Le "courage inouï", dit le Monde, d'une professeure de droit en Chine qui sur les réseaux sociaux met en pièces la reconnaissance faciale. Liverpool dans un musée de l'esclavage, affronte la vérité de son passé négrier, Mediapart. En France, l'Express avertit contre l'arrivée possible des "études post-coloniales".

On parle de championnes ce matin...

Et de champions aussi…

Dans la dépêche où je vois Tony Moggio, un colosse autre fois rubgyman et qui a traversé cette année le golfe de Saint-Tropez à la nage, à la seule force des bras, Tony est tétraplégique depuis 2010 et n'en a pas moins persévéré à sculpter son corps et à bronzer son âme, 

Dans le parisien où un grand jeune homme mince tutoie l'invraisemblable, Jonathan Jeanne, jeune géant français qui aurait dû devenir une star du basket américain, mais en fut empêché parce qu'atteint du syndrome de Marfan qui peut provoquer une dilatation de l'aorte, mais Jonathan joue quand même au Danemark, au risque de sa vie 

Je vois des champions des championnes dans l'Equipe qui comme chaque décembre couronne les sportifs de l'année, et  les lire  web et papier nous confirme l'intensité de ces êtres d'exception. 

Si Raphael Nadal champion de l'année semble sans mystère métaphysique, il est aussi une mécanique humaine de haute précision qui a simplifié son geste au service en en pliant moins les jambes ce qui soulage ses articulations, ce n'est pas rien... Mais son dauphin le pilote de F1 Lewis Hamilton est un homme complexe,  jet-setter fan de mode qui a dessiné un vêtement en hommage à Karl Lagerfeld mais que l'extinction des espèces hante et que son âme tourmente, ainsi l'illustre le crucifix tatoué sur sa peau sombre de champion noir qui s'est aussi tatoué un poème, « Still rise », toujours je me relève, d’une figure du mouvement des droits civiques américains.. 

Il a Hamilton la peau en commun avec Simone Biles, gymnaste acrobate au double salto arrière avec triple vrilles et autres défis à la gravité, Biles championne des championnes, qui dépasse tous ses contemporains par la conscience de sa démesure, « Je me demande parfois comment je fais, j'ai l'impression que ce n'est pas moi et j'aimerais bien sortir de mon corps pour être le témoin de ce qui se passe ». Elle a survécu à une famille chaotique, aux préjugés de race dans la gym,  à des agressions sexuelles, elle a solidifié son corps et travaillé la poutre, elle fait l'admiration de Michele Obama qui voit en elle celle qui brise les barrières... 

Sa dauphine Megan Rapinoe, meilleure footballeuse du monde, est racontée dans l'Equipe non pas comme la militante, cette histoire on la connait, mais comme la trentenaire qui autrefois quand elle jouait à Lyon aimait le bon vin la bonne vie et qui a tout changé, pris au sérieux l'alimentation et la musculation..  Le prix que l'on paye.

A quelques pages des championnes, il est drôle  de lire dans l'Equipe la suite d'une série sur les WAGS, wives and girlfriends, des footballeurs anglais, qui sont là-bas un mythe, aujourd'hui Collen Rooney qui a 16 ans rencontra à Liverpool Wayne qui en avait 17, déjà footballeur et l'invita Austin Powers, il y eut un mariage des aléas, et la révélation d'une guerrière. Coleen d'une ruse a confondu Rebeka Vardy, autre wag, épouse d'une vedette de Leicester, qui faisait fuiter des fausses infos sur elle dans le Sun, journal poubelle. Il est bien des guerres aux femmes bien nées.

Et on parle encore Liverpool dans Mediapart...

Liverpool dont la légende aimable est soudain un peu moins belle. Savez-vous d'où vient le nom de cette rue, Penny Lane, que les Beatles chantaient. D'un monsieur Penny, marchand d'esclaves de son état, mort en 1799, qui défendit la traite négrière devant une commission du parlement britannique et fut donc un acteur et un héros du commerce triangulaire qui fit la prospérité de Liverpool, premier port négrier européen au XVIIIe siècle. Mediapart raconte comment des militants ont amené une ville à affronter sa vérité, que chacun visite dans un musée international de l'esclavage, le seul en Europe, qui est aussi le soulagement des noirs qui y vivent aujourd'hui. A Glasgow et à Londres sont en projet des musées similaires. « Tous les Londoniens doivent pouvoir retrouver leur histoire dans les musées et les institutions culturelles de la ville », a dit le maire de Londres Sadiq Khan, telle est l'Angleterre qui suit l'exemple américain, où l'on parle d'une histoire noire et où les études post-coloniales, qui font le lien entre nos affres et nos fantômes ne sont pas interdites...

Y viendra-t-on en France? L'Express l'envisage mais le redoute; le patron du Conservatoire national des arts et métiers Olivier Faron, veut mettre la France aux post-colonial studies  "La France a été l'un des principaux pays coloniaux, et c'est comme si tout s'était arrêté après, comme si nous n'étions pas capables de porter ce sujet extrêmement important qui est de mieux comprendre le fait colonial et de mieux analyser le postcolonial." 

Il compte Faron s'allier au CNRS pour avancer, mais l'Express redoute que ce soit  une aubaine pour les "obsédés de la race", historiens ou militants qui ne liraient plus l'histoire qu'à cette aune, qui taxeraient notre pays de racisme institutionnel... Et l'Express accueille un texte au vitriol sur son site, contre les "bonimenteurs du post-colonial", il est emmené par Laurent Bouvet, politologue et fondateur du Printemps républicain et par l'historien Pierre Taguieff. Cela semble querelle picrocholine mais c'est un querelle fondamentale, qui sommes-nous que nous racontons-nous...

Et le courage d'une femme pour finir...

Qui vient de Chine et qui est d'un courage inouï me dit le Monde, elle s'appelle Lao Dongyan, professeur de droit à l’université de Tsinghua, elle a posté sur les réseaux sociaux chinois un long article pour dénoncer la reconnaissance faciale que le régime impose et veut installer jusque dans le métro de Pékin. Le texte est vibrant et implacable, il démonte le projet juridiquement et moralement, et conteste la confiance que le bon citoyen doit placer ans les autorités. 

« Les personnes qui contrôlent nos données ne sont pas Dieu. Elles ont leurs propres désirs et leurs propres faiblesses. De plus, on ne sait pas comment elles vont utiliser nos données personnelles ni comment elles veulent manipuler nos vies. Sans vie privée, il n’y a pas de liberté." Et à ceux qui lui diraient que sa démarche est inutile, elle répond: « Même si, à la fin, cela ne sert à rien, ça vaut mieux que d’accepter docilement d’avoir des chaînes au pied. Au moins, on a lutté. »

Le très officiel China daily admet que la reconnaissance faciale provoque un débat national. C'est, de Chine la lumière de cette journée... 

En Bretagne lis-je dans Ouest-France, un couple a décidé lui de s'adapter à la nouvelle loi, qui bannira dès le 1er janvier les coton-tiges. Alors, ces commerçants ont réinventé le cure-oreille qui accompagnait l'homme depuis l'Antiquité et a disparu avec le plastique des années 60... Il revient, en bois breton, façonné dans une tournerie d’art près de Brocéliande.  Nous avons nous la magie et le sourire. Vous lirez dans le Figaro, le monde et surtout  Libération le magnifique portrait d'un homme magnifique, Claude Régy qui révéla Depardieu et portait le théâtre à l'incandescence du silence qui scandait ses pièces,  et de la mort qui sculpte le vivant a fini par le saisir à 96 ans, nous sommes, allez lire je vous prie, cette grâce aussi. 

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