(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : vrais et faux amis

(Bruno Duvic) Voilà peut-être un moyen d'améliorer la réussite scolaire sans débourser un euro supplémentaire. Un jeune économiste, Thierry Ly, vient de publier sa thèse de doctorat sur le sujet, Le Monde s'en fait l'écho. Il analyse un nouveau critère tout simple, qui parlera à tout le monde et qui serait plus déterminant encore que le milieu social : la présence de copains dans sa classe.

Thierry Ly a étudié les trajectoires de 28.000 collégiens entrant en seconde, établissements publics et privés sous contrat. Verdict : "Un élève qui compte des camarades de collège dans sa classe de seconde a moins de chances de redoubler que s'il est tout seul" Dans le barème établi par cet économiste, chaque ancien copain dans la même classe diminue d'un point le risque de rater son année. Cela vaut pour les garçons comme pour les filles et encore plus pour ceux qui ont des notes un peu justes en 3ème.

L'étude est soutenue par des universitaires réputés comme Eric Maurin ou Patrick Weil, elle sera bientôt le sujet d'un séminaire à l'école d'économie de Paris.

Elle pourrait amener à faire réfléchir les proviseurs qui ont tendance à séparer les groupes de copains pour éviter les bavardages et le bazar en classe.

Voilà pour les vrais amis, où sont les faux ?

Au PS et au gouvernement. C'est un indiscret du Point d'abord qui raconte une réunion fin août en marge de l'université d'été du PS à La Rochelle. A l'entrée, on demandait le secret absolu aux participants. Le 23 août, à 18 heures, précise Le Point , Arnaud Montebourg réunissait une centaine de ses partisans à l'hôtel Ibis de La Rochelle. Et lui qu'on croyait rentré dans le rang s'est fait plaisir en cognant à tout va : Hollande ? « Trop mou, trop suiviste vis à vis de Merkel ». Ayrault ? « Inexistant ». Valls ? « Pas un homme de gauche ». Au passage, Arnaud Montebourg a confié son intention de briguer l'Elysée dès 2017.

On parle beaucoup en off en ce moment dans les rangs de la majorité.

A propos de Manuel Valls et des Roms, d'abord. « Sentiment de trop plein, de malaise » dit un ministre à Libération . « C'est Valls qui commence à avoir un problème d'intégration au gouvernement ». Seule Cécile Duflot assume publiquement : « On n'a pas été élu pour faire la même politique que les précédents ». Lors d'un conseil interministériel hier après-midi, on a même entendu le qualificatif « fasciste » sortir de sa bouche, assure Libération .

Intégration impossible des Roms, reconduites à la frontière... S'il faut un baromètre pour mesurer l'impact public des propos du ministre mardi sur France Inter , la presse régionale le fournit. Le sujet est à la Une de beaucoup de quotidiens. En édito, on relèvera ce rappel sous la plume de Philippe Marcacci dans L'Est républicain : « La France est le pays d'Europe qui accueille le moins de Roms. A peine 20.000, pas la moindre invasion à l'horizon ». Et à Paris l'édito du Monde pour qui le ministre apporte de l'eau au moulin de la droite qui joue sur la peur de l'étranger.

D'un autre côté, dans L'Alsace , Raymond Couraud qui trouve un peu gonflées les leçons de morale à la France de la commissaire européenne Viviane Reding. « Près de 20 milliards d'Euros ont été dépensés, en vain, par l'Union européenne à l'intégration des Roms ».

Pour le site Atlantico , ce dossier des Roms est révélateur d'un modèle français d'intégration dépassé depuis bien longtemps par la réalité.

Le climat se tend encore... A la Une de Valeurs actuellles cette semaine, une Marianne voilée. Et en titre : « Naturalisés, l'invasion qu'on cache ». L'Union des Etudiants juifs de France porte plainte pour incitation à la haine raciale. Plainte également du Mrap. Réplique de Valeurs actuelles : plainte pour diffamation et atteinte à la liberté d'expression.

A la Une de Politis , c'est le visage de Me Henri Leclerc qui apparait, sous le titre « La République Bafouée ». L'ancien président de la ligue des droits de l'homme dénonce des attaques contre l'Etat de droit menées par des élus ou représentants de la République, de l'affaire du bijoutier de Nice à celle des Roms. « Je ne dis pas qu'il n'y a pas de délinquance Rom mais, dans le même temps, leur refuser ne serait-ce qu'une pierre pour reposer leur tête est scandaleux (…) J'ai essayé de m'exprimer, dit encore Henri Leclerc, mais aucun journal (avant Politis ) n'a voulu ne serait-ce que publier une tribune sur ces sujets. »

Autre sujet de débat : le budget

Et donc sujet de off au PS. Le Point raconte une réunion de rebelles de la Hollandie, ces socialistes qui complotent contre Hollande. C'était le 18 septembre salle Colbert à l'Assemblée nationale, sous le regard de Jean Jaurès représenté sur un tableau. On râle contre la politique fiscale. Et cette réunion va au-delà de l'aile gauche du PS. Il y a là, selon Emmanuel Berretta un marais d'anciens strauss-kahniens, un aubryste égaré, une ancien royaliste et bien sûr des contestataires de la gauche du PS et des écolos. Le plus visé par les critiques : le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Alors il est comment ce budget ? La presse est assez grincheuse. Parmi les reproches qui reviennent : celui de faire payer par les ménages, les baisses d'impôts accordées aux entreprises.

Alors ce budget, « Il est douloureux pour tous », selon Le Monde , c'est « Le bal des illusionnistes » pour l'édito du Figaro . Même les gentils de La Croix sont au bord de la rébellion : « Des économies et encore des impôts ». Le plus net est évidemment L'Humanité . Pas de titre, juste une citation de Victor Hugo : « C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches ».

Un titre se distingue c'est Les Echos qui ne le trouve pas si mal, ce budget.

Edito de Cécile Cornudet pour tresser des louanges à Bernard Cazeneuve, analyse d'Elsa Conesa pour approuver ce choix en faveur des entreprises, même s'il est ambigu. « Budget plus crédible que le précédent résume Etienne Lefebvre, dosage de rigueur plus adapté. Budget plus sobre, trop sobre. »

Quand des millisecondes valent des millions de dollars

Hier le 7/9 était au Havre pour parler d'économie positive. Une économie qui apprendrait la patience, le temps long et où la finance serait au service de l'économie réelle. Voici exactement le contraire dans une histoire racontée à la fois par Libération , Le Figaro , Les Echos et Rue 89 .

La semaine dernière, la banque centrale américaine, la Fed annonçait à la surprise générale qu'elle maintenait sa politique monétaire accommodante. Les décisions de la Fed ont un impact très important sur les marchés financiers. Leur communication est extrêmement encadrée. Etant donné la vitesse de circulation de l’information sur les marchés, on est à la milliseconde près.

C'est à 14 heures, selon l'horloge atomique basée dans le Colorado que l'information devait sortir. Les journalistes mis au courant quelques minutes auparavant sont enfermés dans une salle de la banque à Washington. Les reporters télé sont autorisés à aller sur le balcon et se placer devant leur caméra à 13h58. Ceux de presse écrite ont le droit de composer le numéro de leur rédaction. Mais motus pour tous jusqu'à 14 heures.

Malgré cela, des opérateurs de marchés à Chicago ont été au courant de l'information quelques millisecondes avant les autres. Et cela leur a suffit pour empocher quelques dizaines de millions de dollars en misant sur le marché de l'or notamment. « Qui a volé 7 millisecondes à la Fed ? » demande le site américain Mother Jones . A l’heure du trading à haute fréquence, le temps ce n’est plus de l’argent, c’est un monstrueux paquet de pognon.

A demain !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.