Six satellites seront lancés ce soir de Guyane, éclaireurs de 600 engins qui assureront l'internet universel, le Figaro. Uchronies et terreurs de l'internet de 2050 dans l'excellent Usbek et Rica. Mike Godwein, dans le Monde, nous rassure. Le destin cruels de tunisiens exploités dans le Cognaçais, l'Humanité.

On parle d'espace ce matin... 

Et le Figaro nous dit l'ambition infinie du genre humain qui veut cercler le ciel de nouveaux satellites pour parachever son emprise, cela commence ce soir à Kourou en Guyane où, une fusée russe commercialisée par Arianespace va mettre sur orbite à mille kilomètres 6 engins de 150 kilos, les éclaireurs d'une constellation de 600 satellites qui permettra d'assurer un internet haut débit universel... C'est le projet OneWeb, que concurrence déjà Space X du fameux milliardaire Elon 

Musk qui veut lancer 12000 satellites, et le Figaro s'inquiète des débris de satellites qui vont polluer l'espace... 

Et nous voilà voués à la crainte quand on pourrait s'émerveiller de cette utopie, relier à internet plus de 4 milliards d'êtres humains qui pour l'instant en sont privés.

 L'excellent trimestriel Usbek et Rica imagine ce que sera l'internet de 2050 dans des uchronies implacables... En 2050, Internet sera universel mais divisé en compartiments étanches, et l'indien Rahul, connecté par une ONG à l'internet de Facebook, ne pourra pas proposer les drones agricoles qu'il invente à Yayikorio qui monte sa micro ferme au Tchad, mais est sur l'internet de Space X :  il faudra qu'Amazon fasse le lien et le commerce... En 2050, le passé et la mémoire de l'humanité seront les otages des ordinateurs tout-puissants des tout puissants, qui remodèleront l'histoire à leur avantage. On tremble ? 

Philosophie magazine consacre son numéro à la mémoire, et mobilise John Locke, « Essai sur l’entendement humain », 1683, a Proust et sa Recherche du temps perdu, pour explorer les trous, les failles, les réinventions, de cette mémoire qui nous rend humain :  internet nous volera l'hippocampe? 

Dans la Voix du Nord, je lis un chouette papier sur une famille, les Béra, qui animent depuis 1880 l'harmonie de Catillon-sur-Sambre. Quelqu'un, par le web, voudra-t-il un jour modifier ce passé? 

Dans le Monde un homme vient nous apaiser, Mike Godwin, 62 ans, dont le nom est une maxime du web, « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche.. » Au début des années 90, Godwin était effaré de la violence des discussions en ligne; mais il n'a pas peur pourtant, l'historien. "A chaque fois qu’un nouveau média arrive, la première réaction est le bonheur intégral : les gens s’enthousiasment (mais très vite arrive) le contrecoup , la peur et l’anxiété". Ce fut vrai du téléphone, cette intrusion à domicile, ce fut vrai de la télévision, c'est d'autant plus vrai d'internet, et c'est compréhensible mais irrationnel... Et l'universitaire un sage, nous conseille tout de même de fermer les notifications quand vous travaillez en ligne pour pouvoir se concentrer... Simple, non? 

On parle d'ouvriers viticoles en France...

Si loin des étoiles, des ouvriers saisonniers venus de Tunisie et qui seraient devenus des esclaves modernes au pays du Cognac, c'est la une de l'Humanité qui intéresse à ceux qu'on ne regarderait pas... Ici, donc Ali Mehdi et Karim qui la fin de l'an dernier, ont cru trouver cocagne en Cognac,, 35 heures par semaine; 1400 euros par mois dans un contrat, validé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour rejoindre l'entreprise des frères Métayer, à Graves saint amant, qui recrute des étrangers et les loue à des exploitants. 

Et puis, patatras En vrai, des fiches de paye entre 200 et 1000 euros, l'employeur s'agace quand un ouvrier tombe malade et finalement renvoie ses tunisiens, Ali qui venait d'arriver a reçu 5.59 euros pur quatorze heures de travail en solde de tous comptes... L'histoire s'arrêterait là si les tunisiens n'avaient pas rencontré des militants de la CGT. On est exactement ici dans l'univers et la fonction de l'humanité... L'article est signé Ixchel Delaporte, qui a déjà écrit un livre et publié des enquêtes sur les dessous sociaux des grands crus du Bordelais.

 Mais le méchant de l'affaire, le patron, ne l'est pas forcément; J'ai retrouvé dans la mémoire des journaux un article de la Charente libre il y a 3 ans et demi.  Jean-Luc et Joel Métayer venaient d'obtenir une étoile de l'économie du journal, ils venaient en aide avec leurs intérimaires à des exploitants âgés, Jean-Luc Métayer avait inventé une machine pour planter des pieds de vigne. Est-ce le même homme qui dit à une militante de la CGT que "contrairement aux roumains qui ne font pas d'histoire, les tunisiens sont fainéants" ? 

Quelque chose chez nous s'est déréglé. Vous le sentez, ce dérèglement, dans la transgression de l'Express, qui titre "Nous les petits blancs", avec la photo d'une épaule tatouée d'un coq, et l'abandon et la colère de la France périphérique devient ici ethnique, on parle des blancs, et d’un dessinateur violent Marsault, qui  draine l'admiration de fascistes et d'une France perdue... 

Charlie hebdo veut combattre les obsessions identitaires et cette manie de tout ramener aux origines et ce n'est pas qu'une affaire de blancs... 

Mais Libération, ressuscite sur deux pages une femme aux traits doux, Paulette Nardal, qui venait de Martinique et fut avec Senghor et Césaire de ces intellectuels qui au siècle dernier inventaient la négritude, une fierté des origines qui était une manière alors de raconter ceux qui n'intéressaient personne... 

Et des photographies venues d'Angleterre pour finir.

Qui disent mieux que tout le drame du Brexit. Sur le site Mediapart, des photographies du peuple de Blackpool, au Nord de l'Angleterre, au bord de la mer, qui l'été se peuple d'amateurs de casinos, et l'hiver est battue par le blizzard, , voici le désarroi d'un couple de retraités emmitouflés pour se prémunir du vent et de l'immigration, une secrétaire au rouge à lèvre juste un peu trop criard, des corps trop gros, un tee-shirt floqué du lion dérisoire de l'Angleterre et des cheveux rouges. 

Parler de ceux qu'on ne voit pas. Le Monde diplomatique publie une longue enquête sur l'abandon des personnes âgées dans les Ehpad, c'est aussi la Une du Parisien, qui raconte une belle historie... C'est en racontant sa grand-mère Suzanne, dans un texte puis un livre, que Frédéric Pommier a mis en lumière les anciens.

 Frédéric Pommier est de notre maison, il fait le week-end le travail que je fais en semaine, et les photos de Blackpool sont de Céline Villegas, qui participe à la constriction de cette matinale,  et c'est bonheur de citer des amis dans une revue de presse qui n'existe que du talent des autres.

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