(Patrick Cohen)Dans la presse ce matin : l'exercice du pouvoir

Que se passe-t-il quand le pouvoir se désagrège ?

Nous sommes à Selma dans le Nord Ouest de la Syrie. Les troupes de Bachar el Assad ont fui la ville. Ne restent plus que des combattants de l'armée libre. Plus de femmes, plus d'enfants. Les portes battent au vent.

De temps en temps, les tanks gouvernementaux, repliés à 3 kilomètres, tirent sur la ville à l'aveuglette. Dans les murs de la cité, les brigades rebelles squattent les appartements. On manque d'armes.

Ce que décrit Lewis Roth dans son reportage du Monde , c'est une zone où le sens de la guerre est en train de se cacher lui aussi. L'homme le plus puissant de la ville est l'un des derniers médecins. C'est lui qui distribue la nourriture. Quant à opérer les malades, il faudrait avoir du matériel.

Les brigades sont divisées, dirigées par de riches commerçants, d'anciens gradés ou de jeunes salafistes. Un chef s'appelle Abou Sami, c'est un gros propriétaire terrien. Aucun pouvoir militaire, mais de quoi offrir le couvert à tous les combattants. Ses filles sont en cuisine, pomponnées comme des animatrices de jeu télé.

Entre deux opérations, les combattants se font tatouer le nom de Dieu, de leur brigade ou de leur fiancée.

Les cigarettes semblent être la seule chose dont on ne peut se passer.

Contexte radicalement différent : plongée dans une autre ville marquée par la violence

« Face à la violence, l'Etat manque de constance », dit le juge Gilbert Thiel à la Une de Corse matin . Pour Le Monde , encore, Ariane Chemin a parcouru les rues d'Ajaccio en s'arrêtant à tous les endroits où les armes ont eu le dernier mot les années passés.

Cela commence dès l'aéroport. 2006 : Robert Feliciaggi est tué sur le parking devant le coffre de sa BMW. C'était un homme d'affaires à blazer et cigare, ni vraiment un voyou, ni vraiment un nationaliste. Deux balles dans la nuque et une enseigne Avis à proximité pour plaque mortuaire.

De l'aéroport à la vieille ville, le long de la 4 voies, en quelques dizaines de mètres, pas moins de 4 morts. Le garde du corps de François Santoni, le vendeur d'un camion pizzas, l'ancien président de la chambre d'agriculture, et le docteur Lafay, vétérinaire qui avait fondé une association pour les victimes du terrorisme. Abattu comme un lapin à la sortie d'un débat sur France 3, le vétérinaire. C'était en 1987. Sur les images d'archives, on voit Edmond Simeoni, héros autonomiste et son contradicteur lors du débat, lui faire du bouche à bouche.

La liste est longue. Pouvoir du silence. "Le matin, écrit Ariane Chemin, (à la terrasse des cafés), les vieux ajacciens épluchent le carnet de Corse Matin avant d'envoyer, l'après-midi, leurs lettres de condoléances." Mais bien sûr, personne n'a rien vu. "Je n'ai aucune mémoire, dit l'un d'eux. Parfois, je croise des gens dans la rue. Je croyais qu'ils étaient morts, tellement ça va vite".

Exercice du pouvoir... Un pouvoir secoué, à présent

"Ayrault bashing Hollande bashing". En français ou en anglais, la critique du gouvernement dans la presse ne faiblit pas. Ces médias que Marianne , en kiosques demain, accuse de se comporter en moutons de panurge et dont Jean Marc Ayrault dénonce « les chroniques quotidiennes de démolition ».

Que se passe-t-il au sommet du pouvoir ? « Etats d'âme à l'Elysée et Matignon » titre Le Parisien-Aujourd'hui en France . Sous la protection de l’anonymat, les conseillers et ministres n'y vont pas par 4 chemins. "C'est la plus mauvaise communication de la Vème République, c'est le bordel de chez bordel".

Les décisions difficiles restent à prendre. « Flexibilité du travail, vont-ils oser ? » demande La Tribune hebdomadaire à sa Une.

« Compétitivité, Hollande encaisse le choc », ajoute Libération . Il faut désormais parler d'un « pacte » de compétitivité. Ce que contient ce pacte reste à définir.

Pression venue de droite. Trop d'impôt, pas assez de souplesse. Pression venue de gauche, aussi. "Comment concilier la capitulation sans condition devant les pigeons patronaux et la promesse de justice fiscale ?" demande Patrick Apel Muller dans l'édito de L'Humanité .

Le pouvoir n'a pas tranché et Le Figaro peut titrer : « Hollande, la défiance s'installe ».

Qu'est ce qui explique ces hésitations ? Peut-être la droitisation de la société. C'est un article du Figaro . Les indices sont nombreux : la remontée de Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle, la popularité de Manuels Valls, pas le plus gauchiste des ministres… Le politologue Pascal Perrineau ressort sa calculette : au premier tour de la présidentielle, les 5 candidats de gauche ont totalisé 44% des voix. La gauche est minoritaire. D'où les hésitations du pouvoir sur des sujets qui réveillent la droite comme la procréation médicalement assistée ou le droit de vote aux étrangers.

Opinion difficile à manier : « Les Français ont peur », écrit Michel Urvoy dans Ouest France . Peur de devenir des Espagnols ou des Grecs, peur d'une gouvernance trop tranquille, de 37 milliards d'impôts supplémentaires. Peur de mourir guéris de la crise.

Et la bataille pour le pouvoir à droite ?

Le débat Copé Fillon hier à la télévision n'a pas passionné la presse. Ce duel, pour Cécile Cornudet dans Les Echos , c'est le bélier Copé contre le renard Fillon. Mais hier, à la télévision, un faux débat pour le Huffingtonpost qui titre « L'esquive ».

Le Parisien relève le passage marquant. Quand François Fillon a reconnu que Nicolas Sarkozy avait demandé au président de PSA de repousser le plan social à l'après-présidentielle.

Enfin hommes-femmes qui a le pouvoir ?

3 illustrations.

Pouvoir abusif de la beauté, d'abord. Slate.fr reprend une histoire du Guardian . Une publicité pour du mascara Christian Dior a été retoquée par l'autorité britannique de la pub. L'actrice Nathalie Portman y avait des cils magnifiques, magnifiquement retouchés sur Photoshop. « L'image accentue de manière exagérée les effets du mascara. »

Dans L'Equipe , le défi de la skieuse Lindsey Vonn : elle veut se mesurer aux garçons sur une piste de descente, celle de Lake Louise au Canada. La fédération internationale n'a pas encore accepté.

Enfin Courrier International publie le texte d'une féministe égyptienne, Mona Eltahawy, paru dans la revue américaine Foreign Policy . En résumé : les printemps arabes ne réussiront pas s'ils ne s'accompagnent pas d'une révolution culturelle, sociale et sexuelle.

« Pourquoi ils nous haïssent », écrit l'intellectuelle à propos des hommes dans le monde arabe. « Quand on parle du statut des femmes au Moyen-Orient, la situation n'est pas meilleure que ce que vous pensez, elle est bien pire. »

Elle rappelle le sort de ces 15 jeunes filles que les autorités avaient laissé mourir dans l'incendie d'une école à la Mecque. Interdiction aux pompiers de les secourir, elles ne portaient pas le voile et le manteau requis en public.

Printemps arabe, automne des femmes. Pour le décrire, Mona Eltahawy reprend l'histoire racontée par une auteure égyptienne.

Histoire d'une femme qui s'ennuie tellement pendant un coït imposé par son mari qu'elle remarque une toile d'araignée au plafond.

L'appel à la prière les interrompt. La femme se recueille, puis elle va préparer du café pour son mari, qui fait la sieste.

Quand elle entre dans la chambre, elle s'aperçoit qu'il est mort.

La fin de l'histoire est la suivante : « Elle retourna au salon et se versa une tasse de café. Elle était elle-même surprise par son propre calme.»

Bon week-end

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