Dans la presse ce matin : des blocs qui bougent

C'est un habitué du Sénat qui parle, dans Libération . D'habitude au Palais du Luxembourg, même un soir d'élection, on fait un tour devant les caméras de Public Sénat et on est couché à 21 heures.Hier__ , la soirée s'est éternisé et on a manqué de cacahuètes dans les locaux du groupe socialiste. Tout le monde a débarqué, François Hollande, Martine Aubry et même Jack Lang.A gauche le Sénat bascule; A gauche on se bouscule devant les caméras

Il faut dire que de l'avis général, la soirée était "historique". Le mot est à la Une d'une pléiade de quotidiens, du Havre-Presse à La Dépêche du midi , en passant par Presse Océan , Metro ou L'Humanité .

Le Sénat à gauche, quels commentaires dans les éditoriaux ?

« Quand toutes les strates du millefeuille territorial (communes, départements, régions) sont dominées par une coalition rose, rouge verte, le Sénat qui en est la représentation ne peut qu'en être le clone », écrit Hervé Chabaud dans L'Union de Reims.

C'est l'effet mécanique des élections locales de ces dernières années, avancé hier par la majorité comme explication. Mais cela ne suffit pas selon la presse.

Pour Patrick Fluckiger dans L'Alsace , « la France des élites rurales divorce à son tour d'avec la majorité. La réforme territoriale ces dernières années a braqué les maires et le style Sarkozy a joué un rôle non négligeable dans cette rupture. »

Xavier Panon enchaine, dans La Montagne : « ces grands électeurs sont aussi des citoyens, ils ont profité de l'occasion pour refléter agacement, colère ou nausée face à un climat qui n'est pas celui de la République irréprochable promise. »

Explication mécanique, politique et morale, ces trois points reviennent dans presque tous les commentaires. La question qui divise, c'est celle des conséquences : le basculement du palais du Luxembourg annonce-t-il celui de l'Elysée ?

"Le parti de Nicolas Sarkozy a perdu lors de son quinquennat toutes les élections intermédiaires, écrit Yves Harté dans Sud-Ouest . (...) Mais la présidentielle est par nature bizarre et spécifique."

Faut-il déjà imaginer un grand chelem en 2012 ? Si la gauche emportait la présidentielle et les législatives, elle aurait tous les pouvoirs relève Michel Lepinay dans Paris Normandie . Paul-Henri du Limbert ajoute, dans Le Figaro , "ce serait une France rose comme n'avait pas osé en rêver François Mitterrand."

Alors que peut faire la droite pour éviter cela ? Les commentateurs pointent ses divisions et certains vont plus loin, comme Yann Marec dans Midi Libre : « le bel édifice du château se lézarde, au point que la droite doit dès ce matin penser à la reconstruction. Et avec qui comme architecte ? La question n'est plus nulle et non avenue. »

« Aurions-nous définitivement changé d'époque ? », demande Emmanuel Caloyanni dans Le Courier de l'Ouest .

Le point d'interrogation n'est pas superflu loin de là, mais tout de même il y a des symboles, comme la défaite d'Isabelle Balkany dans ces Hauts de Seine surnommé Sarkoland et où les divisions s'étalent au grand jour.

Reportage de Rue89 dans les bureaux d'un autre ténor de la droite locale, tombé en disgrâce à l'Elysée, Patrick Devedjian. Hier, c'était soirée-élection chez Patrick Devedjian. Dans l'ascenseur, des invités demandent : "c'est ici le pot pour fêter la non-élection d'Isabelle Balkany ?"

Les élections sénatoriales à la Une de presque tous les journaux. En manchette des Echos : la crise de la zone Euro

Et en page 11, une enquête assez saisissante : le regard que les pays émergents, la Chine en particulier, portent sur cette vieille Europe qui n'arrive pas à s'en sortir.Enquête réalisée par Gabriel Grésillon au forum économique mondial de Dalian, en Chine, l'équivalent estival du forum de Davos.

"A chaque table ronde, s'exprimaient sur la scène des gens brillants, venus d'Asie, du Moyen-Orient, d'Amérique Latine, parfois d'Afrique. Ils parlent le plus souvent un anglais remarquable, pilotent à une quarantaine d'années des politiques publiques, ou gèrent des projets dans l'énergie ou les sciences(...) Dans ces tables rondes, assez peu d'Européens."

"Au forum économique mondial, écrivent Les Echos , l'échec économique et politique de l'Europe était sur toutes les lèvres. Et la Chine semblait au plus haut de sa gloire. (...) Jamais probablement le bouleversement tectonique auquel nous assistons n'aura été aussi palpable"

Malaise en Europe et notamment en France dans le monde du travail. En témoigne cette enquête d'un cabinet en ressources humaines détaillée dans Le Parisien-Aujourd'hui-en-France : un tiers des salariés veulent quitter leur entreprise. Ils n'ont jamais eu autant envie de quitter leur entreprise.

Analyse de l'un des responsables de l'étude : « Avec la crise, les entreprises ont rationnalisé leur organisation pour être plus efficaces. Le revers de la médaille, c'est que les salariés ont l'impression d'avoir perdu en autonomie, qu'ils disposent de moins de marge de manœuvre au travail, ce qui a évidemment un impact sur l'intérêt de leur activité. »

Les salariés considèrent que leur entreprise est plus efficace qu'avant la crise (...) mais ils estiment aussi payer le prix de cette efficacité.

Entre la vieille Europe et la Chine, quel rôle pour la Russie dans les années à venir ?

C'est certainement Vladimir Poutine qui le dira. C'est désormais officiel, l'homme incontournable de la Russie veut reprendre son poste de président l'année prochaine, après l'intérim Medvedev.

"Poutine, II", titre La Tribune . Pour le quotidien économique, il doit préparer l'après pétrole.

Pour un opposant, dans Libération , Poutine à nouveau candidat, c'est un événement dramatique, car cet homme c'est une corruption incommensurable, la misère du peuple et l'arbitraire policier.

6 mois , la déclinaison en photoreportages de la revue XXI , propose dans son dernier numéro une photo-biographie de Vladimir Poutine.

Le gamin blond de Leningrad qui pose dans les bras de sa maman était un "taiseux", écrit Jan Krauze. C'est au sein du KGB qu'il trouvera sa voie et sa voix.

1985, pardessus sombre, visage de cire et chapeau mou. Il tient un bébé emmailloté dans ses bras. C'est sa première fille, née alors qu'il est en poste en Allemagne de l'Est.

Début de l'ascension, dans le pays aux mains des oligarques : le petit agent qui faisait du gras dans son bureau de Dresde devient le visage viril d'une Russie en guerre dans le Caucase. Le voici à cheval, en treillis, lunettes fumées, à la chasse à la panthère en Sibérie. C'était l'année dernière.

Autre image, un immeuble en Russie éventré par un attentat en 99. Ces attaques ont justifié la deuxième guerre de Tchétchénie et offert sa popularité à Poutine. Mais dans un de ces immeubles on a découvert des explosifs déposés par les services russes.

« La Russie, écrit Jan Krauze, dans la revue 6 mois , reste minée par le crime, dans une odeur écœurante de pétrole et d'argent sale. Mais le pays, à nouveau se fait respecter, en tout cas il le croit. Avec à sa tête ce petit homme à la poigne de fer et au visage de cire. »

A demain !

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