"Un peuple et son roi" veut rendre la Révolution au peuple, mais comment trouver ce peuple, se demande Slate? Le Monde dit un chirurgien soudanais, saint citoyen dans la guerre civile. Le Un croit en la voiture, le Parisien essaie dans Paris une voiture autonome. Voulzy, dans l'Yonne républicaine, aime les églises.

ON CHERCHE LE PEUPLE CE MATIN

Et la Croix le rencontre dans un petit garçon au pied nu devant son souverain "dans le décor solennel du château de Versailles" qui dit au roi qui vient de lui laver les pieds, "un jour j'aurai des sabots" mais à la fin du film nous dit l'Humanité, un autre petit garçon trempera son mouchoir dans le sang du roi décapité... Car il s'agit d'un film dont s'emparent nos journaux, "un peuple et son roi" de Pierre Schoeller, qui s'ouvre par la cérémonie du lavement des pieds des enfants pauvres que Louis XVI pratiquait encore le jeudi saint de 1789, quelques semaines avant la Révolution... 

Un film qui s'impose alors à la presse, "la plus haute et la plus folle ambition du cinéma français depuis des années", selon le Monde... On parle alors de cinéma et d'histoire à la fois ce matin, quels beaux sujets, Pierre Schoeller parle des artisans des faubourgs de 1789 dans la Croix et dans son peuple les femmes ont la part belle et la lavandière Adèle Haenel rayonne le fusil à la main...

Des historiens s'opposent dans le Figaro, Libération regrette que le film manque de transcendance et dans Slate, un vétéran de la critique, Jean-Michel Frodon, regrette de n’avoir pas vu vraiment le peuple, juste des personnages archétypaux, qui sont censés l'incarner...  

"Le peuple manque", écrit Frodon, et il se réfère, au peintre suisse Paul Klee et au philosophe français Gilles Deleuze, qui expliquait que le cinéma devait inventer un peuple qui n'existait pas encore... 

Nos journaux l'inventent-ils, ce peuple, et quel peuple invente l'éditorial du Figaro, qui se réjouit du refus français de faire débarquer l'Aquarius sur nos côtes, car sans frontière il n'y a plus de nation et les peuples grondent contre les portes ouvertes? 

Le peuple a des soucis prosaïques.

Hier, le Parisien l'annonçait , Amazon, pour ses pics de vente, va recruter 7500 intérimaire dans le pays, et ce matin, la nouvelle se décline, 490 emplois à Bove dit le courrier picard, 340 à Sevray dit le journal de Saône-et-Loire, "pas besoin d'avoir tel ou tel diplôme", et 3900 emplois à Lauwin Planque, dit la Voix du Nord, les premiers à postuler seront les premiers servis...

Et Amazon peut-être, invente un peuple? 

Il est aussi, le peuple de France, en Hongrie, où se tient un championnat européen des métiers où nous sommes représentés par un carreleur, un tailleur de pierre, un soudeur... 27 jeunes artisans français accompagnés dit la Voix du Nord par une osthéo kyné de cambrai,  qui s'émerveille de ces jeunes « qui vous font se passionner pour un boulon »... Lointains descendants des artisans des faubourgs...

On parle de voiture également...

Car le peuple est dans sa voiture et pour un moment, nous assure le Un qui s'interroge, « la bagnole c'est foutu ? », et répond par la négative... Plus de trente millions de véhicules en circulation, la voiture n’a jamais été aussi présente dans le paysage, elle reste l’autonomie et la liberté ou une obligation, elle peut peser jusqu'à 40% du budget du ménage dans des foyers pauvres où elle est indispensable pour travailler, et le Un raconte donc une permanence... Implacable sociologue Yoann Demoli :  

"L’âge moyen des véhicules est tel que les innovations technologiques ne peuvent atteindre les classes populaires qu’au bout de quinze à vingt ans. Peut-être pourra-t-on voir dans une quinzaine d’années des voitures autonomes rouler dans les rues de Guyancourt, près de l’usine Renault. Mais avant qu’elles ne circulent sur une route départementale lambda, il faudra attendre encore des dizaines d’années." 

Et c'est donc avertis que nous ouvrons le Parisien, pourtant alléchés: un journaliste du quotidien a essayé justement une voiture autonome, bourrée d'intelligence artificielle, 5 caméras 8 scanners 12 capteurs ultrasons, et la voitures s'est extraite du magma urbain et sans coup férir a évité un joggeur insouciant! "La voiture autonome, c'est génial, tu peux téléphoner au volant", dit le dessin de Ranson... 

Ce cocon  annoncé nous ferait presque regretter le temps jadis de la voiture cruelle, qui inspirait Françoise Sagan, dans le Un... 

« Qui n’a pas senti son corps tout entier se mettre en garde, la main droite allant flatter le changement de vitesse, la main gauche refermée sur le volant et les jambes allongées, faussement décontractées, qui n’a pas ressenti, le silence prestigieux et fascinant d’une mort prochaine, n’a jamais aimé la vitesse, n’a jamais aimé la vie – ou alors, peut-être, n’a jamais aimé personne. »

Aimait-on mieux au temps de la mort insouciante? 

Un chirurgien célébré par l'ONU...

Qui vient de recevoir le prix Nansen, du Haut-Commissariat aux Réfugiés, il se nomme Evan Atar Adaha, homme splendide de 52 ans raconté par Le Monde, il vient du Sud Soudan, il travaille à l'hôpital de Bunj "dans une salle d’opération éclairée par une faible ampoule, à la merci de générateurs électriques capricieux, sans banque de sang et souvent sans machine d’anesthésie", il est, le chirurgien des victimes et des réfugiés de la guerre civile et, parfois, « les jours fous », il demande à ses patients de faire la queue pour être soignés. "S’ils peuvent se tenir debout, c’est qu’ils ne vont pas si mal. Il faut donc d’abord s’occuper des autres et commencer par ceux qui vont mourir dans les dix minutes ».

Evan Atar Adaha  dans le Monde, qui donne donc une idée d'une sainteté ou de la citoyenneté... Et nous fait nous sentir un peu étranges dans nos distractions... Quand l'Equipe -par exemple- raconte la gloire de Tiger Woods en visite chez nous pour la Ryder cup...

Pour nous consoler. Vous lirez dans l'Yonne républicaine la jolie interview de Laurent Voulzy, le chanteur, qui va se produire demain dans la cathédrale de Sens, puis dans d'autres églises, car il aime les lieux saints... 

"Dans une église, il y a une présence perpétuelle de tous ces gens qui, au cours des siècles, sont venus chercher l’espoir, le pardon" dit-il, l'âme du peuple, dite par un chanteur. 

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