(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le grand air de la campagne

(Bruno Duvic) Devant sa télévision hier, il y avait un homme au cœur brisé. Face à face, pour le premier grand débat de 2012, son fils spirituel, celui qu'il avait appelé "le meilleur d'entre nous".

De l'autre côté celui qui lui a succédé en Corrèze et pour lequel il pourrait avoir un faible au moment de glisser le bulletin dans l'urne.

Le débat Juppé/Hollande commenté par Jacques Chirac. C'est à lire sur Rue 89 .

Et voici ce qu'écrit l'ancien président :

"Je vais vous le dire sans détour : la maison UMP brûle. Son plus brillant élément, celui qui devait tester la stature présidentielle de François Hollande s'y est cassé les dents."

Et il cite des extraits du débat

"Dire Sarko (comme l'a fait Juppé) pour obliger Hollande, en le reprenant, à prononcer le nom de Nicolas Sarkozy, est-ce vraiment du niveau de mon ancien Premier Ministre ? Aurait-il dit Chichi en public, je lui aurais botté le cul. (...)

Alain affirme n'avoir rien compris au programme fiscal et budgétaire des socialistes. Moi non plus. J'ai cru qu'il tenait le bon bout (...) Mais à ma troisième Corona, ça n'a pas loupé : excès de confiance, mépris, du mauvais Juppé. (...) Je lui avais autrefois expliqué que la TVA sociale serait un truc à emmerdes, voici qu'il s'en fait le chantre (...) Toujours droit dans ses foutues bottes (...)

Mes chers compatriotes, je vais me coucher. Vive la République, vive la France !"

Vous l'aurez compris ce texte est un faux, un exercice de style potache sur Rue 89 ....

...mais il donne le ton des commentaires après le débat et la journée d'hier

François Hollande a plutôt marqué des points, une nouvelle fois.

"Hollande en impôse", titre La Tribune . Autrement dit, il s'impose, et il augmente les impôts. Augmentation des taxes pour les entreprises et particuliers les plus aisées, c'est le premier point souligné à la Une de la presse.

« Hollande, la hausse d'impôts pour programme », s'exclame le Figaro.

« 30 milliards de prélèvements supplémentaires, François Hollande joue cartes sur table », reconnaissent Les Echos .

Pour Libération , qui élargit la focale, il est de gauche.

De gauche, en quelque sorte écrit drôlement l'édito du Monde.

C'est le deuxième point souligné dans la presse.

Hausse des prélèvements obligatoires, mais aussi restauration des services publics, place plus importante aux partenaires sociaux, pilotage de la politique industrielle. Voilà en quoi Hollande est de gauche selon Libé . Le tout dans un cadre contraint d'équilibre budgétaire. Les 30 milliards serviront au désendettement.

"Pour la première fois, commente Sylvain Bourmeau, le programme présidentiel du candidat socialiste assume la social-démocratie. François Mitterrand promettait la lune pour mieux y renoncer, Lionel Jospin, un peu honteux disait que son projet n'était pas socialiste. François Hollande ose le réalisme et la gauche à la fois ». Et Bourmeau évoque la figure de Pierre Mendès-France.

Conclusion sur ce point à Jacques Julliard, qui a bouclé son édito de Marianne avant la journée d'hier. Il est titré "L'an 1 de la République hollandaise" Il n'y a pas de gouvernement de gauche utile, pas de gauche possible sans un retour à l'honnêteté intellectuelle. Celle qui consiste à ne promettre que ce que l'on peut tenir"

Réaliste donc François Hollande, Médiapart lui en fait le reproche. Le projet social manque de souffle. Mais globalement la presse lui reconnait de l'habileté.

Cette habileté, Denis Sieffert s'en amuse dans Politis « Depuis Mitterrand, on ne sait plus si l'habileté est un vice ou une vertu mais acceptons en l'ambiguïté. »

L'habileté tient en une valse à deux temps

Le lyrisme du discours dimanche dernier au Bourget et la froideur des chiffres hier.

Est-ce qu'on tient toute une campagne de cette manière ?

Question posée par Cécile Cornudet dans Les Echos

« En conjuguant la raison et le rêve, en tentant de ménager l'électorat centristes et sa gauche, François Hollande est habile mais il ne le sera pas forcément longtemps pour chaque camp. De nombreuses zones d'ombres subsistent dans son projet. »

Déjà Patrick Appell Muller bougonne dans l'édito de L'Humanité : « à gauche ce programme ne suscitera pas d'enthousiasme démesuré. »

Toujours dans L'Huma , le maire communiste de Dieppe reste sur sa faim à propos d'un sujet au coeur des préoccupations des gens de sa ville : l'emploi.

Et le Figaro reprend les propos de Jean Luc Mélenchon : ce programme, c'est un filet d'eau tiède. Mais la critique de droite porte sur un autre point. Parmi les reproches nombreux qu'Etienne Mougeotte fait à François Hollande ce matin dans Le Figaro : « le refus des indispensables réformes de structure. La compétitivité des entreprises, la réduction du cout du travail, la flexibilité de l'emploi sont délibérément ignorées. »

Ce n'est pas une valse à deux mais à 3 temps, selon Mougeotte. Et le troisème c'est quand les 60 propositions de Hollande se fracasseront sur les récifs de l'économie mondialisée.

L'accumulation de prélèvements supplémentaires pèsera sur la croissance confirme la Tribune. Parmi les 10 questions que pose le projet, selon Les Echos :

  • le coût du travail va-t-il augmenter ? Oui. Notamment via les hausses de cotisation pour financer les retraites.

  • les prévisions de croissance sur lesquelles repose le projet sont-elles crédibles ? Pas tout à fait ; Elles sont pour le moins optimistes.

  • comment le poids des dépenses publiques sera-t-il abaissé puisque les 30 milliards de hausse d'impôt ne suffiront pas pour atteindre le zéro déficit promis en 2017 ? Mystère.

Eric Le Boucher résume sur slate.fr : les priorités de François Hollande sont claires mais dans les détails, il y a des doutes et des gros.

En tout cas après cette séquence Hollande, la campagne est bel et bien lancée. Place maintenant à Nicolas Sarkozy à la télévision dimanche. C'est quand le sol se dérobe sous ses pieds qu'il est le plus redoutable, rappelle Jean-Pierre Bédéi dans La Dépêche duMidi .

A la Une du Monde , Dilem dessine un Sarkozy couvert de pansement et le visage en sang : il pense à la défaite chaque fois qu'il se rase.

Quoi d'autre dans la presse ?

Dans La Provence , l'insoutenable drame. Mercredi soir, un garçon de 12 ans s'est donné la mort par dépit amoureux à Aix.

Chaque cas est évidemment particulier. La Provence interroge le psychiatre Boris Cyrulnik pour essayer de mettre des mots sur les suicides de très jeunes ados en général.

« Pour les moins de 13 ans on parle de crise suicidaire, des enfants qui ne savent pas maîtriser leurs émotions intenses, le passage à l'acte répond avant tout au besoin de tuer le chagrin plutôt que se tuer soi même. Les parents sont alors stupéfaits car il n'ya pas forcément de signe avant-coureur. Il suffit parfois d'un mot, une phrase pour que le passage à l'acte n'intervienne pas. Le chagrin d'amour de nos dix ans peut structurer notre profil sentimental à très long terme. »

Et puis dans Le Monde , une histoire d'époque, au temps de la rigueur et de la lutte contre la fraude fiscale en Italie.

Voici le tout premier cheval de course nationalisé. Il s'appelle Mustang Griff, son papa était Varenne l'un des plus grands cracks de tous les temps. Et son propriétaire grugeait le fisc. Les gendarmes financiers ont donc place le gendarme sous séquestre.

Mustang Griff trainera-t-il bientôt un sulky aux couleurs de l'Italie ? Ca aurait de la gueule. Mais 1 il est pour l'instant au Canada. Mais surtout, petit 2 à cause des coupes budgétaires les 44 hippodromes italiens sont menacés de fermeture. Histoire d'époque, on vout dit.

Bon week-end !

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