Saviez-vous, Nicolas, que le plancton crépite ? Oui : le plancton crépite, la murène grogne et l'étoile de mer soupire... Tout ça, on l'entend dans "Océans", le film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, aujourd'hui au cinéma... On entend et on voit : une raie-manta s'élancer comme un cerf-volant, une pieuvre violacée esquisser une danse des sept voiles... On voit des oursins-diadème, des seiches psychédéliques et des coraux hallucinants... Toutes ces expressions, je les ai tirées des critiques du Monde et de Télérama, ce matin. "'Océans', l'opéra sauvage" : c'est le titre de Libération. Et en page intérieure, une scène de cet opéra : l'incroyable "labre à tête de mouton", quasiment indescriptible : corps de poisson prolongé d'une double bosse avec des yeux au milieu. "Non, cent fois non : ce n'est pas un film animalier de plus, écrit Pierre Vavasseur dans Le Parisien-Aujourd'hui : c'est une immersion en eaux encore plus profondes dans la fascination". Tous vos journaux donnent les détails de cette incroyable aventure technique et humaine : quatre ans de préparation, quatre ans de tournage, et des engins (aussi improbables que le "labre à tête de mouton") comme cette caméra-torpille ou ce scooter sous-marin qui permet de suivre les grands mammifères à fond la caisse. Et puis il y a les mots de Jacques Perrin, le co-réalisateur... C'est "l'honnête homme et la mer", comme le titre Le Monde. Pas de prêchi-prêcha écolo, pas de discours sur la fin du monde : juste un regard émerveillé et des propos simples. "On sait que plus d'un tiers des espèces végétales et animales répertoriées dans les océans sont menacées d'extinction. Mais il y a des raisons d'espérer. Les sanctuaires, ça fonctionne. Quand la mer est mise en jachère, que les activités humaines y sont proscrites, la vie repart". "Il n'y a quasiment pas de commentaires dans le film, poursuit Jacques Perrin. Nous n'avons pas d'autres prétentions que de faire découvrir ce monde. Nous montrons la mer comme elle n'a jamais été montrée. Ce sont des images de bonheur. Le ministre de l'Ecologie pense qu'avec ce film, il dispose d'une arme". Allez, pour le plaisir, encore une scène tirée du film et racontée dans Le Parisien... Parole à François Sarano, docteur en océanographie. Il en a vécu de belles pendant le tournage. Une baleine bleue l'a fait voyager sur sa nageoire. Et puis il s'est trouvé face à face avec Lady Mystery, un requin blanc femelle. Et c'est la Lady qui a été intimidée. Citation du plongeur : "Je vous jure qu'un animal de 5,50 mètres, qui pèse une tonne et demie et fonce sur vous à 20 km/heure, nageoires baissées à la verticale et les ouïes gonflées, c'est impressionnant. Mais si vous ne bougez pas, c'est lui qui va être impressionné : il n'a pas l'habitude d'une telle réaction. Les requins ont un cerveau de poisson-rouge". "Océans", de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud... C'est donc à partir d'aujourd'hui au cinéma. (Nicolas Demorand : "Retour à une actualité plus terre à terre, à la rubrique politique")... Machine arrière toute... Après avoir laissé entendre que l'âge légal de la retraite pourrait être reculé à 61 ans, Martine Aubry est revenue sur ses propos hier soir, sur TF1. "Elle recule avant les Régionales", titrent Les Echos. Le sujet divisait trop au PS. A en croire Les Echos, Martine Aubry n'a pas totalement abandonné l'idée, mais elle est jugée inopportune avant les élections régionales... d'où cette citation d'un membre de la direction du PS pour le moins déconcertante, en tout cas telle qu'elle est formulée dans le quotidien : "Evoquer les grandes causes nationales avant des élections, c'est toujours suicidaire". Ah bon... A quoi ça sert alors les élections ? Et on fait quoi ? On fait quoi ? Eh bien on ouvre Philosophie Magazine de ce mois-ci, sur le thème "Le socialisme peut-il renaître ?"... dossier très complet et passionnant de vingt pages, avec notamment l'interview d'un essayiste italien : Raffaele Simone. Il a publié un article marquant dans la revue Le Débat, intitulé "Pourquoi l'Occident ne va pas à gauche". Et il détaille ses thèses dans Philosophie Magazine. "Le socialisme est en déclin en Europe, car il défend le renoncement et l'austérité face aux séductions de l'abondance. Nos sociétés ont adopté les valeurs du consumérisme. Les pauvres désirent s'enrichir et consommer comme les riches, et non plus s'unir dans des luttes collectives. Or, l'idéal socialiste prône le renoncement : renoncer à une partie de ses revenus en payant des impôts, freiner la production et la consommation pour protéger l'environnement. Cet effort, plus personne n'est prêt à le consentir". Voilà une idée assez provocante, mais qui a le mérite de nourrir le débat. (ND : "Alors commentaires, ce matin, sur le recul de Martine Aubry... mais aussi, encore, sur la prestation de Nicolas Sarkozy lundi soir")... Aussi fort que Jack Malone (l'inspecteur de "FBI Portés disparus") et Dark Vador (de "La Guerre des Etoiles")... Face à ces concurrents très sérieux, Nicolas Sarkozy a réuni lundi 8,6 millions de téléspectateurs. Il "gagne le pari de l'audience", pour Le Figaro, qui est allé voir comment les conseillers de l'Elysée avaient jugé la soirée. Eh bien, ils se frottent les mains. "Le face à face avec les Français était un dispositif assez simple, et il a marché. Cela prouve que la parole du Président n'est pas usée. Il n'y a pas beaucoup d'hommes politiques qui pourraient tenir 112 minutes d'échanges". Et en plus, il a emporté l'adhésion, selon un sondage de l'institut CSA pour Le Parisien : 57% des télespectateurs l'ont trouvé convaincant. Ils sont majoritaires sur le sujet de l'emploi et des retraites. Ils sont minoritaires sur l'affaire Proglio et le pouvoir d'achat. Et pourtant, L'Humanité n'a vu que "mensonges et approximations" dans la prestation du Président. Presque chaque jour, Libération relève les mensonges et approximations des hommes politiques, dans une rubrique qui s'appelle Désintox. Et, de fait, à en croire Cédric Mathiot, sur le taux de prélèvements obligatoires, le taux d'emploi des seniors et le CV anonyme, le Président a pris ses distances avec les faits. Il a également, encore une fois, parlé d'un bouclier fiscal allemand, qui n'existe pas. Et puis il y a cette phrase, relevée par Les Echos : "Je suis prêt à envisager la titularisation progressive des contractuels dans la fonction publique"... Elle a surpris tout le monde, à l'heure des réductions d'effectifs. C'est une revendication récurrente des syndicats de fonctionnaires. Ce matin, dans Les Echos, des représentants de Bercy temporisent : le gouvernement privilégierait une autre piste : transformer les actuels CDD en CDI de droit privé. Il y a des communicants qui ont dû s'arracher les cheveux depuis lundi soir... Enfin, tout dernier point, à la marge mais les sites Slate.fr et Rue89 y accordent de l'importance : la façon dont le chef de l'Etat s'est adressé aux onze Français en plateau avec lui. En résumé : pour une partie des hommes, il les a appelés par leur nom de famille. Le prénom était réservé aux femmes et aux représentants des minorités dites "visibles". Voilà ce que ça donne dans un montage réalisé par Rue89... Ca ressemble à du Caroline Cartier... (Montage audio) Evidemment, le montage accentue l'effet. En tout cas, la soirée n'a pas été perdue pour les onze, notamment M. Le Ménahes, ce métallo CGT qui a tenu tête au Président et qui est devenu la coqueluche du Web... C'est sans doute une coïncidence, mais elle est frappante, et Ouest-France l'a relevée. Hier, au lendemain de l'émission, la fonderie de Bretagne où il travaille a reçu un chèque de plus d'un million d'euros, du ministère de l'Aménagement du Territoire. La somme permettra de créer 16 emplois et d'en reprendre 400 autres. Allez, à propos de paroles politiques, pour finir... Dans le dernier numéro de la revue Sciences Humaines, une double page sur la rhétorique en politique. Le philosophe Pierre-Joseph Salazar y compare la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et la France... En Grande-Bretagne, c'est sauvage et joyeux. Les orateurs s'attaquent avec plaisir, et un débat politique est apprécié comme un match. Symboliquement, au Parlement, les conservateurs et les travaillistes se font face. Aux Etats-Unis, c'est plus soft et hypocrite. On ne traite jamais son adversaire de "menteur". On l'écoute. Civilité et démocratie vont de concert. En France, on parle de "théâtrocratie". La politique se caractérise par une dramatisation de la parole. L'essentiel du travail, au Parlement, s'exerce dans le feutré des commissions. Ensuite vient la mise en spectacle dans l'Hémicycle. Pour déjouer les trucs des orateurs, le philosophe suggère des cours de rhétorique à l'école, pourquoi pas en éducation civique. Et il termine sur cette citation de Clemenceau en 1888 : "Gloire aux pays où l'on parle, honte aux pays où l'on se tait". Les hommes politiques parlent. Et pendant ce temps, le plancton crépite... Bonne journée...

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