Patrick Cohen : A la Une ce matin, un flingue dans la sacoche... Bruno Duvic : Sacoche du postier, cartable du prof, attaché-case du conseiller ministériel... La fonction publique, le service public, sont l'objet de débats au lance-flammes, cette semaine dans la presse. Un flingue dans la sacoche, ce n'est pas seulement une image... A la Une de L'Humanité, ce chiffre : 70 suicides à La Poste. 70 sur l'année et demi qui vient de s'écouler. C'est deux fois plus que chez France Télécom-Orange pour une durée équivalente, écrit L'Humanité. L'Huma détaille le cas de trois agents. A chaque fois, eux-mêmes avant de se donner la mort, ou leurs proches après, ont mis en cause leurs conditions de travail. Faut-il faire un lien ? Il y a pratiquement un an, La Poste, ce bastion du service public à l'ancienne, devenait une Société anonyme. Pour L'Humanité, elle est désormais entrée dans le monde de la concurrence à tout crin, du management dur, des cadences infernales et des logiques libérales en contradiction avec les valeurs et l'éthique du service public. "L'affaire France Télécom a levé le voile. Celle de La Poste sera plus grave encore », écrit Jean-Emmanuel Ducoin dans l'édito. La Poste réfute formellement qu'il y ait un rapport entre ces suicides et les conditions de travail. Le Nouvel-Observateur consacre trois pages, cette semaine, à la nouvelle vie des facteurs. Et Natacha Tatu défend la façon dont la direction gère la révolution culturelle en cours. Certes, écrit-elle, les postiers sont désormais soumis à plus de mobilité. Mais les règles du jeu, renforcées depuis les drames de France Télécom, sont claires. Ici, pas de mobilité forcée, pas de mutation à plus de 30 km, et un délai d'au moins 18 mois est obligatoire entre les réorganisations qui doivent se faire sous la houlette des médecins du travail. Mais, il y a bien une hantise du syndrome France Télécom à La Poste. Patrick Cohen : "Alors fonctionnaires : les vraies réformes, c'est pour quand ?"... Bruno Duvic : Sous ce titre provocateur, le mensuel "Capital" présente un dossier de 22 pages sur la Fonction publique. C'est un enfer absolu qui est décrit, de quoi faire bondir les fonctionnaires qui ouvriront le mensuel. "Ils nous coûtent de plus en plus cher, ils sont toujours absents de leur bureau. Un exemple : en moyenne, les agents de la commune de Bastia sont malades 44 jours par an". Enfer de bureaucratie : il faut 8 signatures pour changer un radiateur dans un collège ! Conditions de travail déplorables. Là encore, un exemple : au tribunal de Perpignan, le portail qui mène au garage est trop bas pour les fourgons de police. Les vraies réformes, c'est pour quand ? Les gouvernements de droite se sont attaqués au sujet ces dernières années. Mais là aussi, "Capital" est impitoyable. Le fameux slogan : "un fonctionnaire sur deux à la retraite pas remplacé" n'a permis que de petites économies selon le mensuel. En 2008-2009, on en attendait 500 millions d'euros d'économie. Bilan : seulement 70 millions. Patrick Cohen : Un flingue dans la sacoche, suite... C'est maintenant le cartable qui est chargé... Bruno Duvic : A la Une du Point, cette semaine, "Ceux qui massacrent l'école"... L'hebdo publie les bonnes feuilles du livre de la journaliste Sophie Coignard sur l'Education Nationale. On connait le constat : les enfants qui arrivent en 6ème sans savoir lire correctement, la réforme du collège toujours reportée, les bacheliers en situation d'échec : 1 sur 2 au terme du premier cycle à l'université. Et pour Sophie Coignard, il y a carrément un complot... "Un pacte immoral", c'est le titre de son livre... entre les élites des ministères et la nomenklatura de l'Education Nationale. Selon cette thèse radicale, d'un côté les ministres auraient renoncé à réformer pour être tranquilles. De l'autre, les pédagogues soixante-huitards auraient bradé toute exigence sous prétexte d'égalitarisme. Résultat : une école à deux vitesses. Patrick Cohen : L'hebdomadaire "Politis", lui aussi, fait sa Une sur l'Education Nationale... Bruno Duvic : Et l'analyse, dans ce journal marqué à gauche, est radicalement différente. Mais un constat est partagé avec Le Point : l'école française est de plus en plus inégalitaire, de plus en plus réservée à une élite. Pour "Politis", ce qui est en cause, c'est l'évaluation individuelle, le culte de la performance. Il remplace l'aide aux enfants en difficulté. L'éducation prioritaire l'est de moins en moins. Selon "Politis", il y a des solutions : renforcer les dispositifs d'aide intégrée dans les temps scolaires, repenser la formation des enseignants, remettre en cause l'évaluation à base de notes et améliorer le statut des enseignants. Dans Le Point, le professeur au Collège de France, Antoine Compagnon, ajoute une piste : il faut donner plus d'autonomie à chaque établissement. C'est déjà ce que préconisait un rapport datant de 1899 ! La maison Education Nationale est trop grosse pour être pilotée d'en-haut. Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Rapidement, d'autres "Une"... Après la Tunisie, l'Egypte se révolte... c'est la couverture de France-Soir et Libération... Les réseaux catholiques à la Une de La Croix et de "Challenges". Mélenchon qui accroît les divisions de la gauche dans Le Figaro. Le jeu de société qui cartonne à la Une du Parisien. La règle est simple : vous devez mener à bien un Plan social. Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est d'époque. "Chômage : la France n'en n'a pas fini avec la crise" titrent Les Echos. En revanche, le début d'année est euphorique sur les marchés financiers, dixit La Tribune. Alors, retour à notre sujet du jour... Le magazine "Le Tigre" a eu la très bonne idée de réunir trois anciens conseillers ministériels. Ils témoignent sous un prénom d'emprunt et racontent les coulisses des cabinets ministériels. On y trouve tout un tas de détails croustillants sur la libido galopante des politiques, les bonnes cantines de la République. Mais surtout, on touche du doigt un rapport au pouvoir. Les cabinets ministériels, c'est un monde de gens ultra dévoués qui bossent comme des chiens, qui sont intelligents, vifs, qui ont de l'humour. "Après ça, tout te paraît médiocre" dit l'un des conseillers. Ils décrivent la griserie, les ors de la République, les personnages balzaciens qu'on croise dans ces sphères. « Et puis, quand tu es à l'Assemblée, et qu'une loi que tu as portée pendant des mois est adoptée, tu as l'adrénaline qui bat dans tes veines ». L'envers du décor, c'est la lâcheté des politiques de base face aux puissants ministres. Dans leur dos, ils râlent. Devant eux, ils ne mouftent pas. C'est la déconnexion, presque inévitable, avec la vraie vie. Lucie était conseillère de Lionel Jospin à Matignon. Le matin, on venait la chercher en voiture, elle avait trois baby-sitters. "Quand ça s'est arrêté, hyper brutalement, dit-elle, on s'est retrouvé dans la cour. On est allé rue de Varenne au café, je ne savais plus comment je m'appelais". Il y a ceux qui profitent des réseaux pour se recaser. Lucie, elle, s'est retrouvée à l'ANPE. Retour à la vraie vie. Face à elle, une conseillère à qui elle essayait d'expliquer sa situation : "On était dans un petit box et la conseillère criait : "Monique vient voir ! Elle a bossé pour Jospin."

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