Une baleine amputée de la queue survit depuis des mois sur ses réserves de graisse, Libération. Emmanuel Carrère parle de yoga et de ses fêlures dans l’Obs et le Point, et dialogue dans le Monde avec Daniel Mendelsohn sur la crise de la narration. Splendides photos de jeunes Biélorusses réfugiés en Pologne, Mediapart.

On parle de survie... 

Et c'est dans Libération d'abord la survie d'une baleine, un rorqual femelle que l'on a vu pour la dernière fois en juillet au large de Toulon, maigre et couverte de parasites, les hommes et les femmes qui observent les océans ont appelé Fluker ce mammifère marin devenu le symbole de son espèce et que d'autres hommes ont condamné. Fluker avait perdu la moitié de sa queue dans les années 90 dans une collision avec un bateau, elle s'était adaptée et parvenait à plonger en dépit de son handicap, mais un autre accident, peut-être un filet de pêche, a fait tomber l'autre moitié de sa queue... Amputée, Fluker ne peut plus plonger pour se nourrir,  elle survit  en surface depuis des mois sur ses réserves de graisse, cela prend du temps pour mourir à coup sûr.

Il est n'est pas qu'une façon de mourir en Méditerranée, et quand une pauvre baleine consume ses réserves, des jeunes gens se noient qui eux se consumaient d'espérance. En Tunisie, raconte le Monde, on appelle les « harraga », les brûleurs, ces presqu'enfants qui brulent les frontières pour fuir en Italie la médiocrité de leur pays ruiné. Helmi Guédir est parti en juillet et est tombé d'une barque surchargée que la police arrêtait, son père ne comprend pas, Helmi avait un contrat de travail en Italie, il aurait pu partir légalement avec un visa, mais cela prend du temps d'attendre un visa quand on est pressé de vivre...

Nous sommes loin de ces drames en douce France et pourtant on s'interroge sur la survie de notre terre dans ce qu'elle a le plus banal... Le Figaro, la Croix et les Echos nous expliquent pourquoi la récolte de blé vert  est la troisième plus mauvaise en 25 ans, la faute à des pluies pendant les semis d'automne et à la canicule des beaux jours -nous manquons de fourrage pour les bêtes, faut-il leur expliquer que la planète change? En Russie qui se réchauffe dans le changement climatique, le blé pousse plus et mieux qu'avant... 

Il n'est pas que le blé qui inquiète: l'Yonne républicaine titre sur les vendanges précoces dans les vins de bourgogne, on se met ces jours-ci au pinot noir; ce n'est plus une exception mais une tendance qui s'installe, qui force les viticulteurs à se réinventer, et après tout, il y a eu d'autre crises dans la vigne. C'est le métier des hommes de penser survivre...

Libération encore montre -terribles photo- la Californie en flamme, elle aussi punie par la météo, et des habitants ayant perdu leur maison et leurs biens vont aussi perdre leur travail -ils bossaient sur leurs écrans, confinés par la Covid. L'Equipe nous raconte d'autres flammes qui sont restées dans la légende du sport automobile... En 1970, le pilote belge Jacky Ickx se trouva piégé dans sa Ferrari consumée par 200 litres d'essence, il faillit renoncer à dégrafer son harnais de sécurité puis s'arracha à l'enfer, sa combinaisons en flamme, il  est un beau septuagénaire au visage plissé, éclairé d'une vieille rage de survivre. 

On parle aussi d'un écrivain...

Qui lui aussi est beau de rides mais soucieuses, et qui lui aussi survit aux affres de son âme et en parle sans fard. On n'échappe pas cette rentrée à Emmanuel Carrère, qui écrit sur le yoga qui accompagne sa vie, et sur la dépression qui l'a saisi et isolé du monde... Mais il a l'habitude, Carrère de s'enfermer pour être et revenir à nous, il  pratique des stages de yoga où l'on reste « assis dix heures le cul sur un coussin » pour faire ressortir la douleur qui stagne. Il parle de lui, Carrère, avec une jolie pointe d'amusement dans le Point, mais avec une autre gravité dans l'Obs qui lui donne sa Une, Carrère raconte comment il sortit d'une retraite au moment de l'attentat de Charlie, parce que notre ami Berrnard Maris, qui était aussi le sien, avait souhaité, vivant, qu'il témoigne un jour à son enterrement.. Et sans cette amitié, Carrère serait resté dans son stage loin de tout, il n'aurait rien su de ce qui déchirait la France, cela aurait changé quoi? 

Carrère parle aussi dans le Monde, dans un texte plus ardu car moins biographique, le journal le fait dialoguer avec un autre écrivain, l'américain Daniel Mendelsohn, qui a écrit aussi bien sur sa vie de juif gay à New York que sur l'annihilation de sa famille pendant la Shoah. Mendelsohn et Carrère discutent du narcissisme de l'écrivain, ce que l'on dit de soi, ce que l'on fait aux autres, l'impossibilité de ne pas être présent dans son texte, ils discutent des crises de l'être et des crises de la narrations, des manières de dire circulaires ou linéaires, grecques ou hébraïques, des alternances indiennes, ils se passionnent , on est moins inquiet pour eux.

Pendant ce temps on réédite un monument français, le bloc-notes de François Mauriac, qu'il tint à l'Express puis au Figaro, un journal ciselé et vif, méchant parfois : "J’aurais été bouleversé s’il avait fait moins froid », écrit-il à propos des obsèques de Paul Claudel"… Mais courageux souvent quand contre son milieu Mauriac s'engageait contre la guerre en Algérie. « Un article de Mauriac, ça vaut plusieurs régiments de fellagas », écrivait un militaire... Je lis cela dans l'Express, forcément, cela n'a pas vieilli... Plus gênant, mais horriblement vrai, un article de Marianne se souvient des dilections pédophiles assumées d'écrivains d'autrefois, on disait "pédérastie", l'immense Gide en fut, nous avons changé dans ce que nous tolérons. 

Et on parle enfin d'engagements...

On parle dans l’Equipe des basketteurs de Milwaukee qui ont bloqué la NBA par écœurement contre le sort des noirs américains que la police abat. 

Paris-Match raconte le courage d'une afghane de 15 ans, qui a abattu à la kalachnikov les talibans qui avaient tué ses parents, le pouvoir lui a promis qu'il l'aiderait à étudier, elle est analphabète, elle a déjà été mariée à un homme parti chez les islamistes, aura-t-elle la chance de vivre...

Le Dauphiné Libéré se souvient de Léa Blain, splendide maquisarde morte au Vercors en 1944, et les DNA du capitaine Anglade et du fantassin  Mohammed Ben Mansour, deux Turcos, tués en défendant l'Alsace en 1870... 

Et puis vous verrez dans Mediapart des photos splendides de jeunes gens tatoués, piercés, en dreadlocks, gothiques, ce sont de jeunes biélorusses qui bien avant la révolte avaient fui leur pays, sa dictature et sa pudibonderie pour vivre simplement en Pologne plus douce. Leur survie revigore le boomer que je suis.

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