Le hasard, parfois, fait tout de même bien les choses.

C’est ce qu’on se dit à la lecture du billet que signe Alain Rémond dans LA CROIX. « Par hasard, relate-t-il, je suis tombé sur cette citation de Montaigne… »

C’est une citation tirée des Essais. Nous sommes donc au 16ème siècle, lointaine époque mais les mots pourraient avoir été écrits hier ou avant-hier… Voilà donc la phrase de Montaigne : aujourd’hui, « nous ne faisons que nous entregloser »… Sous-entendu, s’amuse le chroniqueur : « gloser sur les gloses des autres glosant eux-mêmes sur les gloses et les entregloses de tous les gloseurs sachant gloser ». Or, poursuit-il,« que pourrait donc dire Montaigne aujourd’hui ? » Réponse : exactement pareil. Sachant qu’avec le développement de la presse et de l’édition, de la radio, de la télé, suivi de l’explosion d’Internet, les médias numériques et les réseaux sociaux, l’entreglosage bat désormais tous les records… Nous passons l’essentiel de notre temps à réagir à telle prise de position, telle polémique, tel clash provoqué par un commentaire sur une déclaration… Glose et reglose et glose encore… « Nous sommes tous devenus des entregloseurs compulsifs, maniaques et délirants », conclue Alain Rémond, tout en reconnaissant que lui aussi apporte, avec son billet de LA CROIX, sa« modeste contribution à la glose de l’entreglose ».

LA CROIX qui, ce matin, fait sa Une sur l’histoire des vaccins. Sa Une et un dossier, pour répondre à ceux qui contestent la mesure décidée par le gouvernement. Dès le 1er janvier, onze vaccins deviennent obligatoires pour les enfants naissant à partir de cette date. Une décision qui a donc suscité les critiques, vives critiques des opposants à la vaccination… Déclarations et commentaires… Des polémiques, des clashs… Ils ont multiplié les propos alarmistes… Les vaccins seraient « dangereux ». Ils épuiseraient le système immunitaire, ils provoqueraient l’autisme ou la sclérose en plaque et ils augmenteraient même les risques d’une mort subite du nourrisson… Faux, entièrement faux, rétorquent les experts, les médecins et les scientifiques interrogés par le journal…Tous se désolent de la défiance actuelle d’une partie de nos concitoyens… Et ils rappellent que tous les vaccins permettent de sauver des vies. Il y a deux siècles, en 1800, sur 1.000 enfants nés en France, 300 d’entre eux mourraient de maladie infectieuse avant l’âge de 1 an… Désormais, on en compte 100 fois moins : 3 enfants sur 1.000. Pas sûr, cependant, que ce chiffre suffise à faire les polémiques – les gloses et les entregloses, ainsi que l’écrivait Montaigne.

Dans la presse, ce matin, on glose aussi beaucoup autour du président de la République. Président qu’on retrouve en photo dans une bonne partie des journaux… Il passe actuellement quelques jours de vacances au ski, dans la station de La Mongie, dans les Hautes-Pyrénées, station qu’Emmanuel Macron connaît depuis son enfance, relèvent LES ECHOS, en précisant qu’il y allait quand il rendait visite à grand-mère maternelle, qui habitait non loin de là… Et on le voit donc en photo en tenue de ski à la Une de LA DEPÊCHE DU MIDI… « Un retour sur les pistes de son enfance », commente le quotidien… Même photo dans MIDI LIBRE, et à la Une de LA NOUVELLE REPUBLIQUE DES PYRENEES, il apparait cette fois, pleine page, prenant la pose à côté d’un ami berger. « Vacances très familiales », titre sobrement le journal…

Des titres et des photos qui donnent, dès lors, tout leur sens aux mots que l’on peut lire en Une de L’HUMANITE : « Ces médias frappés de macronmania »… Ce qui donne, en pages intérieures : « La presse et Macron : la légende plutôt que la réalité »… Et là, ce sont des micros que l’on peut voir, sous le visage du chef de l’Etat : micro Europe 1, micro RTL, micro France Inter… Cela dit, ce ne sont pas vraiment les radios qu’incrimine le dossier, ni même la presse régionale. Plutôt les journaux nationaux et la presse magazine : LE FIGARO, LE MONDE, L’OBS, LE POINT, L’EXPRESS, VSD… sans oublier PARIS MATCH, « pas le dernier à donner dans la macronmania » si l’on en croit L’HUMA, qui cite d’ailleurs une phrase d’un des rédacteurs en chef de Match, Gilles Martin-Chauffier, chargé des pages Culture : « _Macron n’a pas encore de résultats, mais il a mieux : un style_. »

Mais n’est-il que cela ? Est-il juste « un style » ? Non, il est davantage, mais, de fait, comme l’explique François Bazin dans L’OPINON, « _Emmanuel Macron est d’abord et avant tout un Président de mise en scène. » Il faut lire l’interview qu’il donne à Ludovic Vigogne : deux journalistes qui s’interrogent sur le pouvoir et sur un homme, c’est de la glose intelligente… François Bazin explique que le macronisme est une forme de narcissisme : il est dans la représentation… Pour preuve, la cérémonie du soir de sa victoire. Qu’a-t-on retenu de son discours ? Absolument rien. Mais on a retenu l’image : le Louvre, la pyramide et un homme seul qui place ses pas dans ceux de l’Histoire…  En somme, il a joué au héros. Cela étant, note Bazin, s’il avait fait campagne sous le signe de la séduction, il préside dorénavant sous celui de l’autorité. « Le sourire est le même, mais la poigne s’est resserrée. »_

Et la poigne, on peut la percevoir notamment dans LE CANARD ENCHAINE. On en parle depuis hier, on ne s’étendra pas… Mais tout de même, allez lire. « Contrôle des chômeurs : le plan que prépare en secret le gouvernement. » En l’occurrence, il s’agirait donc d’un contrôle plus sévère : surveillance renforcée, doublement des sanctions si le demandeur d’emploi ne recherche pas vraiment d’emploi, obligation de remplir un rapport d’activité… Dessin savoureux de Diego Aranega. Un chômeur en panique devant son ordinateur, et derrière son épouse qui s’adresse aux gosses : « Silence, les enfants ! Papa travaille sur son rapport qui doit raconter le travail qu’il a pour trouver du travail ! » Sur ce sujet-là, on n’a pas fini de gloser.

Et sur le harcèlement sexuel, il y a malheureusement encore matière à gloser… Malheureusement ou heureusement, parce qu’on en parle et ça, c’est bien, même si cela conduit parfois à ce que certains estiment être de grands excès. Pour preuve, cette question à la Une du MONDE : « Fallait-il effacer Kevin Spacey du film de Ridley Scott ? » Après la révélation de faits d’agressions sexuelle, l’acteur américain a été supprimé en catastrophe et remplacé – à très grand frais – dans le film « Tout l’argent du monde ». Ridley Scott a retourné les scènes où il apparaissait. Fallait-il aller jusque-là ? Le quotidien s’interroge… Et de son côté, LIBERATION répond que toute façon, le film est très mauvais.

LIBERATION qui, pour sa part, pose une autre question : « Sus au porno ? », interroge-t-il à sa Une. Accusé par le chef de l’Etat de véhiculer auprès des plus jeunes une image négative des femmes et de favoriser, du coup, les violences à leur encontre, le cinéma porno, et les sites pornos doivent-ils être régulés ? Oui. Régulé, pour protéger les enfants. Mais c’est l’éducation qui prime, répondent, en substance, différents spécialistes.

Enfin, LE PARISIEN nous propose ce matin un dossier sur « les mots de l’année », les mots qui ont donc marqué 2017, et c’est intéressant, parce que ces mots racontent vraiment les événements qui ont traversé l’actualité. Des mots politiques, tout d’abord – beaucoup de mots qui contiennent le suffixe « -isme »… On parle de trumpisme depuis l’élection du président américain... On a parlé de jusqu’au-boutisme pour François Fillon – il refusait d’abonner la course à la présidentielle, parlé aussi de dégagisme, un terme inventé, semble-t-il, par Jean-Luc Mélenchon… Quant à l’actuel ministre de l’Education, il a créé l’alambiqué en-même-temps-tisme – référence au en même temps si cher à Emmanuel Macron… De lui, on retiendra d’ailleurs sa poudre de perlimpinpin lancée face à Marine Le Pen lors du débat du second tour… Et on retiendra Jupiter ou encore croquignolesque…  Du côté des mots moins vieillots : notons ubérisé, bitcoins, intelligence artificielle… Et puis il y a d’autres mots qui racontent des faits de société : le mot harcèlement, on y revient… Ou le mot-clé balance ton porc, qui a servi de cri de ralliement aux femmes souhaitant dénoncer les agressions sexuelles. Un choix « dans la tradition gouailleuse de la rue française, comme une éruption volcanique », estime la sémiologue Mariette Darrigrand… C’est important, les mots : ça permet, parfois, de faire plus encore que gloser.

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