Bonjour... Ce dessin a été publié dans les pages du journal québécois Le Soleil. Il représente un bureau immense, inondé de lumière, avec vue sur les gratte-ciels. Une grande toile de maître est accrochée au mur ; un lustre, au plafond, brille de tous ses feux... Deux hommes en costume sombre et cravate (sans doute un président de multinationale et son directeur général) devisent, les mains croisées dans le dos, le regard dans le vague. Le président dit à son collaborateur : "La crise financière est finie. Quand je pense que j'ai failli me remettre en question !". Ce dessin, signé "Côté", vous le verrez dans Courrier International. Il illustre un article prélevé dans le journal britannique The Guardian. Le titre de ce papier : "Une nouvelle bulle commence à gonfler". Le sous-titre nous précise que "les divers plans de relance ont injecté énormément de liquidités dans l'économie mondiale, pour la plus grande joie des spéculateurs". Sur les marchés se reproduit un scénario connu : record battu pour l'or, actions en hausse de 50% depuis mars, remontée des cours du pétrole. Les Etats-Unis ont renoué avec la croissance, tout comme l'Allemagne et la France. Dans le même temps, pourtant, le nombre des chômeurs américains n'a pas été aussi élevé depuis 1983, la consommation des ménages européens reste désespérément faible. Dans ce contexte, l'économiste Ravi Batra, compatriote de Barack Obama, prédit "une grosse explosion pour l'année prochaine". Il déplore le fait qu'en dépit de l'expérience laissée par les crises passées, on s'entête à répéter les mêmes erreurs. Chez nous, un autre économiste dit, lui aussi, son inquiétude. Dans le quotidien La Tribune, Michel Aglietta commente ce qui se passe ces temps-ci dans les pays émergents. Victimes de leur succès économique, ces Etats d'Asie et d'Amérique latine (on pense notamment au Brésil) attirent les spéculateurs. La faiblesse du dollar provoque un afflux de capitaux vers ces pays et entraîne de ce fait une flambée de leur monnaie. C'est leur compétitivité qui s'en trouve menacée. Isabelle Croizard, de La Tribune, n'hésite pas à agiter le chiffon rouge d'une "nouvelle alerte mondiale". Il y a "désordre" sur le marché des changes. (Nicolas Demorand : "Le monde est fou, l'économie est folle, le climat ne va pas mieux, Alain")... ...D'où l'organisation de la Conférence internationale sur le changement climatique... Elle aura lieu à Copenhague, au Danemark, du 7 au 18 décembre prochains. Le 9 décembre, les participants à ce Sommet recevront la visite de Barack Obama. C'est ce que Libération appelle un "petit cadeau surprise". Pour Les Echos, "la venue d'Obama relance les chances d'un accord". Le Président américain, tous vos journaux le disent, viendra dans la capitale danoise avec des "ambitions modestes", modestes mais "chiffrées" : il proposera une réduction de 17% des émissions américaines de gaz à effet de serre. Le Figaro titre en Une : "Climat : Obama et Sarkozy face à face à Copenhague". En page intérieure, ça devient : "Choc annoncé Nicolas Sarkozy-Barack Obama à Copenhague". Les deux hommes n'ont semble-t-il pas les mêmes priorités, pas les mêmes contraintes. Le premier déclare ne pas vouloir se contenter d'un "accord au rabais". Le second cherche seulement une voie entre les attentes du monde et la pression de son Congrès. Pendant ce temps, si l'on en croit La Tribune, le ministre français du Développement durable Jean-Louis Borloo se prépare à Matignon en sillonnant la planète, pendant que la jeune patronne des Verts, Cécile Duflot, parle "religion" avec les journalistes de l'hebdomadaire La Vie. Morceaux choisis : "Madame Soufflot" (comme l'a baptisée par mégarde Nicolas Sarkozy) parle de son passage dans les rangs de la Jeunesse ouvrière chrétienne ; elle dit : "J'en ai gardé cette conviction qu'on ne peut pas affirmer les valeurs de générosité de l'Evangile et avoir, dans sa vie quotidienne ou sa pratique professionnelle, des attitudes totalement disjointes"... Sur le mariage des prêtres : "Il est légitime que certains souhaitent vivre en couple et avoir des enfants. D'ailleurs, beaucoup l'ont fait, et il y en a probablement un parmi mes ancêtres". A propos de la langue de bois et de l'hypocrisie : "Les députés qui donnent des leçons sur les valeurs familiales et sont à la limite du harcèlement avec les assistantes parlementaires, ça me hérisse le poil". (ND : "Elle a le vent en poupe, Cécile Duflot ?") Elle peut sourire, en effet, en jetant un oeil sur le tableau de bord Paris-Match/IFOP réalisé auprès de 860 personnes en âge de voter... A la question : "Si le premier tour des élections régionales avait lieu dimanche prochain, ici dans votre région, pour quelle liste y aurait-il le plus de chance que vous votiez ?", 15% des sondés sortent de leur poche un bulletin Verts... En réponse à la même question, le Parti Socialiste atteint 21%, derrière l'UMP-Nouveau Centre : 30%. La Tribune a regardé de près les sondages qui fleurissent à l'approche des scrutins des 14 et 21 mars. Globalement, la gauche prend l'avantage ; selon l'IFOP, elle ferait encore mieux que lors de la "vague rose" de 2004 qui l'avait vue gagner 20 régions sur 22. Mais vos éditorialistes, ce matin, voient déjà plus loin que les Régionales. Hubert Coudurier, dans Le Télégramme, écrit : "Depuis qu'un sondage CSA a indiqué que Dominique Strauss-Kahn serait le seul à pouvoir battre Nicolas Sarkozy à la Présidentielle de 2012, l'idée de sa candidature s'installe comme une évidence"... ce que confirme l'enquête TNS-SOFRES que publient aujourd'hui vos quotidiens régionaux. Elle désigne DSK comme "le meilleur candidat des socialistes" et précise que ce social-libéral est "bien noté à droite". Dans ce contexte, Hervé Favre, pour La Voix du Nord, comprend mieux pourquoi, "dans son discours dimanche dernier devant le Congrès des Jeunes Socialistes, la Première secrétaire du PS a mis la barre nettement à gauche". Nice-Matin, en page Une, reproduit ce propos de Martine Aubry : "DSK n'est pas le seul candidat providentiel". On se demande bien à qui elle pense... En attendant 2012, L'Express nous apprend qu'une "petite dizaine d'ouvrages" sont actuellement en préparation sur Dominique Strauss-Kahn. L'intéressé, qui cultive le doute sur ses réelles ambitions pour la prochaine Présidentielle, a, paraît-il, donné comme consigne à ses amis "de parler le moins possible aux auteurs de ces livres". (ND : "On ne parle plus de la grippe A ?") ...Mais si, bien sûr, on en parle. Si la vue d'une piqûre risque de vous faire tourner de l'oeil, évitez donc les Unes du Dauphiné, du Maine Libre, de La Dépêche du Midi. C'est tout plein de photos où ça pique à tout va. Le titre de France-Soir : "Déjà 300.000 Français ont été vaccinés". Libération ajoute que l'on "se bouscule pour la piqûre" et que "la température monte dans les centres de vaccination". Ils sont "débordés"... C'est "la pagaille". Vos journaux ne lésinent pas sur les mots. Dans La Charente Libre, Jacques Guyon s'interroge : "Va-t-on aller jusqu'à rendre ce vaccin obligatoire ? Un tel acharnement (...) relève-t-il de la seule volonté de faire notre bien malgré nous ? On peut penser qu'au-delà de cette infantilisation aussi courante que détestable existe une autre raison : éviter que le ministère de la Santé se retrouve avec un stock énorme de vaccins inutilisés". Jacques Guyon écrit encore : "Allez donc expliquer qu'on pourrait mettre à la poubelle pour 900 millions d'euros de vaccins". "La France a acheté trop de produits" : la phrase est entre guillemets, elle précède le bref entretien que le professeur Bernard Debré, député UMP de Paris, a accordé à France-Soir. Le chirurgien dit regretter "que la France, qui ne représente que 1% de la population mondiale, ait acheté 10% des réserves de vaccin disponibles actuellement dans le monde". Les autorités françaises ont fait l'acquisition de 94 millions de doses. Pour le professeur Debré, aucun doute : "C'est beaucoup trop". (ND : "Et voilà la ministre de la Santé proprement "dézinguée")... ..."Dézinguée", tiens ! C'est justement le mot qu'emploie l'hebdomadaire Le Point à propos de Rama Yade, "dézinguée" par Roselyne Bachelot, sa ministre de tutelle. La couverture du Point s'orne d'un sourire et d'un regard mutins à côté de ce titre : "Enquête sur Rama Yade : jusqu'où ira-t-elle ?". Pour Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à Princeton, aux Etats-Unis, le parcours de la jeune femme "ne fait que commencer". Née au Sénégal, Mame Ramatoulaye Yade a-t-elle lu l'article que le quotidien Le Monde, dans son édition datée d'aujourd'hui, consacre à la "Renaissance africaine" ? ...La Renaissance africaine, c'est une sculpture plus élevée, nous dit Jean-Pierre Tuquoi, que la Statue de la Liberté. Elle est installée sur les hauteurs de Dakar et représente un Africain au torse musclé ; il tient sur son bras un bébé qui pointe le doigt vers le large avec, en arrière-plan, la mère de l'enfant, vêtue d'une sorte de tunique grecque qui flotte au vent". Ce monument de métal construit par une main-d'oeuvre nord-coréenne a coûté une vingtaine de millions d'euros. Pour un pays aux finances publiques délabrées, ça fait beaucoup, évidemment. L'inauguration de cette Renaissance africaine était programmée pour le 12 décembre. Barack Obama et Nicolas Sarkozy devaient l'honorer de leur présence par vidéo-conférence transcontinentale : ils ont fini par tourner le dos à la statue et du même coup au chef de l'Etat sénégalais. C'est lui, Abdoulaye Wade, qui a dessiné cette oeuvre controversée de style soviétique. Il pense que la statue peut attirer les touristes et les devises. En sa qualité d'"auteur du monument", il réclame déjà sa part : 35% des retombées financières, le reste pour l'Etat. Autour de l'événement, il veut créer une fondation présidée par son fils Karim. Cité par mon confrère du Monde, un citoyen sénégalais désabusé commente : "Avant de construire la tour Eiffel, en France, on avait donné à manger au peuple". Louis XVI aurait pu en témoigner : il faut toujours nourrir en priorité un peuple qui a faim.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.