Alors qu’en France, depuis trois semaines…

Alors qu’en France, depuis trois semaines, on palabre et on s’invective à propos d’une tenue de plage, un marathonien éthiopien refuse de quitter le Brésil.

Il s’appelle Feyisa Lilela, et il est médaillé d’argent des JO de Rio. En passant la ligne d’arrivée, après 42 kilomètres de course, il a croisé les poings au-dessus de sa tête. Un geste, a-t-il expliqué ensuite, afin de « dénoncer l’attitude du gouvernement d’Ethiopie à l’égard des Oromos » - groupe ethnique dont il est issu. « Si vous parlez de démocratie, ils vous tuent. Si je retourne en Ethiopie, peut-être qu’ils vont me tuer, ou me mettre en prison. » Depuis, comme le raconte Debora Miézi dans LIBERATION, ce père de deux enfants, restés avec sa femme en Ethiopie, a donc décidé de rester au Brésil. Selon plusieurs médias, l’athlète aurait fait une demande d’asile aux Etats-Unis, demande non confirmée pour l’heure par le département d’Etat. Mais c’est bien pour sa vie que craint Feyisa Lilela. D’ailleurs, une ONG humanitaire a recensé ces derniers mois plus de 400 morts et des dizaines de milliers d’arrestations en Ethiopie…

Alors qu’en France, depuis trois semaines, on parlemente et on s’écharpe à propos d’une tenue de plage, deux-anciens-beaux-frères livrent bataille pour diriger le Gabon.

Et c’est ce samedi que se déroule l’élection présidentielle, pour laquelle Jean Ping, l’ancien gendre d’Omar Bongo, défie le fils Ali, qui a succédé à son père il y a sept ans… Et le président sortant est soupçonné de préparer une fraude électorale massive, comme le rapporte Maria Malagardis dans les colonnes de LIBERATION... Elle précise d’ailleurs qu’elle n’a pu obtenir de visa pour se rendre sur place et que sa demande d’explication par mail est restée sans réponse… Mais elle a vu, comme d’autres, des photographies qui circulent sur internet… Photographies d’urnes bourrées entreposées chez la maire de la capitale Libreville, et de faux procès-verbaux déjà établis… Qui diffuse de tels clichés ? Repose d’une opposante qui vit aujourd’hui à Paris : « Le régime est tellement impopulaire qu’il est trahi en son sein. Ce sont ces mécontents qui envoient les photos prouvant qu’il y a des fraudes. » Mais l’exemple le plus flagrant d’un risque de scrutin tronqué reste la composition du fichier électoral. Une soixantaine de communes affichent un nombre d’électeurs largement supérieur au nombre d’habitants… Ainsi, dans un canton de la région de l’Estuaire : 43 habitants, mais 946 personnes inscrites sur les listes électorales… Du reste, dans une vingtaine de localités, entre 80 et 100% des habitants sont inscrits, ce qui supposerait l’absence quasi-totale d’enfants mineurs dans les zones concernées… De forts soupçons de fraudes, avant même un scrutin qui voit s’affronter 14 candidats, avec un faux air de remake africain de Game of Thrones, puisque le principal adversaire du président sortant est donc son ex-beau-frère. Jean Ping, 73 ans, fut longtemps le compagnon de Pascaline Bongo, la fille préférée d’Omar, dont il a eu deux enfants… Jean Ping qui dit craindre une « tentative de passage en force du pouvoir en force ». Et tout laisse penser, en effet, qu’Ali Bongo sera réélu…

Alors qu’en France, depuis trois semaines, on disserte et on vitupère sur une tenue de plage, les Américains se préparent au départ du couple Obama…

Et pour beaucoup d’entre eux, l’heure est déjà à la nostalgie… C’est en tout cas ce que décrit Caroline Lumet dans GRAZIA… Obama est encore président des Etats-Unis pour cinq mois, et tandis que les uns pleurent le mec décontracté, qui a su redorer la culture US, les autres appréhendent la perte d’une fabuleuse machine à storytelling … Et les uns comme les autres ont le spleen aujourd’hui… Le spleen car ils réalisent que ce qui va leur manquer, c’est l’élégance des Obama, analyse l’auteur américain Thomas Chatterton Williams. « On a là un couple qui n’a jamais vécu le moindre scandale. Un énorme contraste avec les Clinton, que beaucoup trouvent malhonnêtes et immoraux », dit-il. « Quant à Donald Trump, il est la vulgarité personnifiée, une représentation de ce que l’Amérique engendre de pire. Les Obama, eux, étaient un visage que nous étions fiers de montrer au monde : ils incarnaient le cool à l’américaine ! »

Et qui pour incarner « le cool à la française » ? Ou, plutôt, qui pour incarner le pays l’an prochain ? Vaste question et un sondage dans la presse ce matin…

Un sondage ODOXA publié dans LE PARISIEN, à propos de la primaire organisée à droite… Sondage qui montre que l'écart s'est de nouveau creusé en août entre Juppé et Sarkozy… Avec 24% - moins 2 points par rapport à juin, Nicolas Sarkozy reste nettement distancé par Alain Juppé, qui reste stable à 38% des intentions de vote au premier tour. Et dans la perspective d'un second tour qui les opposerait tous les deux, le maire de Bordeaux l'emporterait haut la main sur l’ex-chef de l’Etat – il obtient 63% des intentions de vote. « Tout ça pour ça ? », ironise le quotidien, rappelant les nombreuses interviews et les confidences accordées par Nicolas Sarkozy tout au long de l’été… Ses proches espéraient un « effet de souffle », qu’il décolle enfin… Pour l’instant, ce n’est pas le cas… « Mais il a retrouvé l’envie d’avoir envie, et ça, c’est l’essentiel », se rassure Brice Hortefeux, son ami de toujours, tandis qu’un autre assure que tous ceux qui avaient quitté le clan sont en train de « rentrer au bercail »… « Sauf qu’en politique, quand le train est passé, il ne repasse pas », persifle un juppéiste, heureux de constater que la stratégie de son champion, sa stratégie de « l’identité heureuse » continue de porter ses fruits…

Une stratégie de « l’identité heureuse » qu’Alain Juppé développe ce matin dans les colonnes du FIGARO…

Grande photo à la Une, avec ce titre, donc : « L’identité heureuse est mon objectif » : donner de l’espoir et montrer que la France peut retrouver sa fierté, que les Français peuvent retrouver le bonheur de vivre ensemble… Alain Juppé, qui s'oppose d’ailleurs fermement à Nicolas Sarkozy sur les questions liées à l'immigration et à l'islam… Alors que l'ex-chef de l'Etat propose de suspendre le regroupement familial en cas d'alternance en 2017, l'ex-Premier ministre juge que cette attitude n’est tout simplement « pas humaine ». Et il prend également le contre-pied de son rival sur la question du burkini. Jeudi, Nicolas Sarkozy avait préconisé une loi interdisant sur tout le territoire français le port de ce vêtement de plage, mais Alain Juppé, tout en reconnaissant avoir soutenu les maires qui avaient interdit ledit vêtement sur leur commune, se dit cependant fermement opposé à toute loi, qui ne serait que « de circonstance ». Il appelle à « ne pas jeter de l'huile sur le feu ».

Le burkini : nous y voilà… Le Conseil d'Etat a donc invalidé hier l'arrêté anti-burkini pris à Villeneuve-Loubet et, ce matin, toute la presse revient une nouvelle fois sur l'affaire...

Et LIBERATION se félicite, reprenant à sa Une les termes du Conseil d’Etat : interdire le burkini représente « une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales »... « Pourquoi la justice a dit 'oui' au burkini », titre de son côté AUJOURD'HUI LE PARISIEN, précisant que de nombreuses voix de droite réclament désormais une loi pour trancher une bonne fois pour toutes cet épineux débat... C'est d'ailleurs ce que demande également LE FIGARO qui, dans son édito, explique que c'est la haine qui se cache sous le burkini - la haine de ce que nous sommes, et que c’est donc au législateur, je cite, « de désarmer les soldats de cette séditieuse offensive »... Mais dans L'Alsace, Yolande Baldeweck juge que le sujet de touche qu'une minorité de Françaises et elle craint qu'une discussion au Parlement n’en vienne à « déraper », et ce, « pour le plus grand contentement de Daech et de ses affidés »… « Bien que le burkini ne soit pas un maillot neutre dans la France des attentats, il faut admettre à la fois qu'il puisse indigner et que l'on ne saurait l'interdire », résume pour sa part Yves Harté dans Sud-Ouest, tandis que L’INDEPENDANT précise que la décision du Conseil d’Etat n’a malheureusement pas éteint la polémique… « Burkini : ce n’est pas fini », titre à sa Une le journal…

Enfin, je ne saurais trop vous conseiller la lecture du numéro de rentrée de M, LE MAGAZINE DU MONDE...

Long portrait, passionnant portrait, de l'étonnant Jacques Attali... Enquête sur un hyperactif, économiste, romancier, homme d'affaire et homme de pouvoir, chef d'orchestre et désormais metteur en scène d'opéra... Enquête aussi sur « les enfants volés de la Réunion » : de 1963 à 1982, 1.600 jeunes Réunionnais ont été arrachés à leur famille afin de venir repeupler la métropole... Véritable scandale d'Etat, qui hante toujours les victimes... Dans l'hebdo, vous lirez aussi qu'il est de très mauvais goût de porter des mini-chaussettes – « Mini-chaussette : maxi-boulette », explique le magazine, dans l'édito duquel la rédactrice en chef précise qu'aucune des pages ne parle de burkini... « Et nous nous en félicitons », écrit-elle... On s'en félicite également. Et rassurez-vous : jusqu’à présent, personne n’a évoqué l’idée d’interdire les mini-chaussettes…

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.