Riss, témoigne pour les copains de Charlie, dans un livre et dans le Point, habité par la mort. Un écrivain allemand a révélé le passé criminel de son grand-père nazi, la Vie. Thomas Langmann réclame une part d'héritage pour rattraper l'irréparable, l'Obs. Femmes d'industrie revigorantes dans l'Usine nouvelle.

On parle d'histoire de ce matin...

Et l'histoire est une déchirure et dans l'Humanité, un homme proteste, Patrick le Hyaric, directeur du journal, qui sur une pleine page dénonce "le déshonneur du parlement européen"... En cause, une résolution votée il y a une semaine, et passée chez nous largement inaperçue, sur l'importance de la mémoire européenne pour l'avenir de l'europe. Cette résolution, on peut la lire sur le site du parlement européen, met sur le même plan nazisme et communisme et fait du pacte germani-soviétique l'acte fondateur de la seconde guerre mondiale... Alors Le Hyaric se dresse au nom des morts de l'armée rouge, des 20 millions de morts soviétiques dans la lutte contre Hitler, au nom des communistes résistants, au noms des victimes de la Shoah, dont la tragédie se noie dans l'équivalence des totalitarismes, et il cite Thomas Mann, l'écrivain allemand qui disait ceci... "Placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazi-fascisme, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire c’est du fascisme. »

On peut débattre d'histoire et constater que les mémoires ne s'emboitent pas. Le parlement européen rappelle ce dont on parle peu chez nous, le partage de la Pologne entre Hitler et Staline avant qu'ils ne s'affrontent, il évoque un officier polonais, héros de la résistance, qui s'infiltra à Auschwitz pour documenter l'horreur, et qui fut tué, après guerre par le régime communiste. Le Hyaric rappelle le traité de Versailles après la grande guerre qui poussa l'Allemagne à la revanche, et de Munich en 1938 par lequel la France et l'Angleterre livrèrent à Hitler la Tchécoslovaquie. Vieilles histoires direz-vous, mais  dans un journal qui est loin sa gloire passée, Patrick le Hyaric  se veut l'héritier de Gabriel Péri, qui dirigeait les pages étrangères du journal et que les nazis fusillèrent au Mont Valérien, et s'il oublie cela s'il n'écrit pas, personne ne le fera à sa place.

Un autre homme témoigne pour faire son devoir et pour les copains morts dont il entend la voix, Laurent Sourisseau, qui dessine sous le nom de Riss et dirige Charlie Hebdo, son éditorial cette semaine fustige les racistes de gauche, il publie un livre, « Une minute quarante-neuf secondes », le temps qu'il a fallu aux frère Kouachi pour décimer Charlie, et il se confie dans le Point, il parle politique et fustige ceux qu'il appelle les collabos de l'islamisme, il se doit de le faire, mais plus encore, Riss qui rit de choses absurdes nous prend par la fatalité qu'il porte, d'un homme qui semblait voué à la mort des autres avant même que l'histoire ne le frappe, il savait déjà . "On est partout dans des lieux de mort, et on ne se rend pas compte. On vit entouré de cadavres. En Vendée, à Varsovie, on marche sur des cadavres. Les vivants ne s’en rendent pas assez compte. C’est mieux, sans doute."

Dans l'hebdomadaire la Vie, je lis cette phrase d(un écrivain allemand, « Sans mensonge, peut-être toutes les familles périraient-elles, et tous les États aussi »  dit Chris Kraus, qui  a brisé le mensonge, nul autre ne le pouvait. Il a découvert si jeune, par hasard, que son grand-père aimé, adulé, avait participé avec ses frères à l'extermination des juifs sur le front de l'Est, il a passé dix ans pour écrire un texte destiné uniquement à sa famille, il en a fait ensuite un roman de 900 pages, Das Kalte Blut, le sang-froid, la fabrique des salauds en traduction française. Dans le télégramme, un autre allemand sympathique en diable, Achim Grontzki jure que son papa Werner n'était pas un salaud, simplement un jeune homme engagé dans la Kriegsmarine, que les hasards de la guerre avaient conduit à la kommandantur de Lorient, dans un bunker humide à Larmor plage, il achetait ses médicaments à la pharmacie Maho et connaissait des fermiers à Rongouet...  Achim Grontzki cherche les traces de son père qui parla faute de la guerre n'est jamais devenu ingénieur, il veut en faire un livre, nos mémoires peuvent-elles s'emboiter.

Dans l'Obs, un homme réclame son héritage...

Et c'est encore une mémoire déchirée et un père qu'on recherche, le producteur Thomas Langmann, fils de Claude Berri, deux hommes majeurs de notre cinéma, qui accuse la veuve de son père et son demi-frère de l'avoir spolié en dissimulant des oeuvres d'art... mais les détails importent peu, il ne s'agit pas ici de comptabilité sordide mais de la douleur inguérissable d'un homme voué aux scandales que l'on décrit comme un fou, qui pense aussi que son père n'est mort naturellement, mais qui pleure quand le journaliste de l'Obs lui lit un extrait des mémoires de ce père disparu. "Thomas a raison, je n'ai pas l'art d'être père, en un an c'est à peine si nous avons pris trois repas ensemble, je prétexte toujours que je vais mal". Thomas Langmann pleure et se bat, pour reprendre ce qui ne reviendra pas.

Dans l'Equipe, un homme puissant porte la mémoire de sa maman, Nellie, elle vit et il est en paix avec elle, on n'en souffre pas moins. Eddie Jones est australien et sélectionneur du XV d'Angleterre qui affronte les Etats-unis,  en Coupe du monde, et du coup tout revient; sa mère fut persécutée par cette Amérique. Fille d'un immigré japonais, elle fut internée dans un camp pendant la deuxième guerre mondiale, arrachée au verger d'oranger de la maison familiale à Sacramento. Après 1945, la famille repartit au japon, à Hiroshima dévastée par la bombe... Quelques années plus tard, Nellie rencontra un pilote d'avion australien qui l'emmena chez lui, leur fils est un héros du rugby et un homme fidèle...

Et une autre fidélité pour finir.

Celle de Julie Cattin, dans l'Usine nouvelle, qui a perdu son père à 26 ans et qui a du reprendre et sauver l'entreprise familiale, Momentum, qui fabrique des des appareils de manutention, elle l'a sauvé à la dure, la photo de son père orne son bureau de pédégère à Joigny, dans l'Yonne. Elle est une des femmes que l'Usine nouvelle met en avant dans un numéro à lire toutes affaires cessantes, sans chercher du glamour, elles ne s'occupent ces femmes que d'entreprises et d'industrie, Teresa Busto qui dire une usine d'Airbus, Welha Zihri qui dirige une unité de fabrication d'inhalateurs à Dunkerque, ou Audrey Bouyer  qui fut championne de full contact et militaire et vend pour Naval group des navires de guerre, elles portent  une force, un avenir, qui revigore ce matin...

Dans le parisien, je lis qu'une autre femme, juge d'instruction, l'a échappé belle. deux escrocs qu'elle gênaient avait planifié de la faire assassiner par des voyous serbes ou bosniaques. C'est un polar, c'est l'horreur du moment.

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