Bruno Duvic : Comme chaque vendredi, la Revue de Presse à deux voix. Bonjour Guyonne de Montjou, bonjour Yves Decaens. Dans la presse ce matin, notamment la presse internationale, après l'Irlande, la situation inquiétante du Portugal... Guyonne de Montjou : Lisbonne dans le collimateur des membres de la zone euro. La fragilité de l'économie portugaise inquiète tout le monde, et certains veulent que le gouvernement socialiste accepte l'aide de la Banque Centrale Européenne. C'est le Financial Times Deutschland qui met des mots sur l’angoisse de tout le monde : que l’économie portugaise entraîne dans sa chute l’Espagne voisine. Les deux économies sont très imbriquées et la faillite de Madrid serait lourde à porter pour l'Europe. Les responsables allemands qui parlent au journal économique savonnent la planche à leur partenaire portugais. Parce que justement, c'est aujourd'hui que le gouvernement Socrates présente son plan d’austérité au Parlement. Il veut sortir tout seul de la crise, sans l'aide européenne. Pas question de devenir, après la Grèce et l'Irlande, le 3ème pays sous perfusion. Yves Decaens : Situation délicate qui pose une question simple que pose Philippe Mabille dans La Tribune : "Les peuples des pays encore bien notés (les triple A comme on dit) accepteront-ils encore longtemps de payer pour sauver les créanciers des pays qui ont laissé libre cours à la spéculation ?" En fait, François Lenglet dans le même journal, enfonce le clou : "Les Saint-Bernard sont fatigués", dit-il. Les « pigs », Portugal, Irlande, Grèce et Espagne, n'auront bientôt plus qu'une alternative, soit répudier une partie de leurs engagements pour alléger leur dette, soit sortir de l'euro. Deux solutions désagréables mais moins désagréables qu'une nouvelle explosion mondiale conclut l'éditorialiste de La Tribune plutôt pessimiste. Un pessimisme auquel ne croit pas, en revanche, Eric le Boucher dans Les Echos, pour qui l'euro ne sera pas le peso. Aucun pays ne quittera la monnaie unique, écrit-il. La preuve, même le président de la Bundesbank, le plus faucon des dirigeants du nid de faucons de Francfort l'a dit : on ne peut pas faire marche arrière. Reste à prendre les décisions concrètes, conclut Eric le Boucher, repenser la gouvernance de l'euro. Paris et Berlin sont d'accord. Qu'ils le disent clairement, sans cafouillage. Guyonne de Montjou : En attendant, la Tchéquie est bien tentée de prendre la porte avant d'entrer. Hier, coup de gueule du président tchèque. Vaclav Klaus ne veut plus que son pays adopte l’euro. Une majorité (55%) des Tchèques pensent comme lui : entrer dans cette zone économique turbulente et rigide n’est finalement pas si souhaitable. Arrivée dans l’Union européenne en 2004, la Tchéquie avait pourtant promis d'adopter, à terme, l’euro. Cacophonie au sommet de l’Etat dans la presse tchèque ce matin. Le nouveau ministre des Finances dément formellement les propos de son président. Pour lui, pas question de renoncer à l'euro. Il a les critères de Maastricht inscrits sur le miroir de sa salle de bains. Bruno Duvic : Et Guyonne, autre sujet dans l'actualité internationale : les élections du week-end. On a beaucoup parlé d'Haïti, mais il y a aussi, dimanche, des élections en Côte d'Ivoire... Guyonne de Montjou : Et le climat est tendu à trois jours du second tour de la présidentielle. Les deux candidats se sont affrontés, hier, dans un duel télévisé. Le premier du genre dans le pays. Dans la presse, tout le monde semble s’étonner que le débat ait été courtois, sans insulte. Tandis qu’au même moment, chez leurs partisans, on s’invective, on se bat. Hier, on a même tué un militant, poignardé à 300 km d’Abidjan. Bref, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, en costume, debout derrière leur pupitre… c'est la photo du jour... belle vitrine de la démocratie ivoirienne. En lisant Le Courrier-International, on comprend qu'un scrutin dans cette région est plus complexe que les Occidentaux veulent le croire. C’est un article du "Pays" de Ouagadougou, ville voisine de la Côte d’Ivoire, qui raconte comment chaque candidat est allé ces dernières semaines caresser la couronne des chefs tribaux. Parce que, nous explique le journaliste : "Lorsqu’on a un chef derrière soi, on a presque tout son village, toute la communauté sur laquelle il règne. Très souvent, ces chefs traditionnels somment purement et simplement leurs sujets de voter pour tel ou tel candidat". Et l’article du "Pays" conclut : "Ce n’est pas une population d’électeurs. C’est du bétail électoral". Yves Decaens : En France, ce n'est pas tout à fait ça. Au PS notamment, où la mise en ordre de bataille est toujours difficile. Comme dit Le Figaro : "Au PS, tout le monde peut gagner mais il n y aura qu'un seul vainqueur dans la course à l'Elysée et donc les présidentiables sont condamnés à s'entendre". C'est ce qu'ils font avec ce qui ressemble à un pacte entre Aubry, Royal et DSK. "Un incroyable accord" titre France-Soir. Pourquoi incroyable ? Parce qu'il écrase tout. Celui des trois qui finalement se dévouera, si j'ose dire, a toutes les chances de rafler la mise. En attendant, commente David Revault d'Allones dans Libé : "Ils se sont engagés dans une course de lenteur pour sortir du bois le plus tard possible en se tenant par la barbichette et le premier qui ira (vous connaissez la suite)... aura une tapette". Le résultat de cette incertitude, pour l'instant, c'est ce que décrit Marianne, un malaise de plus en plus palpable chez les militants socialistes face à ce grand corps toujours malade qu'est leur parti. Ces primaires avant primaires ne sont pourtant pas dénuées de sens, commente Dominique Garraud dans La Charente-Libre puisqu'il s'agit d'éviter la guerre des éléphants. Mais Patrick Flukiger dans L'Alsace lui répond "Personne ne croit sérieusement qu'ils joueront leur candidature à l'amiable". Ce qui est sûr, souligne Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées, "c'est que la rue de Solférino veut des primaires de ratification et non pas de compétition". Et dans ces conditions, la conclusion pour Jacques Camus dans La République du centre : "Mieux vaudrait alors arrêter les simagrées. Entretenir l'illusion d'une sélection par les militants et les sympathisants relève de l'imposture". Bruno Duvic : Et Guyonne, à la Une des quotidiens d’Amérique Latine, des images de guerre... Guyonne de Montjou : Ces photos de blindés et de policiers d'élite, hier soir dans une favella de Rio de Janeiro. L’article de la Republica du Pérou donne le détail : deux cents tireurs d'élites, six blindés un hélicoptère, et des habitants qui tendent des drapeaux blancs à leur fenêtre pour ne pas être pris pour cible. Des tirs, trente morts au moins. L'article raconte comment après avoir tenté de se défendre un peu, les gangs ont compris que, cette fois, l'opération était sérieuse. Plusieurs centaines de "narcos" armés ont gravi la colline en courant ou à moto pour échapper à la police. Ils ont trouvé refuge dans un bidonville voisin dont, il est probable, la police viendra bientôt les déloger. Car ce n’est que le début des opérations. Le ministre de la Défense vient de l'annoncer. Ce week-end, d’autres blindés viendront nettoyer ce bastion du crime organisé à Rio. Voilà comment la nouvelle élue, Dilma Roussef, marque son territoire. L'idée est de reprendre le contrôle de Rio pour pouvoir accueillir dans quatre ans, la Coupe du Monde de football. Yves Decaens : Des favellas aux quartiers riches, transition brutale, pour évoquer l'eldorado des riches français de ce coté-ci de l'Atlantique. C'est une enquête du Parisien Aujourd'hui-en-France qui est allé voir à Bruxelles les exilés fiscaux, de plus en plus nombreux qui, semble-t-il, se plaisent énormément dans la capitale belge. On les appelle les "SDF", Sans Difficultés Financières. Et pourquoi Bruxelles ? explique Olivier Baccuzat. On s'en doute, parce que pas d'ISF, pas de taxation sur les plus values. Ce que résume le dessin de Ransom : deux gros messieurs (les riches sont toujours dessinés en gros) avec de gros cigares. "Je ne peux plus vivre en France" se plaint l'un des deux. "Si tu savais ce qu'on me prélève sur les rétro commissions !" Clin d'œil, en passant, à l'affaire Karachi. Les riches Français de Bruxelles n'ont pas de problème pour se loger. D'autant moins que l'immobilier est moins cher qu'à Paris où les prix ont remonté en flèche. C'est la Une du Figaro, des Echos, de La Tribune. Le prix moyen du mètre carré à Paris dépasse aujourd'hui les 7.000 euros. C'est un nouveau record (+ 13 et demi pour cent en un an). Dans l'ancien (+ 8 et demi sur l'ensemble du pays). A Paris, titre Libération, "on peut parler de pierre précieuse". Et ce n'est pas fini ! Si certains craignent l'éclatement de ce qui pourrait n'être qu'une bulle, d'autres (c'est à lire dans Le Parisien), d'autres voient les prix continuer à grimper. Jusqu'à 50% en cinq ans dans l'ouest de Paris. Un problème de plus pour Bertrand Delanoë qui voudrait faire de Paris, à la fois Rome et la Californie. Il l'a dit hier à l'ouverture du conseil de l'attractivité internationale. C'est dans La Tribune. Rome c'est le patrimoine et le tourisme la Californie, les entreprises et l'innovation. Avec les prix de l'immobilier, Paris ce sera aussi bientôt Rio et ses favellas.

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