(Alain Le Gouguec : A la Une ce matin : les affrontements entre hooligans du PSG et de l'OM, à Marseille)... Dans les rues de Marseille, hier après-midi, on a vu un corps s'envoler... Le journaliste de La Provence a regardé sa montre : il était 16h38 sur le boulevard d'Athènes, entre le Vieux Port et la gare Saint-Charles. Un homme se fait renverser par une voiture... écrasé, écrit même Laurent d'Ancona. Pas assez pour arrêter la bagarre. Le corps vole sur plusieurs mètres au-dessus du pugilat, tel un pantin désarticulé. Quelques secondes plus tard, il gît à terre. "Putain, il est mort", frissonne un adolescent. Toujours pas de quoi interrompre la baston. Une ambulance finit par arriver. Elle embarque le blessé. C'est un miraculé : il n'a que quelques fractures. Avant l'arrivée des secours, il a été dépouillé de son maillot du PSG. Des gamins surexcités ont aussitôt brûlé le T-shirt, comme une prise de guerre. "Paris, on t'encule"... L'extrême violence de ce qui s'est passé hier à Marseille : en témoigne encore ce couteau, qui vole sur la photo page 6 dans L'Equipe... un couteau lancé par un gamin en sweat-shirt rayé noir et blanc, en direction d'un groupe rival. Couteau toujours, miracle encore... Une lame s'est plantée dans le dos d'un ultra de la capitale. Au final, le bilan de ce "jour de guerre", comme l'écrit La Provence, est de 10 à 15 blessés, selon les décomptes, 10 interpellations, selon la police. Alors à qui la faute ? A l'origine de ce "fiasco", comme l'appelle Le Parisien-Aujourd'hui, l'annulation en quasi-dernière minute du match OM-PSG prévu le soir même : trois joueurs parisiens souffrent de la grippe A. Dès la veille, on était certain que deux étaient malades, et il y avait de fortes suspicions pour le troisième. Le président de la Ligue de football a-t-il réagi trop tard ? Frédéric Thiriez se défend, dans les colonnes du Parisien : "Il ne faut pas s'étonner qu'une situation puisse être blanche un samedi et noire un dimanche. Cela peut être pareil pour une classe d'école primaire. Je présente mes excuses aux supporters marseillais et parisiens, aux diffuseurs et à tout le monde, mais mon devoir était de m'adapter". Petit commentaire tout de même : dans les trois journaux cités, au milieu de la pléïade d'éditos, d'analyses et d'interviews, on aurait aimé trouver ne serait-ce qu'une petite colonne pour dire que les principaux responsables du chaos d'hier, avant Frédéric Thiriez, ce sont les crétins prêts à asséner des coups de batte de base-ball ou de couteau parce qu'on ne soutient pas la même équipe qu'eux. Cette petite colonne manque cruellement, ce matin... Vous me direz que les faits parlent d'eux-mêmes... Dans L'Equipe, Damien Degorre et Guillaume Dufy montrent une passante affolée près de la gare Saint-Charles. Elle s'adresse à un policier en faction : "C'est qui, les abrutis : les Marseillais ou les Parisiens ?" "Les deux", répond le CRS. (ALG : En tout cas, avec cet après-midi de violences à Marseille, la grippe A fait son retour dans les journaux)... Oui : pas la grippe A dont on rigole sur le thème "on a exagéré la menace"... celle qui inquiète. "C'est grave, docteur ?", demande Libération à la directrice de l'Institut national de veille sanitaire. Réponse : "Depuis cinq semaine, le virus circule au-dessus du seuil épidémique. Il y a eu un démarrage très rapide en Ile-de-France depuis le 17 octobre. C'est assez logique : c'est une région très peuplée. Nous sommes au début de ce qui va se passer". La Croix rappelle que cette tendance, on la retrouve dans une bonne partie de l'hémisphère nord. Une vague de pandémie s'étend progressivement dans le nord de l'Asie et de l'Europe, tandis que l'Amérique du Nord connaît une deuxième alerte. Confirmation dans Le Figaro : "Barack Obama décrète l'urgence nationale"... Cela permet de mobiliser plus rapidement les moyens. Au Lycée français de Washington, on fait état de plusieurs cas. Rien de grave pour l'instant. Parmi les motifs d'inquiétude aux Etats-Unis : la trop lente livraison des vaccins. La maladie a entraîné l'hospitalisation de plus de 20000 personnes dans le pays. 1000 en sont mortes. (ALG : Sarajevo, Sebreniça, Mostar : les villes symboles de la dernière guerre sur le territoire européen reviennent hanter les journaux ce matin)... Aujourd'hui, s'ouvre à La Haye le procès de l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic. Dans La Croix, reportage dans son ancien fief : la ville de Pale... Près de quinze ans après la guerre, l'ancienne bourgade multi-ethnique prisée des habitants de Sarajevo est devenue une ville moyenne serbe de 30000 habitants. Le maire aimerait bien tourner la page. Il cherche des investisseurs pour le développement de sa ville. "Mais je crains qu'il faille beaucoup de temps pour construire un minimum de confiance entre Bosniaques et Serbes", dit un représentant de l'opposition municipale. Un écrivain confirme : "Aujourd'hui encore, chacun affirme qu'il est la victime et que l'autre est l'agresseur. Chacun a sa vérité, tribalisée, ethnicisée. Et je crains que ce procès ne puisse apporter aucune énergie positive en faveur de la réconciliation". Tous coupables ? Tous victimes ? Toujours dans La Croix, le président du Comité pour les droits de l'homme en Bosnie-Herzegovine recadre le débat... Halte au révisionnisme : à propos des victimes de Sarajevo par exemple, certains parlent de 10 à 20000 Serbes exécutés par les Musulmans bosniaques. Le vrai chiffre, c'est 5 à 600 personnes. "Tout le monde a commis des crimes, c'est vrai. Mais il n'y a ni parallélisme, ni égalité dans leur importance". Bosnie, Serbie, Kosovo... Cette ancienne Yougoslavie "peine à trouver une réelle stabilité", écrit Laurent Marchand dans Ouest-France. La solution est-elle dans l'intégration des différents pays à l'Europe ? En tout cas, l'Union y travaille, écrit l'éditorialiste. La Croatie et la Macédoine sont candidates à l'adhésion. Pour le Montenegro, la Serbie, la Bosnie et même l'Albanie, cela viendra un jour. "L'Europe, conclut Laurent Marchand, née des cendres de la Seconde Guerre mondiale, incarne le dépassement pacifique du nationalisme. Ce fait a encore tout son sens dans les Balkans. Le procès Karadzic vient opportunément nous le rappeler". (ALG : Autre région marquée par la guerre : le Proche-Orient)... "Quand Israël pensait que les islamistes étaient ses alliés"... Le titre est sur le site Rue89, qui interviewe Charles Enderlin, le correspondant de France 2 à Jérusalem. Il publie un ouvrage intitulé "Le Grand Aveuglement". C'est un fait connu, mais il apporte des témoignages et des documents nouveaux. Depuis 1967, Israël a d'abord considéré que son principal ennemi, c'était la mouvance nationaliste palestinienne, dont le visage le plus connu était celui d'Arafat. Pour mieux s'opposer à ces mouvements et pour diviser les Palestiniens, les gouvernements successifs d'Israël ont encouragé le courant islamiste. "Les décennies d'occupation ont fait le lit du Hamas", dit Charles Enderlin. C'est vrai que cette erreur a été largement partagée dans le monde : en Afghanistan et au Pakistan, la CIA a soutenu les courants islamistes les plus radicaux pour s'opposer à l'armée soviétique. On sait ce qu'il en est aujourd'hui". (ALG : Et puis il y a, ce matin, de l'intoxication dans l'air, Bruno)... Et ce sont les banques qui sont accusées d'être toxiques. "Emprunts toxiques : les élus contre-attaquent" : deux pages dans Le Parisien... Il y a quelques jours, je vous parlais de la Communauté urbaine de Lille, qui croule sous ses emprunts toxiques : elle ne sait plus comment s'en sortir. Eh bien, elle n'est pas la seule. Saint-Etienne, Rouen, Chartres, Pont-Saint-Esprit, Conseil Général de Seine-Saint-Denis : une cinquantaine de collectivités locales sont intoxiquées. Les emprunts toxiques, ce sont les prêts particulièrement risqués contractés avant la crise. Evidemment, après la crise, le risque se retourne contre l'emprunteur. En Seine-Saint-Denis, 97% des emprunts contractés sont constitués de produits toxiques. Les élus menacent de poursuivre les banques en justice : elles ne les auraient pas prévenus des risques. Là aussi, il y a peut-être un peu d'intox dans l'air. Ces élus voudraient-ils faire porter aux banques la responsabilité de leur imprudence ? En tout cas, ces grosses difficultés de trésorerie s'ajoutent à la suppression programmée de la taxe professionnelle. Le coup de gueule des élus est aussi une manière de préparer les esprits à une augmentation des impôts locaux. (ALG : Et puis une interview de saison, pour terminer)... De saison ou presque... Le chanteur Sting sort un album hommage à l'hiver. En français, cela s'appelle "Si par une nuit d'hiver"... Sting y revisite à sa manière Bach, Purcell, le chant traditionnel et son propre répertoire. Et il parle fort bien de l'hiver dans les colonnes de La Croix. "C'est la saison de l'imagination : celle où l'on se raconte des histoires. Je suis fils de laitier. Le matin, j'accompagnais mon père. Il parlait peu, et je laissais aller mes pensées. J'entends encore le bruit de nos pas dans la neige, que nous étions les premiers à fouler, et le tintement des bouteilles. Si nous perdons l'hiver, nous perdrons cette part de nous qui prend le temps de visiter ses souvenirs et ses fantômes. Les personnes qui écouteront cet album, je les imagine au coin du feu, confortablement installées dans une semi-obscurité"... Vous savez que "Sting", en anglais, cela veut dire "dard" : le dard qui pique... Alors, contre les rigueurs grippales de l'hiver, on peut rentrer chez soi, tomber le masque, mettre un casque, et s'injecter une petite piqûre de Sting : ce vaccin-là peut soulager aussi. Bonne journée...

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