Patrick Cohen : A la Une ce matin, quand le patron d'un tribunal constate que c'est le bazar chez lui... Bruno Duvic : "Dans cette affaire, tous les principes ont été malmenés, il y a une perte totale de repères. Tous les acteurs du monde judiciaire, y compris les avocats, doivent procéder à un examen critique des derniers mois". L'homme qui parle dans les colonnes du Monde s'appelle Jean-Michel Hayat. Il est président de tribunal en effet, et pas n'importe lequel, celui de Nanterre où se joue l'affaire Bettencourt. C'est le bazar à Nanterre et c'est aussi le calme avant la tempête. Hier, les fax du Palais de justice sont restés muets nous dit Le Parisien. Dans les jours, et même les heures à venir, ils pourraient crépiter à nouveau. Faut-il, ou non, dépayser (autrement dit transférer vers une autre Cour) le dossier Bettencourt, en partie ou totalement ? C'est au procureur général de Versailles, Philippe Ingall-Montagnier, (qui chapeaute le tribunal de Nanterre) de lancer la procédure en saisissant la Cour de cassation. Ce week-end, rappelle Le Parisien, Monsieur Ingall-Montagnier s'est prononcé pour ce dépaysement. L'objectif serait de ramener la sérénité dans l'exercice de la justice. Quel est donc ce bazar qui trouble à ce point la sérénité à Nanterre ? La guerre de tranchée entre une juge et un procureur. La juge est accusée d'avoir violé le secret de l'instruction et d'avoir donné des éléments du dossier à la presse. Le procureur est accusé de vouloir étouffer toute l'affaire sur ordre du pouvoir. Alors faut-il approuver ce dépaysement ? Quelques voix encore timides s'y opposent. Pour Eva Joly et le président de l'Union Syndicale des Magistrats dans Le Parisien, c'est la juge et non le procureur qui est visé. "C'est de l'enfumage, tout est fait pour éviter qu'une juge indépendante ne s'intéresse à l'affaire. Son enquête est dangereuse". "Enfumage" et même "farce judiciaire". C'est l'expression utilisée par l'un des avocats dans ce dossier, Maître Antoine Gillot, avocat de l'ex-comptable des Bettencourt. Sur le site de Médiapart, il dénonce "une triste farce judiciaire". Et lui aussi redoute que seul le dossier entre les mains de la juge soit dépaysé. Juridiquement, dit Maître Gillot, il semble que la Cour de cassation ne puisse pas dépayser des enquêtes préliminaires, celles entre les mains du procureur. Et selon lui, même si l'on changeait de procureur, un autre resterait inévitablement aux ordres du pouvoir. Alors, dépaysement ou pas, la décision est imminente, dixit Le Parisien. Patrick Cohen : Autre mot à la Une : "Subprime"... Bruno Duvic : Après les tremblements de terre d'il y a deux et trois ans : les répliques... Drôles de répliques à vrai dire. En mars dernier aux Etats-Unis, Angela Iannelli faisait la Une de tous les journaux. Elle avait été expropriée de chez elle par erreur car elle avait toujours remboursé son emprunt. A l'époque, on avait parlé de dérapage isolé. Mais depuis, comme le raconte le site Internet des Inrockuptibles, les dossiers se sont accumulés : une maison saisie à la place de celle du voisin, un couple poursuivi alors qu'il n'avait même pas contracté d'emprunt, des expulsions lancées alors que le crédit venait d'être renégocié, ou encore une saisie adressée à un propriétaire qui ne l'est plus. Ce qui est en cause, raconte les Inrocks.com, c'est le "Robo-Signing", autrement dit la signature à la chaîne de documents sans aucune vérification. Le 4 octobre, le New-York-Times publiait un document : trois cessions de créances signées du même nom mais par trois personnes différentes. Le "Robo-Signing", ce sont encore de fausses signatures, des documents antidatés, des actes certifiés avant même d'avoir été remplis. Bref, un scandale alors que les saisies de biens immobiliers continuent même si l'on parle beaucoup moins. On en a compté près de 100.000 au mois d'août. La Bank of America vient d'annoncer un moratoire sur les saisies en cours. La crise n'est pas finie, loin de là ! Le système financier est même menacé de "zombification" selon Jacques Attali sur le site Slate.fr. D'abord, la crise des Subprimes n'a jamais été réglée. Ensuite, selon Attali, entre l'endettement public et la baisse des taux, on assiste à l'ultime beuverie d'alcooliques jurant tous les jours de devenir abstinents. Et s'il devait y avoir une nouvelle crise, les pays n'auraient plus les marges budgétaires dont ils disposaient en 2008 pour amortir la chute. Crise pas réglée, expropriations indues. Dans ces conditions, la campagne électorale américaine se fait sous le signe du populisme. C'est la Une du Figaro : "Obama confronté à la vague du populisme". Le Parisien relève une des tendances de cette campagne : les candidats s'en prennent systématiquement à Wall Street. Patrick Cohen : La justice à la Une du monde. Les Etats-Unis en manchette du Figaro. Dans la presse aussi Bruno, la mobilisation contre la réforme des retraites fait moins recette... Bruno Duvic : Il reste tout de même quelques Unes : celle de L'Humanité. La réforme va sans doute passer, mais la droite a perdu la bataille de l'opinion selon L'Huma. Et puis, tout est loin d'être réglé, en témoignent les monceaux de poubelles en photo dans La Provence : maintenant, il va falloir nettoyer le bidonville. Le quotidien Métro se demande si les étudiants peuvent relancer le mouvement. A la Une de la presse, le sujet dont vous parlez avec vos invités, Patrick Cohen : Clichy-sous-Bois, cinq ans après les émeutes. Dossier dans La Croix et numéro spécial de Libération. Patrick Cohen : Et puis, l'hebdomadaire "Jeune Afrique" fête ses 50 ans... Bruno Duvic : 50 ans comme la décolonisation. Dans ce numéro spécial, on revit cinquante ans d'Histoire africaine à travers les couvertures de "Jeune Afrique" : - Les grandes figures de la décolonisation, le Congolais Patrice Lumumba par exemple. - Les indéboulonnables : "Khadafi, attention il tue" titrait "Jeune Afrique" en 1980. - "Un miracle de l'univers". Sous ce titre, le magazine rendait hommage à Oum Kalsoum, l'année de sa mort en 75. Ce sont aussi cinquante ans de relation entre la France et l'Afrique que racontent ces couvertures. En 2006, la légende Zidane. La France, mais aussi la Chine. En juillet 2008, la Chinafrique faisait la Une du journal. Patrick Cohen : Et aujourd'hui... Bruno Duvic : Eh bien aujourd'hui, l'Afrique c'est, entre autres, plus de 100 millions de consommateurs. L'émergence d'une classe moyenne est l'un des phénomènes marquants de ces dernières années. Photo symbole : des hommes, des femmes et des enfants qui profitent des plaisirs de la plage à Maputo au Mozambique comme le feraient des Français sur la côte Atlantique. A quoi ressemble cette classe moyenne ? Ils sont patron de cybercafé à Abidjan, garagiste à Dakar, commerçant à Alger, professeur à Tunis, fonctionnaire à Yaoundé. Point commun : ils gagnent plus de 13€ par jour. Et cette classe moyenne, elle consomme et elle attire les investisseurs : Electrolux, Nestlé, Danone, Wallmart. Les grandes firmes de la mondialisation regardent l'Afrique autrement, cette Afrique où des centres commerciaux s'ouvrent progressivement. On adapte même le marketing à ce continent encore en transition : du café, du lait en poudre et des stylos bille à l'unité, des téléphones portables robustes et pas chers. Transition, le mot est faible. "Jeune Afrique" rappelle qu'en Afrique subsaharienne, la moitié de la population survit avec un dollar par jour. Un destin à l'asiatique n'est pas impossible. Si les deux continents joignaient leurs efforts cinquante ans après la décolonisation, ce serait un sacré pied de nez de l'Histoire !

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