Un beau matin, des mots nouveaux, des expressions inédites fleurissent dans les lycées, les cafétérias ou les médias... Parfois, ce sont des adjectifs qui se prennent à jouer les adverbes... "J'hallucine sévère"...Des adverbes qui, au contraire, s'adjectivisent... "Elle est trop"...Ou des substantifs qui meurent d'envie de se conjuguer..."Désolé, l'autre jour, j'ai un peu crisé". Ainsi vivent les mots, comme des personnes, avec leurs envies, leurs mutations et leurs audaces... C'est le propre d'une langue vivante... Sinon, serait-elle vivante ?... Alors, pour être dans le coup, c'est le journal "Le Monde" qui nous offre aujourd'hui un abécédaire de quelques musts, devenus incontournables. Comme "baroque", par exemple, qui a détrôné "étrange", "bizarre" ou "incompréhensible"... Ou "équitable", parce que tout doit l'être désormais... Le commerce, l'économie, les relations, le café... Ou le "spam", qui encombre nos mails. Il y a aussi le "deuil" et "faire son travail... de deuil" : la nouvelle tarte à la crème des JT en cas de catastrophe ou de procès ajourné... Ou "tip top"... "impec, quoi"... "rien à dire"... Sans oublier "total", le préfixe qui va avec tout, comme "ce groupe est total déjanté"... Reste "souci"... "souçaï", pour faire moderne... "no souçaï", pour faire branché. Je m'arrête là... La liste est bien plus longue, en fait... Tiens... "En fait"... En voilà une expression très tendance... Nouveau leitmotiv ponctue-phrase, devenu pour certains d'ailleurs, tic de langage. En tout cas, cet abécédaire que nous livre le livre, c'est que du bonheur... Ca le fait complètement... Et une fois que vous avez intégré tout ça : point barre... Vous êtes total mode, on va dire. Vous savez qu'Alain Rey, notre pétrisseur de mots sur France Inter... Loin d'être un conservateur, il ne considère absolument pas la langue française comme un musée... Au contraire... Il est le premier à dire qu'une langue doit évoluer...D'où le regard tout à fait bienveillant qu'il porte sur l'autre gisement de l'évolution de notre langue : la banlieue, qui a donné quelques couleurs au dictionnaire. La banlieue, où ça va un peu mieux, nous dit "Le Parisien". Avec sa Une rafraîchissante et ce titre souriant : "Banlieues, oui ça bouge". "Le Parisien" qui fait le point sur les initiatives lancées après les émeutes de novembre dernier. Ainsi, sur le terrain, associations, maires, chefs d'entreprises et pouvoirs publics conjuguent leurs efforts pour améliorer la vie des quartiers et de leurs habitants... Ce que "Le Parisien" qualifie de "bon début", même s'il reste beaucoup à faire. Ce sont, par exemple, les CV vidéo, proposés par les jeunes responsables d'un cabinet de recrutement associatif à Bondy, en Seine-Saint-Denis... C'est une ANPE dans une salle de boxe à Meaux, en Seine-et-Marne... Ce sont des jeunes coachés pour trouver un emploi, dans le Val-d'Oise... Ou même des dîners contre les préjugés... Idée qui est née pendant les émeutes, lorsque jeunes et anciens ont patrouillé ensemble pour protéger les lieux publics... Alors, désormais, une fois par mois, jeunes en difficultés, chefs d'entreprises, élus et acteurs sociaux se retrouvent au restaurant pour faire tomber les préjugés et mettre sur pied un projet humanitaire. Moralité : il y a une dynamique positive dans les cités... Simplement, on ne le dit pas assez, affirme Christophe Guillui, géographe, spécialiste des banlieues. Quant au ministre du Travail, Gérard Larcher, il affirme que 47.000 jeunes ont retrouvé un emploi ou une formation. Alors, que du bonheur ?... Peut-être pas... Mais disons que ça le fait... Un peu. Si vous n'aimez pas les sondages, vous risquez d'être un peu agacé à la lecture de la presse, ce matin, parce qu'il y en a beaucoup... En d'autres termes : "point barre", comme "ça suffit", "basta", "ras-le-bol". Pour autant, même si elles sont un peu à la politique ce que le spam est au courriel... Un objet encombrant... les enquêtes d'opinions constituent un outil d'analyse intéressant... Comme celui que nous apporte "Paris Match" aujourd'hui, avec un élément nouveau, à un an tout juste de la Présidentielle... Dans 12 mois, nous serons pile entre les deux tours... Et l'IFOP, cette fois, a travaillé sur l'hypothèse de 10 candidats, avec primaire, sans primaire, et avec une combinaison de deuxièmes tours aussi divers que possible... D'où il ressort que Nicolas Sarkozy l'emporte à tous les coups, même devant Ségolène Royal, par 51-49... Sondage réalisé les 20 et 21 avril derniers. Un an avant la Présidentielle... Voici maintenant le regard de nos voisins européens, qui semblent surveiller la vie politique française, comme le lait sur le feu... Mais rarement pour en dire du bien. La France n'est pourtant pas forcément sur le chemin du déclin... Et après tout, son personnel politique est un personnel de qualité... Mais on a beau aller fouiller dans les articles de la presse étrangère, rien ne trouve grâce à ses yeux. Alors voici comment elle épingle les prétendants... Comme l'écrit "Le Courrier International" : L'état de la France décrit par nos confrères européens fait pitié... A commencer par ce qu'écrit le journal suisse "Le Temps" : "Un Président honni, un gouvernement humilié et un Parlement godillot : voilà résumé l'état pitoyable de la démocratie française". La solution, pour ce journal : "Refondre les institutions, si toutefois c'est encore possible". Oui, enfin, c'est pas pour demain, estime de son côté le journal "Spiked", de Londres. Changer les institutions ? Peut-être, mais avec des étudiants sans projet et une classe politique engluée dans des recettes passéistes, la 5ème République, prise dans le carcan social et politique de l'après-guerre, a encore de beaux jours devant elle. Pour ce qui concerne la gauche maintenant, "Le Soir de Bruxelles" n'est pas plus tendre avec les socialistes... Pour l'écrivain et journaliste belge Yvon Toussaint, seule Ségolène Royal vaut le détour, parce que d'abord, selon lui, elle peut compter sur la bêtise des pachydermes socialistes... Je le cite, bien sûr... Mais aussi parce qu'elle fait le pari que les valeurs familiales peuvent être aussi de gauche. L'autre personnage en vue, à un an de la Présidentielle, autrement dit Nicolas Sarkozy, génère des commentaires très contrastés... Traité de "populiste à l'égo démesuré" par un mensuel britannique alternatif, il fait en revanche l'admiration des orphelins de Margaret Thatcher, comme le rapporte le "Daily Telegraph" de Londres, pour qui, s'il est élu, c'est bel et bien le président de l'UMP qui donnera le ton d'un nouveau conservatisme à l'européenne... "Il serait même, selon ce journal, l'homme politique le plus enthousiasmant d'Europe, avec un but immédiat : battre Ségolène, la pin-up de la gauche", écrit notre confrère anglais Simon Heffer. Reste la droite, en général... "En pleine déconfiture", titre le "Frankfurter Allgemeine Zeitung"... Pour le journal allemand, "le CPE devait apporter la preuve que la France pouvait être réformée, même brutalement... Or, il a conduit Villepin et Chirac à la déroute". On le voit, pour nos confrères européens, la vie politique en France est plutôt baroque... Et si le Frankfurter" voit le Président et son Premier ministre en pleine déconfiture, il verra son analyse confortée par le sondage CSA, publié par "La Vie" aujourd'hui... Un sondage qui révèle une baisse de popularité de 4 points pour Jacques Chirac, et de 5 pour Dominique de Villepin... Aujourd'hui, 69% des Français déclarent ne pas lui faire confiance... Ce qui traduit, pour le Premier ministre, une chute de 23 points en 4 mois. Là, franchement, ça le fait pas... Alors, "Villepin, isolé, titre 'Le Monde', demande à Chirac de le soutenir"... Or, le premier souci du Président, c'est de rassembler la majorité... Ce qui n'est pas tout à fait le même objectif. De son côté, le Premier ministre réfléchit à différents scénarios... Dont un remaniement technique de son gouvernement. Mais il y a un autre scénario que Dominique de Villepin ne propose pas, c'est un changement de Premier ministre. Et pourtant, c'est ce qu'il faudrait faire, et rapidement, estime Jean-Pierre Raffarin, dont "Le Parisien" se fait l'écho de la pensée... Pour lui, la solution, c'est Michèle Alliot-Marie. Mais il y a un problème : il s'appelle Clearstream... L'affaire... Qui constitue la Une du "Point" et de "L'Express"... "L'affaire qui secoue le pouvoir", titre "Le Point"... "Affaire d'Etat", titre "L'Express", qui parle de Michèle Alliot-Marie, et qui affirme qu'elle savait. Oui, avant tout le monde, la ministre de la Défense savait que l'affaire Clearstream était une manipulation... Alors ou bien elle a gardé le silence et laissé l'affaire s'emballer... Ou bien elle a transmis le dossier à l'Elysée, qui, à son tour, s'est assis dessus. Précisons qu'après cette révélation de l'hebdomadaire, Michèle Alliot-Marie a démenti cette information selon laquelle elle aurait été informée dès le début de l'année 2004. Enfin, "Le Point" et "L'Express" croient savoir tous les deux que les juges chargés de cette affaire rassemblent bel et bien des éléments accréditant la thèse d'un complot visant, selon toutes vraisemblances, Nicolas Sarkozy. Oui, on parle souvent du "modèle suédois"... Même si on ne sait plus exactement ce que l'expression recouvre... Mais bon... La Suède est au modèle ce qu'Epinal est à l'image... On dit toujours qu'on y vit un peu mieux qu'ailleurs... Tiens, par exemple, les Suédois sont les champions de l'écologie... Oui, mais quand la fin justifie les moyens, on peut considérer le modèle comme total déjanté... La preuve : à Stockholm, rapport le journal suédois "Aftonbladet", on ne badine pas avec le recyclage. Ainsi, 24 espions anonymes oeuvrent à proximité des points-déchetteries. Armés de caméras et dissimulés dans des voitures, ils traquent impitoyablement les habitants qui se trompent de container. Ainsi, un certain David Jones a écopé de 850 euros d'amende pour avoir laissé un sac de journaux à côté d'une benne à papier pleine. 1.000 Suédois ont ainsi été épinglés. Et le must, c'est que, s'il le faut, les espions fouillent dans les déchets pour trouver les noms et adresses des contrevenants. Précision qui tue : tous ces espions sont des agents de police à la retraite... Recyclés, quoi. Bonne journée... A demain...

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