui-même qu'il est bizarre de demander à son pays de réduire sa compétitivité. Ensuite, dans son éditorial de Libération, Laurent Joffrin dénonce la tentation solitaire de la Chancelière, mais comprend en partie son attitude : "Le peuple allemand a sacrifié le mark sur l'autel de l'Union européenne, en échange d'une promesse de rigueur ; l'inflation est, en Allemagne, un mal qui ramène aux pires heures de l'Histoire, quand la disparition de la monnaie a préludé à la victoire du nazisme. Mais, quelles que soient les errances budgétaires de la Grèce, il ne saurait y avoir d'Europe sans solidarité. La tentation solitaire de l'Allemagne serait fatale à l'Europe". (Nicolas Demorand : "Tentation du repli en Allemagne... mais aussi dans toute l'Europe")... C'est Laurent Marchand qui défend cette idée dans Ouest-France : " en France d'abord : quand il se dit prêt à accepter une crise en Europe plutôt que d'accepter le démantèlement de la Politique agricole commune, Nicolas Sarkozy actionne le même levier ; aux Pays-Bas ou en Hongrie, les formations d'extrême-droite gagnent du terrain au nom d'un rejet de la mondialisation. L'effet était prévisible, poursuit Laurent Marchand, mais c'est maintenant qu'il se manifeste. La crise provoque d'énormes tensions". "C'est le statut de notre continent, en tant qu'acteur mondial, qui est en jeu", enchaîne Pierre Rousselin dans Le Figaro. Il relève que la Banque centrale chinoise fait tout pour attiser le feu en jugeant que la Grèce n'est que le sommet de l'iceberg. D'ailleurs, signe de l'inquiétude et d'une contagion possible en Europe, quelque 15 milliards d'euros de dépôts auraient déjà été retirés des banques grecques et placés ailleurs sur le continent, rappelle La Tribune. Les banques espagnoles et portugaises doivent-elles s'inquiéter ? C'est pourtant dans le même journal qu'on trouve l'une des rares analyses positives, par la voix d'Alain Lamassoure, l'ancien ministre des Affaires européennes... "Cette crise est salutaire. Elle permet de poser le problème de fond que l'on n'a pas posé au moment de Maastricht : celui de la solidarité". Le constat d'une Europe politique beaucoup trop riquiqui a été mille fois établi, mais on n'a jamais agi. Certains journaux voient dans l'accord trouvé hier, aussi imparfait soit-il, l'ébauche d'un gouvernement économique de l'Europe. (ND : "Dans la presse également : Dominique de Villepin, tout sourire")... "Villepin, la charge héroïque", titre Libération. "Il se prépare pour 2012 et s'oppose à Sarkozy", enchaîne Le Figaro. Il lancera son parti le 19 juin. Le 18 juin est déjà pris par un homme de plus de 1,90m mais on comprend le clin d'oeil. Villepin, ancien Premier ministre... Justement, Médiapart compare ses déclarations d'hier avec ce qu'il a fait quand il était à Matignon. Economie, social, institutions, sécurité : contradictions à tous les étages. Un exemple : hier, il a appelé à suspendre le bouclier fiscal. C'est lui qui l'a inventé en 2005. Pour Médiapart, le seul domaine où ses actes et ses paroles sont en phase, c'est la politique étrangère. Au rayon "politique et polémiques", une analyse à contre-courant sur le site Internet de Marianne... Elle est signée Jean-François Kahn. C'est l'affaire Zemmour. Kahn ne prend pas la défense d'Eric Zemmour, mais il s'en prend à tous ceux qui lui tombent dessus avec virulence. "Cette bien-pensance gaucho-médiatique qui souffle dans les voiles du Front National". "Bien sûr, écrit Kahn, qu'en prison il y a plus d'individus de confession musulmane que de confession protestante. Ce n'est pas le fait de le dire qui est en soi criminel, mais le fait d'extraire cette réalité, qu'il juge incontestable, de son contexte économique et social. Pas une semaine sans qu'une bronca inquisitoriale ne prenne obsessionnellement et compulsivement pour cible un 'dérapage', comme ils disent. Comme si on n'avait pas le droit de s'exprimer avec les mots qu'il ne faut pas. L'impression est que les gars d'en bas sont écrasés sous les exclusions fulminées par les types d'en haut, et que le haut dispose d'une véritable Gestapo de la parole". Voilà une analyse très polémique, menée sur fond de montée du Front National, et alors que Nicolas Sarkozy veut remettre au coeur du débat la question de l'insécurité. C'est le socle de sa popularité depuis son passage au ministère de l'Intérieur. Mais dans Le Monde, chiffres à l'appui, Luc Bronner et Franck Johannès constatent que le modèle créé par M. Sarkozy s'essoufle : moyens budgétaires limités ; baisse des effectifs : les trois-quarts des postes créés par l'ancien ministre de l'Intérieur ont été supprimés depuis 2007 ; il y a encore le point noir des atteintes aux personnes, autrement dit les agressions de toutes natures : elles augmentent et elles sont très sensibles ; dernier point : le malaise policier. Nicolas Sarkozy était la star des flics. Aujourd'hui, ils ont le sentiment d'avoir été abandonnés. Faut-il y voir un simple hasard, au moment où le Président a mauvaise presse ? Sa famille s'offre une magnifique séquence people. Difficile d'ouvrir un journal ou un magazine sans voir la photo de Pal Sarkozy, le père, qui publie ses mémoires. Et puis Carla Sarkozy est rédactrice en chef de Madame Figaro, qui paraîtra demain... Le numéro entier lui est consacré. Elle revient notamment sur les rumeurs concernant son couple. "Je méprise les soi-disant journalistes qui se servent des blogs comme d'une source crédible. Le fait qu'ils propagent une rumeur sans fondement, répandue par une source anonyme, me semble être une dérive pour la démocratie". (ND : "Quoi d'autre, dans la presse, Bruno ?") D'abord, dans l'hebdomadaire La Semaine du Roussillon, une enquête très fouillée de Bernard Revel sur la bataille autour de l'héritage de Charles Trenet... bataille entre une partie de sa famille et son homme de confiance, les dernières années de sa vie : Georges el-Hassidi. Trenet en a fait son légataire universel et lui a laissé l'essentiel de ses biens. Mais le testament est remis en cause : un graphologue parle de "signature fantaisiste". L'attitude étrange de l'homme de confiance, lors des tous derniers jours de Charles Trenet, éveille également les soupçons. La justice a repoussé deux plaintes de la famille. Mais finalement, une information judiciaire va être ouverte. Comme l'écrit Bernard Revel, "neuf ans après la mort de Trenet, le bras-de-fer continue... longtemps, longtemps après que le poète a disparu"... A propos de poètes et d'écrivains... Dans la plupart des quotidiens et des hebdomadaires, une large place est faite au Salon du Livre, qui ouvre aujourd'hui. Valeurs Actuelles s'intéresse à la littérature Jeunesse. Télérama, aux petits éditeurs. Beaucoup d'enquêtes, ces jours-ci, autour du livre électronique. Dans Le Monde des Livres, deux universitaires américains combattent l'idée reçue selon laquelle la littérature française serait moribonde. Ils la trouvent au contraire très dynamique. Ils parlent du curieux plaisir que l'on trouve, en France, à l'auto-dénigrement. Les livres sont vivants... La preuve : ils suscitent encore la polémique. Le mensuel Lire s'intéresse à la controverse qui est en train de monter dans l'Education Nationale : on va faire étudier aux élèves de terminale littéraire le troisième tome des "Mémoires de Guerre" du général de Gaulle. C'est inscrit au programme. Pétitions de profs de lettres, qui y voient un choix idéologique plus que littéraire. Les gaullistes et gaulliens défendent leur grand homme, en rappelant entre autres qu'il est publié depuis dix ans par les prestigieuses éditions de La Pléïade, qui consacrent les plus grands. Les livres font polémique... Et certains écrivains suscitent encore des cultes. Dans Le Nouvel Observateur, Jérôme Garcin s'intéresse au dernier livre d'Adrien Goetz. Il raconte la vie du coiffeur de Chateaubriand. C'est un roman. Mais au Musée de Saint-Malo, il y a bel et bien un tableau réalisé avec les cheveux de l'écrivain, que le coiffeur en question (qui s'appelle Adolphe Pâques) a collés. Ils permettraient même, grâce à l'ADN, de cloner Chateaubriand. L'auteur du "Génie du Christianisme" va-t-il ressortir d'outre-tombe ? Conclusion de l'homme du "Masque et la Plume" sur France Inter : "Le jour de Pâques est bientôt arrivé"... Bon week-end...

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