Un grand journal moque les estivants, Ouest-France raconte un patron pêcheur de 18 ans, les ménages subissent l'inflation dans Le Parisien et Nice-Matin, Le Figaro traque la violence et les sauvages, l'Eveil de la Haute-Loire nous dit le puissant Patou, qui protège les moutons contre les loups... et les promeneurs ?

"La vase, c'est vraiment du caca d'huître ?"
"La vase, c'est vraiment du caca d'huître ?" © Getty / Manfred Rutz

On se moque des touristes dans Sud-Ouest...

Et mon cœur de ci-devant estivant se serre quand un grand journal, Sud-Ouest donc, consacre deux pages à compiler les ridicules des touristes. "Je souhaiterais trouver un hébergement non payant sur Gujan ou Arcachon, peu importe, je ne suis pas difficile", a osé un vacancier dans un office de tourisme. Un autre, au Cap-Ferret, demandait qu'on lui rembourse sa chambre d'hôtel parce que l'eau s'était retirée ; on appelle ça la marée basse. "La vase, c’est vraiment du caca d’huître ?" "Y a-t-il un escalator pour accéder en haut de la dune ?" D'ailleurs, "la dune est-elle en ciment ?" 

Ça fait deux pages, donc, "l'inépuisable bêtisier des touristes", et sachons en rire. Mais tout de même, est-ce qu'on les aime, les vacanciers dont on se moque à peine sont-ils partis ? Et derrière le rire, ces antagonismes urticants et identitaires.

Cela dit, on a dans Sud-Ouest et dans le sud-ouest, sur la côte, de vrais soucis. A Lacanau-Plage, menacée par le réchauffement climatique et par la montée des eaux, on ne pourra plus construire sur le front de mer et on envisage, à terme, de démolir des constructions exposées. Sud-Ouest appelle ça le repli en bon ordre. Dans Le Monde, un long reportage sur les Alpes dévastées par le réchauffement. On est loin des vacances...

Mais qu'importe, certains n'en prennent pas. En Bretagne par exemple. La belle histoire de ce matin est dans Ouest France. C'est celle de Pierre Renaudineau, 18 ans et déjà patron pêcheur au port de Saint-Nazaire, sur le P’tit Paluche, son bateau, baptisé en l'honneur de son papa. On le surnommait Paluche et, lui aussi, était pêcheur. Il est mort quand Pierre avait deux ans...  Ouest-France le suit dans sa pêche à la crevette grise quand, au son d'un rap, il relève son chalut qui ne ramène pas grand-chose. Cet enfant de 18 ans travaille douze heures chaque nuit et connaît les soucis des hommes : joindre les deux bouts. 

Et joindre les deux bouts, c'est le ton de la journée...

C'est la musique de la rentrée. Midi-Libre dit la galère des étudiants de Montpellier. Les parents d'élèves comptent leurs sous aux caisses des supermarchés dans Nice-Matin car un bambin en CP coûte 165,70 euros et un élève de seconde 403,79 euros. 

Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, Virginie, Laurent, et leurs enfants Gemma et Georges ont fait le plein au magasin Carrefour de Montesson : 160 euros dans le chariot. Mais pour ce prix, pas de viande, juste du jambon, pas d'alcool, pas de poisson – le pavé de saumon frais a pris 5 euros en cinq ans... "On vit correctement jusqu'au 20 du mois." On parle ici d'une famille dont les deux parents travaillent, et qui n'est donc pas à plaindre. 

Derrière le chariot affleure la politique. Et Le Parisien, mine de rien, dessine une dialectique. Le journal titre et ouvre sur le retour de l'inflation et les difficultés des familles, il poursuit sur les retraités qui sont – je cite – "ciblés par le gouvernement",  et enchaîne plus loin sur un cadeau d'Edouard Philippe aux entreprises, qui sera annoncé demain au Medef, sur le financement des arrêts maladie. Les ménages souffrent, le syndicat des patrons profite... C'est Le Parisien qui le met en scène quand Libération, d'un sondage, souligne le déficit social dans l'opinion du président Macron, et quand  l'Humanité dénonce "l'arsenal antisocial" d'Edouard Philippe. Mais Les Echos évoquent "les mesures choc de Macron" pour freiner la hausse des déficits... C'est le même sujet, pas le même angle.

Les journaux reprennent leurs armes et leurs combat ; Le Figaro titre en une sur la flambée des violences aux personnes – plus d'un millier d'agressions par jour – et choisit des témoins qui  choisissent leurs mots : "Sauvagerie" pour le philosophe Pascal Bruckner, "ensauvagement de la société" pour le syndicaliste policier Patrice Ribeiro. Mais qui sont les sauvages ? Dans la mise en scène, Le Figaro suggère quelque chose, en soulignant que c'est un individu "d'origine tunisienne" qui a poignardé à mort le passager d'un bus en août à Paris, et un demandeur d'asile afghan qui a agressé quatre personnes à Périgueux. 

Qu'est-ce qui est culturel, qu'est ce qui est social ? La Croix raconte la résistance de la communauté gitane de Perpignan face à la rénovation du quartier Saint-Jacques ; 83 % de chômage.

Mais Perpignan pense à autre chose si je lis L'Indépendant... 

Les Dragons catalans ont remporté la Cup, la coupe d'Angleterre, à Wembley, le stade mythique de Londres. Nous sommes, en rugby à XIII, les meilleurs au monde, et cela passionne les catalans. Les joies sont aussi des identités.

Et des animaux pour finir... 

Avec ces bébés phoques de la baie de Somme, qu'il faut protéger, à la une du Courrier picard, avec ces chats errants que des équipes de bénévoles vont nourrir et stériliser à Marseille, c'est dans La Provence, avec ces deux moutons qui vont remplacer la tondeuse à gazon devant la supérette Lidl de Briare, c'est dans La République du Centre...

Mais les moutons ne broutent pas seulement devant les supermarchés discount. Ils sont dans la nature où le loup les guette – ce sujet-là revient aussi. Sur le site du journal L'Eveil de la Haute-Loire, une série d'articles sur un monstre blanc : le retour du patou qui accompagne le loup. Le patou, c'est le berger des Abruzzes, un hercule venu d'Italie qui seul saurait défendre les troupeaux menacés...

Seulement voilà. Le patou est un hercule monomaniaque. Il a pour mission de défendre les troupeaux, et, lit-on, il ne ferait pas forcément la différence a priori entre un loup en quête de chair fraîche et le simple promeneur qui s'approcherait des moutons. L'Eveil de la Haute-Loire nous donne ses conseils de prudence : si d'aventure vous croisez un patou, passez votre chemin ! 

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