(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : des pages à écrire...

(Bruno Duvic) Les couples homos font-ils de bons parents ? Alors que le projet de loi sur le mariage et l'adoption pour tous est en cours d'écriture, Le Monde consacre un page entière à cette question.

Les avis des psys, des scientifiques et ceux des enfants...

Les couples homos font-ils de bons parents ? Globalement, la réponse qui se dégage de cette page, c'est Oui.

Les psys d'abord. Les pour et les contre l'adoption par des couples homosexuels.

Argument contre : l'enfant a besoin de s'identifier à du masculin et du féminin. Il a besoin de se représenter une origine crédible. Il sait bien que deux personnes de même sexe ne peuvent pas procréer.

Réponse des psys, favorables à l'adoption : il ne faut pas confondre la famille, donnée sociale et l'engendrement, donnée biologique. Toutes les sociétés fabriquent des formes de famille qui s'éloignent du biologique.

Les homosexuels sont des parents aussi compétents que les autres ? Sur les dizaines d'études scientifique consacrés aux enfants élevés par des homos, la conclusion globale est qu'il n'ya pas de différence massive avec les autres enfants, même si ces études scientifiques comportent des biais. Par exemple, elles sont souvent réalisées dans des milieux favorisés.

Et que disent les enfants ?

Le Monde avait lancé un appel à témoins. Les propos recueillis n'ont pas valeur d'échantillon représentatif, précise le journal. D'ailleurs leurs situations familiales sont diverses.

Un seul témoignage négatif, celui d'Anne. Elle a 41 ans. Elle a découvert l'homosexualité de son père quand ses parents ont divorcé. Elle a le sentiment qu'il s'est servi de sa mère pour avoir des enfants puis partir. Sentiment d'avoir été elle-même un objet.

Clément, 27 ans et 2mamans. Il a été conçu grâce à un donneur anonyme. A 8-9 ans, elles lui ont tout expliqué. « Je sais bien que ma deuxième mère n'est pas ma mère biologique. C'est ma mère parce qu'elle m'a élevé (…) Aujourd'hui, j’ai a un boulot, une copine, un appart' »

Mélanie, heureuse aussi lorsque sa maman s'est installée avec une autre femme quand elle avait 13 ans : « J'ai été très heureuse qu'elle ait trouvé quelqu'un avec qui elle ait une relation plus satisfaisante qu'avec mon père. »

Le projet de loi ira-t-il jusqu'à autoriser la procréation médicalement assistée pour les couples de lesbiennes ? Dans Libération ce matin, la ministre de la Famille Dominique Bertinotti n'exclut pas cette hypothèse.

Dans les kiosques ce matin, 2 Charlie Hebdo !

Puisqu'on a accusé l'hebdomadaire d'être irresponsable avec ses caricatures de Mahomet, la semaine dernière, il y a donc un exemplaire irresponsable, c'est le Charlie habituel et un exemplaire responsable.

Particularité de ce dernier, il est composé essentiellement de carrés blancs. Exemple en page centrale : « Fallait-il montrer les seins de la Reine d'Angleterre ? » Carrés blancs.

Carré blanc parce que selon Charlie , la caricature en serait réduite à la page blanche si elle devait être responsable. L'éditorial de la rédaction est une démonstration par l'absurde :

« Charlie ne fera plus preuve d'aucune irrévérence à l'égard de l'Islam et des autres religions, ne commentera plus l'actualité à chaud, soumettra ses dessins à un comité de censure, prendra en compte la susceptibilité des salafistes, n'abordera que les sujets qui ne choqueront personne. Charlie s'excuse de ne pas avoir renoncé plus tôt au droit à la caricature. »

La semaine dernière, l'un des dessins de la polémique montrait Mahomet cul nu. Clin d’oeil dans Le Canard enchainé ce matin. Petite image à la Une, sous le titre « Anus dei » : ce sont les fesses de Dieu le père. C’est un fragment de l'œuvre de Michel Ange à la Chapelle Sixtine du Vatican. « C'est sous cet auguste postérieur, rappelle le Canard, que les cardinaux se réunissent pour élire le pape. »

Le chiffre choc à la Une du Figaro

3 millions de chômeurs en France métropolitaine. Il n'est pas encore officiel, il doit être rendu public aujourd'hui. Commentaire du journal : « La France confirme l'impuissance des politiques à résoudre son problème de chômage de masse. »

Malgré les dizaines de rapports et de mesures prises depuis les années 70, une politique de l'emploi efficace resterait donc une page blanche... Que faire contre les plans sociaux, qui ne représentent qu'une petite partie du chômage, mais une partie symbolique ?

Sanofi : 900 emplois supprimés alors que le bénéfice net du labo est de 5.7 milliards d'Euros. Arnaud Montebourg a beau se féliciter d'avoir limité la casse, les éditorialistes interpellent le gouvernement de gauche sur cette question :

Christophe Bonnefoy, Le Journal de la Haute Marne : « Que des sociétés en arrivent à licencier, ça peut se comprendre. Nos compatriotes s'accommodent en revanche très mal d'annonces qui touchent des entreprises qu'on croyait en bonne santé. »

Daniel Muraz, Le Courrier Picard : « Ce nouveau dossier remet la pression sur le gouvernement afin qu'il légifère contre les licenciements boursiers. » C'était un engagement de François Hollande lors de la primaire.

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

L'inquiétude de la presse anglo saxonne pour l'Espagne. Les manifestants anti-austérité de Madrid sont en photo à la Une du Herald Tribune .

A la Une du Financial Times édition Europe, les élections anticipées en Catalogne. La Catalogne qui menace d'exercer son droit à l'autodétermination.

Dans L'Humanité , Jean-Luc Mélenchon chauffe la salle avant la manif contre le traité européen dimanche. « Si le président de la République et le Premier Ministre pensent pouvoir contenir de force la respiration populaire, leur système devenu trop rigide aura des craquements qu'ils ne soupçonnent pas. »

Les frères Proglio sont-ils en plein conflit d’intérêt ? Enquête du Nouvel Observateur sur les deux jumeaux. Henri a vendu les parts qu'EDF détenait dans le capital d'un électricien allemand. Banque choisie pour le deal : Morgan Stanley. René Proglio en préside la filiale française.

Le nouveau livre de la maman d'Harry Potter. C'est un livre pour adultes, "Une place à prendre", sortie en langue originale demain. En Français vendredi. Le Figaro a quelques tuyaux. Après la magie, deux nouveaux clés : noirceur et réalisme

Et nous restons à la rubrique littéraire pour finir...

La rubrique littéraire, c'est du caviar cette semaine. Interview de Philippe Roth dans Le Point . 80 ans et l'obsession de la mort. « Ecrivez vous contre elle ? Très juste, j'aime cette idée. La faire attendre. La gloire ? J'ai mes arbres ici. Mais laisser une trace... Comme ce daim qui se couche parmi les herbes hautes et les fleurs devant ma fenêtre. »

Philippe Roch dans Le Point , la leçon d'écriture de Jean Echenoz dans Lire , Patrick Modiano dans Les Inrockuptibles . Et les deux réunis sur une photo dans Le Nouvel Observateur . Rencontre entre ces deux maîtres discrets de la littérature française.

Echenoz à Modiano :

« - Quand vous avez écrit un pédigrée, je vous avais envoyé un mot pour vous dire mon admiration. Un mot bref, par crainte de vous déranger.

Modiano à Echenoz :

  • Je m'en souviens, je n'avais pas osé vous répondre, par peur de vous embêter. »

Et puis la page suivante dans L'Obs , les bonnes feuilles d'un livre de Gabriel Garcia Marquez qui est une compilation de ses discours.

Où l'on s'aperçoit que le destin d'un chef d'œuvre comme « Cent ans de solitude » ne tient à rien.

Gabo Marquez raconte que la dactylo qui avait la dernière version corrigée de son manuscrit a glissé en descendant d'un bus sous une averse diluvienne. Les feuilles dans le marécage de la rue…Elle les a ramassées et séchées une à une avec un fer à repasser.

Garcia Marquez et sa femme n'avait pas un sou à l'époque. En 1966 ils se présentent à la poste centrale de Mexico pour envoyer la version finale du livre à un éditeur.

590 feuillets, gros colis.

« C’est 82 pesos », dit l'employé de la poste.

Ils n'avaient que 53 pesos en poche. Ils ont divisé le paquet de feuilles en deux et en ont envoyé la moitié. L'éditeur a avancé de l'argent. Ils ont pu envoyer le reste.

La première moitié, c'était la fin du roman.

A demain

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