L'Equipe dit "Dieu mort" et le Monde se souvient d'une chanson, la photo de une du Financial times et un récit de joueurs anglais dans So Foot racontent Maradona comme celui que ses adversaires ne pouvaient pas comprendre. Marie-Claire raconte "Tata Pognon", proxénète de jeunes femmes qui rêvent d'être Zahia.

On parle d'égalité...  

L'égalité des hommes qui devant la mort se valent, et on parle aussi de la dignité que l'on doit à sa propre histoire, et ce matin  la Voix du Nord, nous donne une leçon en ne suivant pas notre cortège, le cortège de Maradona. 

La Voix du Nord met en avant un homme de sa région Eric Dupont-Moretti, en interview version sécuritaire, il parle de justice, de proximité et  vient à la rencontre de l'exaspération populaire. "Ce qui gâche la vie de nos concitoyens, c’est le sentiment d’impunité", il ne veut plus qu'on attende quatorze mois pour qu'un jeune exécute un travail d'intérêt général, le ministre veut désormais  face aux petits délits, "une réponse pénale systématique et rapide. Tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies"... 

Eric Dupont-Moretti écrase la une de sa Voix du Nord, ce n'est que sous sa photo que  vous voyez Maradona mais pas seul, à côté de lui, le portrait d'un homme moustachu, le cheveu blanc: Jacques Secrétin, qui est parti hier à 71 ans, "le roi français du tennis de table", lis-je, et aussi ce titre: "Deux géants du sport s'éteignent". Diego ne valait pas plus que Jacques, il valait même moins dans le journal , une page intérieure pour le footballeur, deux pages pour Secrétin; il avait tapé ses premières balles sur deux planches de contreplaqué que son papa avait assemblées et peintes... C'était à Dannes-Camiers sur la côte d'Opale, Secrétin, Maitre Jacques était un artiste qu'en Chine on appelait Monsieur Secrétin, il était surtout pour la Voix du Nord l'un d'entre nous, il est mort à Tourcoing chez lui d'une crise cardiaque. Tiens le cœur, comme Maradona, mais lui, on ne se doutait pas qu'il était en danger...   

Est-elle étrange, la Voix du Nord, ou infiniment juste. Diego Maradona possède ce matin l'immensité du reste des media et l'irréalité de sa terrible grâce. Dieu est mort, dit l'Equipe dont la Une montre le footballeur saisi au temps de sa beauté, il semble s'éloigner de nous dans un mouvement de retrait, surpris et sombre, aux aguets; le grain de la photo est retravaillé, flouté, je pense à ces portraits de disparus aux murs des vieilles maisons et qui parfois nous hantent, "sa mort annonce le temps du mythe" écrit l'Indépendant: "L'Evangile d'un prophète perdu qui n'aura jamais cessé de parler de Dieu..." Je lis dans le Monde que dans son pays, l'Argentine, on chantait ceci de Maradona. "Si Diego demain joue au ciel, ils mourront seulement pour pouvoir le voir jouer", nous y voici donc… Vaucluse-Matin, justement titre "un Dieu et des hommes",  il a le mérite de parler de nous.   

Et des journaux racontent Maradona à hauteur d'homme...

Et la plus juste photo est à la une du Financial Times (aussi dans le Guardian et dans Libération), elle fut prise pendant la Coupe du monde en 1982, Diego est balle au pied devant une forêt de joueurs belges, six joueurs, plus de la moitié d'une équipe; tous regardent Maradona, tous sur le qui vive, se demandant par où il passer. Maradona était celui que ses adversaires ne savaient pas comprendre, une fois passées les nécrologies souvent somptueuses et les anecdotes trop connues, allez trouver des leçons de football. 

So Foot, référence, remet en ligne un article génial où les joueurs anglais de 1986, racontaient la course de Maradona qui les avait traversés un à un à un pour un but inoubliable, c'est du foot en train de se vivre,  des hommes forts et brillants, Beardsley, Shilton, Peter Reid dépassés par une boule de muscles.  

"Je n’ai toujours pas compris ce qui s’est passé. Sur le contrôle, il se dégage de mon marquage et me repasse sous le nez d’une volte sur un pied."  

"Là, il fait un truc de dingue que je n’avais jamais vu, ni avant, ni après. Ce dribble en pivot sur un seul pied, à cette vitesse et face à deux adversaires, c’était quoi, putain! "  

"Je me souviens l’avoir vu débouler comme une bombe vers moi. il ne cherchait pas du tout à m’éviter, il m’a battu sur son crochet extérieur en revenant dans l’axe."  

"J’essaie bien de le freiner un peu avec mes bras, mais en passant, Maradona tape dessus violemment comme pour me dire : « N’y pense même pas ! » J’ai senti qu’il était habité. »  

"Maradona fait une feinte de frappe d’un léger mouvement de hanche pour me faire plonger, et d’une petite touche de balle, me dribble sans se désaxer."  

Maradona, dans ce match s'était pris des coups, comme souvent. Vous lirez  dans l'Equipe qu'un défenseur basque, Andoni Goikoetxea, surnommé le boucher pour avoir brisé la cheville de Diego en 1983, a  gardé les chaussures qu'il portait le jour du crime. Vous lirez aussi, dans l'Equipe encore, des mots de Platini où l'admiration est teinté d'une ironie légère, Maradona était un enfant-roi, il regrette Michel qu'au Mondial 1986, il ait joué blessé quand Maradona était en forme... On est aux confins de la jalousie, une aigreur? Mais Platini est à nous, français, je la comprends. Je comprends aussi pourquoi l'Humanité veut dire que Maradona était un "companero", et comment le Figaro nous explique pourquoi Maradona portait deux montres de luxe, une à chaque poignet!

Nos journaux disent  la fin de Maradona quand son corps avait quitté la grâce, je lis quelques mots cruels, dans l'Equipe, sur ce "masque cireux, le pas lent essoufflé", dans Libération qui se souvient de Maradona en 2009, onze ans déjà, sélectionneur argentin qui semblait figé, un artefact de cire, qui en semblait s'éveiller que pour les caméras et qui ne pouvait plus seul lacer ses chaussures. Le Monde décrit Maradona le 30 octobre dernier, le jour de ses 60 ans, venu se faire fêter quand même dans un stade vide de supporters,  deux cerbères l'aidaient à marcher. Dans une étrange pudeur, je ne vois pas dans la presse ce Maradona-là, je dois aller chercher ailleurs, une série Netflix... Il était pourtant à l'agonie, de la même étincelle...  

On parle enfin d'une femme... 

Qui comme Maradona vient d'un monde plus dur que nous, le côté obscur, ghetto d'une banlieue, elle a une trentaine d'années, elle est dans Marie-Claire, grande et rude, d'une famille de durs et dure elle-même, un jour, elle est venue en aide à une prostituée tabassée et a écarté d'elle les importuns, un pistolet à la main, elle en est devenue proxénète, elle protège des filles et dit bien les traiter, elle refuse de prendre des mineures car elle est une maman, sa limite, on la surnomme "Tata Pognon" mais elle mérite ses sous, disent ses protégées, elles sont de ces filles qui ont choisi de vendre leur corps pour s'en sortir comme Zahia, leur modèle, mais le temps les rattrape, tu prends de l'âge, tu ne vaudra plus rien... Je pense à la rage d'un jeune argentin sorti du Ghetto.  

Vous lirez, dans le Parisien, une histoire de rage de soigner de guérir, l'histoire d'un cœur destiné à une greffe, qui a failli être perdu parce que la météo ne permettait pas à l'avion sanitaire de décoller. On l'a amené en train, c'est une première, je la lis ce jour où d'un cœur arrêté, notre monde s'est figé..

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