(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : maux de tête

C'est un petit espace dans lequel bouillonnent des idées, des mots, des émotions, une culture, un passé. Quelques centimètres carrés, mais au moins dix personnes cherchent à y entrer en ce moment : "Dans la tête de l'électeur", c'est la Une de la Revue Sciences Humaines , ce mois-ci

L'énigme du vote... Dossier de plus de 20 pages, d'où il ressort que l'électeur déroute de plus en plus les chercheurs.

Longtemps, on a pensé qu'il suffisait de savoir d'où il venait (la famille, la région, le milieu social) pour connaître son vote. C'est terminé

Il y a 5 ans, près d'un quart des électeurs hésitaient encore le jour même du vote.

L'électeur est moins conditionné par son milieu, pas forcément plus rationnel. Sciences Humaines cite l'étude d'un psychologue aux Etats Unis en 2004. Il a demandé à 15 démocrates et 15 républicains de suivre un débat télévisé entre George Bush et John Kerry, son adversaire de l'époque. Leur cerveau était observé par IRM.

Résultat: les centres cérébraux impliqués dans le raisonnement étaient très peu sollicités. Les centres émotionnels étaient très excités en revanche.

Indécision, volatilité... Voilà qui donnera des arguments à ceux qui disent que la campagne est loin d'être finie.

Autre éléments, selon Sciences Humaines l'influence des médias est limitée : on ne vote pas en fonction de qu'ils disent. En revanche, ils ont le pouvoir de fixer l'agenda, les sujets qui animent une campagne.

Sur l'agenda médiatique, la sécurité est encore en bonne place aujourd'hui

Conséquence des événements de Toulouse. « Sécurité, Sarkozy met Hollande au défi », titre Le Figaro . Interview du député Eric Ciotti : "Les socialistes n'aiment pas la police"

« Eclipsé par Sarkozy après les événements de Toulouse, Hollande veut imposer ses thèmes répond Libération . Sortir la sécurité de l'agenda médiatique et y remettre les questions économiques et sociales. »

Chacun des deux favoris a droit à son coup de pied aux fesses ce matin. Sur Rue89 , le rédacteur en chef Pascal Riché se demande "Quand François Hollande commencera-t-il sa campagne ?" Campagne jugée terne. « Un candidat normal et équilibré très bien mais cela ne suffit pas : les Français veulent du changement en profondeur. Quelle vie voulons-nous ? »

Pour Sarkozy, le crochet au foie est à la Une de Time magazine. Il est en photographie sur fond noir avec cette question : « Adieu ? ». Quel que soit l'impact des événements de Toulouse pour le candidat Sarkozy, pour Time il risque d'arriver trop tard, cet impact.

D'autant que la presse s'interroge toujours sur les ratés de l'enquête et de l'opération du raid.

Sur slate.fr , pour John Huffnagel le président lui même a trahi son inquiétude jeudi. En proposant de nouvelles mesures anti-terroristes dans les minutes qui ont suivi la mort de Mohammed Merah, il indique qu'il y a eu ratage.

Dans l'enquête sur la filature du tueur et son entourage, Le Figaro relève que des écoutes sur le frère Merah avaient été refusées par la Commission des interceptions de sécurité à la fin de l'année dernière.

La sécurité et la lutte contre le terrorisme de retour sur l'agenda médiatique, ce sont aussi des informations qui parsèment la presse régionale. Dans Sud-Ouest , Saïd Arif, un homme qui avait fait de la prison dans le dossier des filières tchétchènes s'est volatilisé depuis fin janvier, alors qu'il était assigné à résidence à Millau.

D'autres échos de campagne…

D'abord ce que Libération appelle « le ménage à 3 pour la troisième place » : Le Pen-Mélenchon-Bayrou.

François Bayrou en meeting hier au Zénith de Paris. Commentaire de Guillaume Tabard dans Les Echos : "Il avait les accents qui lui sont caractéristiques : lucidité sur les constats, justesse des analyses, imprécision des solutions"

Jean-Luc Mélenchon interviewé par La Croix : "J'ai la conviction que nous vivons les derniers moments d'un ancien régime, dans lequel les puissants sont incapables d'imaginer un autre futur et se cramponnent à de vieilles formules"

Et puis Marine Le Pen dans Ouest France , elle confirme que si elle était élue, elle utiliserait largement l'outil du referendum. « Toutes les grandes options feront l'objet de referendums. »

Et puis, il y a les autres candidats, ceux que l'on appelle les petits. Dans la revue Médias , ils disent leur rancœur, justement contre les médias. "On nous parle de pluralisme, le nombre de chaines et de radios n'a jamais été aussi élevé et on voit toujours les mêmes" selon Nathalie Arthaud.

Critiqués en particulier les éditorialistes vedettes, rebaptisés « éditocrates » par Nicolas Dupont Aignan. Et la chaine vedette. Jacques Cheminade garde espoir et sort quelques chiffres de ses archives personnelles : « en 1995, 80% des Français pensaient que le journal de TF1, disait la vérité. Aujourd'hui on est à peine 30%. La prise de conscience se fait peu à peu. »

Quoi d'autre dans la presse, Bruno

Les suites de la pagaille semée par Free dans le monde du téléphone mobile. Le PDG de SFR serait sur le départ selon Le Figaro .

Le nouvel album de Madonna fraichement accueilli. Elle s'essouffle sur le « dancefloor » selon Libération . Elle accumule les poncifs pour Le Figaro qui voit en elle une chanteuse obsédée par la reconquête des foules.

Une curiosité. La déclaration d'amour de l'ancien directeur du Monde à une série télé. Alors que la saison 5 de « Mad Men » est diffusée depuis cette nuit aux Etats Unis, Jean Marie Colombani publie sur slate.fr une tribune intitulée "Ma Passion Mad Men"

Un article saisissant et presque drôle si ce n'était le contexte de Libération sur la censure en Iran. Le Ministère aux grands ciseaux se surpasse. Dans les livres, il ne faut plus dire "faire l'amour" mais discuter, ne plus parler de sexe mais de relation amicale. « Jamais nous n'avons connu un tel degré de censure, dit un écrivain qui reste anonyme. »

Alors à propos de mots, la presse rend hommage ce matin à l'écrivain italien Antonio Tabucchi, disparu ce week-end. Fils d'un marchand de chevaux, il avait obtenu le prix Médicis étranger pour nocturne indien. Sur le site de La Repubblica , l'une de ses interviews à la télévision de La Repubblica . Il parle de l'effort physique que nécessite l’écriture d’un livre.

(Traduction de l’extrait diffusé dans la revue de presse : « Ecrire un roman, c’est être assis pendant des heures et des heures. On n’écrit pas avec la tête, mais avec le corps, en étant assis. La façon dont on est installé est importante. Quand je me lance dans un livre, je peux travailler de 10 heures du matin à 10 heures du soir, pendant 3 mois. Les vertèbres travaillent, la colonne vertébrale… C’est crevant d’écrire ! »)

Des maux de tête ce matin dans la presse mais aussi un mal de dos et une peine de cœur pour les admirateurs de Tabucchi.

A demain !

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