Dans la presse ce matin : la jeune garde et les vieux loups

Voilà un homme qui va décidément plus vite que tout le monde. 36 ans et déjà des petits enfants.

Emmanuel Macron, nouveau ministre de l'Economie, portrait sur slate.fr , sur Mediapart et dans Libération , sous la plume de Grégoire Biseau.

Des petits enfants oui, pas exactement les siens. Ceux de son épouse, 20 ans de plus que lui, son ancienne prof de Français au lycée Henri IV. C'est un trait de caractère de celui que le parisien appelle le Mozart de la finance : il se trouve mieux avec les vieux. Notez que 20 ans de plus que lui, ça ne fait que 56, mais enfin... Emmanuel Macron a vécu la première de ses six vies auprès d'un vieux sage, Paul Ricoeur, assistant du grand philosophe. Il a même commencé une thèse. Ca n'est pas allé plus loin. "Paul Ricoeur a fait ses grands livres après 60 ans dit Macron, je n'avais pas cette patience."

Six vies : philosophe, étudiant (Ena), politique dans le Pas de Calais, conseiller du Prince, aujourd'hui ministre. Et au milieu, banquier chez Rothschild

A la différence d'Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron est bien dans la ligne, ligne blanche sur costume bleu marine. Social libéral décomplexé. Pas dans la dèche. Un collègue conseiller de l'Elysée se souvient encore des six chiffres sur l'imprimé fiscal personnel qu'il avait laissé trainé par mégarde.

Le pacte de responsabilité c'est en partie lui. La taxe à 75% surement pas. Il avait dit à son propos "C'est Cuba sans le soleil". Lui encore, qui fustige « la gauche Cetelem, celle qui vit à crédit et ne pense qu'à étendre ses droits à l'infini. »

Séducteur, au demeurant, pas langue de bois.

Ca lui servira pour affronter les flèches qui pleuvent déjà sur ce ministre vif-argent. Emmanuel Macron, dans Mediapart , ou « Le symbole de la dérive libérale de l'exécutif. Avec lui, (la technostructure de) Bercy triomphe. »

Emmanuel Macron, ou la promotion symbole.

« Nommer à Bercy quelqu'un qui plaidait en privé pour la remise en cause du Smic ou la fin des heures, voilà qui ne va pas rassurer l'aile gauche du gouvernement », écrit Bruno Dive dans Sud Ouest .

Déjà l'humanité parle des « 16 mercenaires de l'austérité. Gouvernement godillot pour une majorité rabougrie. »

C'est la principale critique en ce jour de premier conseil des ministres pour le gouvernement Valls 2. On rassemble les troupes, mais on réduit la voilure, écrit David Guevart dans Le Courrier Picard . « Equipe peau de chagrin pour lendemain chagrins » sous la plume de Guillaume Tabard, dans Le Figaro. Clarté, indiscutablement, sur la ligne. Mais en termes de représentativité politique, « le gouvernement se rétrécit toujours et ne s'élargit jamais (…) Tous les problèmes qu'ils n'ont plus à la table du conseil des ministres, François Hollande et Manuel Valls vont les retrouver au parlement. Ca passe ou ça casse. »

Avec la partie de la majorité réticente, hostile ou frondeuse, c'est maintenant « le jeu de la barbichette pour Jean-Louis Hervois dans La Charente libre . Le premier qui bouge aura une dissolution. »

Gouvernement qui doit être jugé sur ses seuls résultats pour Jean Claude Souléry dans La Dépêche du midi . Mais, objecte Jean-Michel Bretonnier dans La Voix du Nord , « un président dévalorisé, abandonné par l'opinion, lâché par ses amis peut-il redresser une économie aussi dégradée que la nôtre en moins de trois ans. »

Emmanuel Macron 36 ans, Najat Vallaud- Belkacem, Idem ;Thomas Thévenoud, Fleur Pélerin, 40 ans. Les figures nouvelles ou promues de ce gouvernement représentent la jeune garde sociale-démocrate à la Une de Libération. Najat Vallaud-Belkacem, la jeune femme qui a défendu les ABCD de l'égalité au ministère de l'Education. Déjà la droite « manif pour tous » brandit les poussettes. Dans une interview au mensuel Causette réalisée avant sa nomination, la ministre assure que les ABCD n'ont pas été enterrés, qu'ils ont simplement changé de noms (« Plan d'action pour l'égalité entre les filles et les garçons à l’école »). Ils seront expérimentés dans 275 nouveaux établissements à la rentrée. Elle parle de « folie furieuse » à propos des manifestants de ces derniers mois qui voyaient dans cette initiative la volonté de faire disparaitre les différences sexuelles.

Une femme de 36 ans rue de Grenelle. Miracle ! s'exclame Claude Lelièvre spécialiste de l'histoire de l'Education. Dans son blog sur Mediapart , il rappelle qu'il a fallu 190 ans et une centaine d'hommes avant de voir cela. Le premier titulaire du poste était un évêque, Mgr Freyssinous. Mais la nouvelle ministre n'est pas la plus jeune de l'histoire. Jean Zay sous le Front populaire, avait 32 ans.

Puisque la gauche réalo prend un peu plus le pouvoir, que reste-t-il de la gauche socialo ? Avec Les inrockuptibles , nous voici dans l'appartement parisien de Jean Luc Mélenchon. Dans la bibliothèque, les œuvres de Saint Just, de Jaurès, des calligraphies et des ouvrages sur la Chine. Au mur, des photos de lui avec « le vieux », comprenez Mitterrand. Mélenchon à l'heure du bilan. Non il n'est pas à la retraite mais en retrait de certaines taches exténuantes, la gestion quotidienne d'un parti. « En temps voulu, je reprendrai mon clairon de combat ». Objectif : imposer la question d'une VIème république dans le débat. La politique du gouvernement ? « Elle est de droite. Hollande croit que des phrases mi chèvre-mi chou suffisent à régler les problèmes. Mais le monde est dur. Hollande aurait fait un bon président du comité des fêtes de Tulle. » Mélenchon, lui, a passé l'été à observer la rivière près du moulin de l'Aveyron où il a profité de la saison. Je me disais : « L'eau est basse mais l'orage débute à l'horizon. »

Portrait d'un médecin-légiste pour finir

Le scalpel du médecin légiste est un bon outil pour disséquer une société. Voici donc Paul Marcaggi, alias « Le docteur La Mort de la Corse ». Article d'Antoine Albertini à paraitre dans Le Monde cet après-midi.

Connaissez-vous beaucoup de légistes qui aient réalisé quatre autopsies d'affilée en moins de 24 heures dans quatre affaires criminelles différentes. Qui se soit penché sur le corps d'une victime invité le soir même à diner ? Témoin de mariage, on l'a vu s'envoler en hélicoptère pour rejoindre une scène de crime.

Robert Feliciaggi, François Santoni, le Capitaine René Canto, mais aussi le préfet Erignac sont passés entre ses mains. 500 autopsies, un millier d'examens pour coups et blessures. Aujourd'hui, il a raccroché le scalpel de légiste mais exerce comme médecin de la police, de la pénitentiaire et comme expert judiciaire.

C'est un autre bon moyen de prendre le pouls de la société corse. Et de constater la « démocratisation de la violence ». Profil du tueur des années 2000 dans l’île, selon le Dr Marcaggi : « Un jeune adulte avec un travail bidon ou qui pointe au RSA, son polo Ralph Lauren, sa grosse moto achetée à crédit, un peu de deal. Le genre qui tue juste pour exister dans un monde microscopique où personne n’assume plus ses responsabilités. »

Paul Marcaggi ressent parfois la tristesse de voir « le deuil se perpétuer sur des lignées entières ». Mais il a toujours gardé un principe, au milieu des cadavres et des éclopés : « Ne croire qu’en la bonté humaine ».

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