Bonjour, Il est 2 h 30 à Bogota, la jungle colombienne est plongée dans une nuit épaisse qui rend plus terrifiants encore les bruits secs des insectes, les cris des animaux. Peu nombreux sont les journaux qui ont accroché en "Une", ce matin, la libération annoncée comme "imminente" de trois otages des Farc (les troupes du Front Armé Révolutionnaire Colombien). Evidemment, depuis le temps que l'on donne pour "imminente" la libération de Clara Rojas et de deux de ses compagnons d'infortune, la presse du jour affiche une grande prudence : "chat échaudé craint l'eau froide". OUEST FRANCE, L'ALSACE et L'UNION parmi les régionaux se fendent d'un titre consacré à ce sujet ; ça donne : "Otages des Farc : la Colombie accepte le plan Chavez"... "La libération des otages POURRAIT commencer aujourd'hui"... "IMMINENTE libération des trois otages". Dans la presse nationale, LE FIGARO et L'HUMANITE accrochent quelques mots en première page (des mots qui sonnent comme un conditionnel)... Quant au PARISIEN-AUJOURD'HUI EN FRANCE, il s'abrite derrière cette question : "Clara Rojas libérée aujourd'hui ?"... Tout est bien sûr dans le point d'interrogation. ...Attendons. "Arche de Zoé : huit ans de travaux forcés" : ce titre, vous le lirez souvent en Une de vos journaux, à quelques variantes près... Le verdict tchadien est assorti parfois d'un mot de commentaire, et il devient "sévère". Un mot, un autre, résumerait parfaitement le sentiment le mieux partagé aujourd'hui par vos éditorialistes : c'est "gâchis" (quand ce n'est pas "écoeurement"). "A suivre les audiences menées tambour battant depuis la semaine dernière, on se dit tout simplement que personne n'avait intérêt, peut-être, à ce que toute la vérité soit faite sur cette triste farce" écrit, dans LIBERATION, Fabrice Rousselot... Il poursuit : "Pas Eric Breteau, coupable pour le moins d'amateurisme forcené et de dissimulation. Pas le Tchad, qui a quand même autorisé le décollage et l'atterrissage de l'avion affrêté par l'Ong. Pas le gouvernement français, au courant de l'imposture à des degrés divers, et qui a réagi trop tard. Le verdict d'hier, sévère, sonne comme l'ultime fausse note de cet imbroglio". Selon Dominique Gerbaud, dans LA CROIX, "les dirigeants de l'Arche de Zoé n'étaient ni des trafiquants d'enfants, ni de mauvais sujets (...) Ils laisseront le souvenir d'apprentis sorciers de l'humanitaire". Même tonalité pour François Tartarin dans LA REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST : "Le fiasco de l'Arche de Zoé - souligne-t-il - vient rappeler que ces missions ne tolèrent pas l'amateurisme". "Justice à la mode africaine" titre le COURRIER PICARD, sans craindre de choquer ses lecteurs. L'éditorialiste de la CHARENTE LIBRE, Jacques Guyon, voit dans le procès de N'Djamena et dans son verdict, un "curieux autoblanchiment des Africains (...) Si tout n'était pas joué à l'avance - précise-t-il - cela y ressemblait quand même beaucoup"... Jacques Guyon s'étonne de la "célérité de cette justice tchadienne qui aura mis deux petits mois pour boucler l'enquête, l'instruction, expédier le procès et délivrer sa sentence". Pour LA REPUBLIQUE DU CENTRE, Jacques Camus fait écho à son confrère charentais : "instruction baclée, déposition contradictoire des témoins, rien n'a été retenu pour que le doute profite à l'Arche de Zoé. Il s'agissait d'offrir au peuple un symbole de souveraineté". Jacques Camus estime que "la France a choisi de laisser le président tchadien, Idriss Deby, et sa cour dicter leur loi." "Huit ans, et maintenant ?" s'interroge le TELEGRAMME DE BREST... "Paris VEUT récupérer les condamnés" affirme MIDI LIBRE. ... Et puis il y a LA CROIX, qui assortit son titre "Lourdes peines à N'Djamena" de cette question du jour : "L'image de la France en Afrique va-t-elle se dégrader ?". Pour clore ce sujet (et pour répondre à l'interrogation du TELEGRAMME DE BREST : "Huit ans, et maintenant ?"), je vous lis ce qu'écrit Jacques Béal dans LE COURRIER PICARD : "En vertu d'accords judiciaires entre la France et le Tchad, il est fort probable que les condamnés rentrent rapidement au pays. Le président Idriss Déby est actuellement confronté à des mouvements rebelles. C'est à nouveau l'Europe et la FRANCE qui seront présentes militairement pour protéger les réfugiés du Soudan voisin". ça sent le gaz, ce matin, dans certains de vos journaux... ça sent le gaz, la hausse des prix, la contrariété des marchés. LES ECHOS et LE PARISIEN annoncent une augmentation du prix du gaz pour le 1er janvier : + 3 et demi %... Dans le même temps, LA TRIBUNE et le cahier saumon du FIGARO se montrent eux, moins précis, pariant sur une hausse "inférieure à 4%". LA TRIBUNE souligne que le groupe gazier "s'approvisionne sur les marchés extérieurs et subit depuis des mois la hausse des hydrocarbures sur lesquels sont indexés les prix du gaz"... ..."Les tarifs de GDF sacrifiés sur l'autel du pouvoir d'achat" commente le journal. LES ECHOS rappellent que la direction de "GDF espérait relever ses tarifs de 6,1%". Résultat : la nouvelle pourrait être mal accueillie par les marchés. Le manque à gagner de GDF, dû aux révisions tarifaires qui ne lui ont pas été accordées, se chiffrerait à 950 millions d'euros... Les experts scruteront dès ce matin le cours du groupe en Bourse... ... Mais à en croire LE PARISIEN-AUJOURD'HUI EN FRANCE, il n'y a pas péril en la demeure pour la direction de GDF, pas plus que pour les marchés : "Une nouvelle revalorisation du prix du gaz est (paraît-il) prévue pour avril, APRES les élections municipales". Dans le frigo des pauvres, que trouve-t-on ? Qu'est-ce qu'on met dans son réfrigérateur quand on vit avec 3 euros par jour ? ... Cette question, une socio-anthropologue se l'est posée. Les résultats de l'étude qu'elle a réalisée en 2003-2004 pour l'Institut de Veille Sanitaire font l'objet d'un grand papier dans LIBERATION. "Les populations étudiées cherchent d'abord à éviter le sentiment de faim, se dirigent logiquement vers les aliments les plus économiques" nous dit l'étude, sans vraiment nous surprendre. On mange du riz, on prend du "cassé", 15 euros les 22 kilos. On malaxe la fécule de pomme de terre avec de l'eau, ça fait du "foutou", aliment de base en Afrique Centrale. On en mange tous les deux jours. Quand on n'a pas de sou, on réduit les fruits et légumes, c'est le premier réflexe. Après, on ruse, on se débrouille, on fait les fins de marchés... "C'est incroyable tout ce que je trouve en fouillant (...) c'est honteux de voir ce qu'ils laissent" témoigne une dame qui passe ses nuits à faire des compotes, des conserves. Le poisson : même pas la peine d'y penser ("avant c'était accessible. La joue de lotte, c'était 11 francs le kilo, maintenant c'est 28 euros, c'est du luxe"). ... Et ce constat, livré à la socio-anthropologue par l'un des sujets de son étude : "le fait d'avoir un frigo plein, je ne sais pas, on se sent mieux". Le frigo est présenté comme un "vieux compagnon de route". La crainte la plus courante est qu'il "puisse lâcher". C'est dans Libé. "Et si on plaquait tout ?" : c'est le gros titre de FRANCE SOIR, sur fond de palmiers, de ciel bleu à moutons blancs, et de sable immaculé face à une mer d'huile. Le paradis existerait donc sur terre, certains auraient même le privilège d'y gouter. Il est parfois "artificiel" quand il prend la forme dentelée d'une feuille de cannabis. "Dans le Loiret, on fume gratis" nous annonce LIBERATION, qui consacre un article à ces militants libertaires de la région d'Orléans ; ils cultivent l'herbe "biologiquement" puis la distribue gracieusement. Nestor, présenté comme l'idéologue du groupe, s'oppose à la "légalisation du cannabis" : ... "Nous ne sommes pas favorables à ce que l'Etat mette son nez là dedans et édicte sa loi". Il ajoute : "Nous continuerons de toute façon pour que les consommateurs n'aillent ni financer un Etat hypocrite, ni des réseaux mafieux". La presse quotidienne régionale (plus que la presse nationale) ce matin s'interresse beaucoup à la "polémique" (le mot revient partout) que suscite le déplacement de Nicolas Sarkozy en Egypte à bord d'un avion prêté par le milliardaire Vincent Bolloré. Dans MIDI LIBRE, Roger Antech ne fait pas dans la dentelle quand il décrit - je le cite - "Les Ray Ban, la Rollex, la chemise dépoitraillée, la petite chaine en or"... Pour mon confrère : "tous les attributs d'une présidence 'kéké' sont donc à nouveau réunis". "Kéké" : c'est le titre de son éditorial. A sa manière, sans doute, le dessinateur Cabu signe un éditorial... Dans une vignette qu'il livre à CHARLIE HEBDO, on voit le chef de l'Etat, des dossiers "pouvoir d'achat", "université", "hôpitaux" planqués dans le dos... Du doigt, il montre la lune, elle ressemble à une paire de fesses agrémentées d'un string, à moins que ce ne soit un "brésilien"... la langue pendante, les yeux exhorbités, les badauds regardent cette astre suggestif qu'indique du doigt le président... Illustration de ce que l'on a coutume de présenter comme un proverbe chinois : "Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt". A la Une du FIGARO, ce titre : "Municipales... L'UMP recrute 500 candidats d'ouverture". Une liste de candidats venus de la gauche ou du centre aurait été soigneusement établie par le parti présidentiel... "... L'UMP ne compte pas que sur des alliances à gauche" précise de son côté L'HUMANITE qui nous dit que "le FN 'aussi' attend l'ouverture".

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