« S’il-vous-plait… Dessine-moi un mouton ! » C’est le Petit Prince qui demande ça à l’aviateur, qui vient de tomber en panne dans le Sahara. Pas âme qui vive alentours. Pas même un chameau…

Mais il y a ce petit bonhomme tout à fait extraordinaire. Une apparition, avec un long manteau et des yeux tout ronds d’étonnement. « S’il-vous-plait… Dessine-moi un mouton ! » Vous connaissez la suite : Antoine de Saint-Exupéry, qui s’y reprend à quatre fois. Son premier dessin montre un mouton trop malade. Le deuxième, c’est un bélier. Le troisième est beaucoup trop vieux. Mais finalement, le quatrième convient à l’enfant. L’aviateur n’a pourtant représenté qu’une simple boîte, suite à quoi il a ajouté : « Le mouton que tu veux est dedans »… Le Petit Prince penche la tête vers le croquis. Le mouton, il le voit : « Tiens, il s’est endormi… »

C’est formidable, le dessin. On peut tout dire dans un dessin. Tout suggérer, tout expliquer, parfois d’un simple trait de plume. Et, même si les dessinateurs, comme les auteurs de BD dénoncent la « précarisation croissante » de leur métier – plus d’un tiers d’entre eux vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté – la bande dessinée n’en demeure pas moins le secteur le plus créatif de l’édition française. Un secteur qui, depuis jeudi, s’est donné rendez-vous dans les rues d’Angoulême. C’est le 45ème festival de la BD d’Angoulême. Et, pour l’occasion, une nouvelle revue sera présentée.

LES ARTS DESSINES. Une revue qui raconte comment le dessin est source de création. Formidable revue, vraiment. On y parle de Sempé et d’Yves Saint-Laurent, de Loustal et de Picasso : 160 pages où l’on découvre celles et ceux qui transforment le dessin en art. En l’occurrence, surtout des hommes. Mais LES CAHIERS DE LA BD, autre nouvelle revue, pose à sa Une cette question : « Les femmes sont-elles l’avenir de la bande dessinée ? » Et la réponse est « oui », assurément « oui ». En précisant que désormais, on parle aussi, souvent, de « romans graphiques ».

Et ce sont des « enquêtes graphiques » qu’on retrouve d’ailleurs dans deux autres revues, dont chaque numéro se dévore de la première à la dernière page. Numéro 18 de LA REVUE DESSINEE. Passionnant de bout en bout… « Silence au bout du fil » : une enquête sur le scandale des parafoudres radioactifs… Depuis des dizaines d’années, des dizaines de cancers chez les salariés qui travaillent dans les Télécoms. Et les soupçons se portent sur les « parafoudres », des petits tubes en apparence totalement inoffensifs pour ceux qui les installent sur les poteaux téléphoniques. Mais ils ont chargés de radon, un gaz radioactif. Enquête, donc, sur un scandale sanitaire en gestation. On tourne les pages : _« Lieu de pouvoir »,délicieuse plongée dans un endroit confidentiel. Des verres et des conciliabules : il s’agit de la buvette de l’Assemblée Nationale. On tourne encore les pages : « La combine en béton »_ : une enquête sur l’appétit immobilier des grands groupes d’hypermarchés. Passionnant, là encore, alors que Carrefour vient d’annoncer la mise en place d’un plan de départ de 2.400 salariés. 

C’est donc d’actualité que traite LA REVUE DESSINEE. Et c’est aussi le cas de TOPO, sa petite sœur ! 

TOPO, c’est l’actu dessinée pour les moins de 20 ans. Mais les plus de 20 ans pourraient gagner à la connaître. C’est instructif, intelligent, grave parfois, drôle souvent. Dossier sur les « fake news » : sujet d’actualité. Reportage dans un camp de réfugiés au Kenya, un camp ouvert depuis maintenant plus de 25 ans. On y naît, on y meurt, on y élève ses enfants, et on rêve d’ailleurs : l’Europe ou les Etats-Unis._« Mon pays est un camp de réfugiés. »Et puis, page 70 : « L’école derrière les barreaux »_. Il y a des mineurs dans les prisons françaises. Il y a des enseignants qui viennent leur apprendre et, parfois, ils leur sauvent la vie. TOPO, c’est le numéro 9. Des histoires, des dessins et, croyez-moi, c’est top.

Les prisons, ce matin, il en est toujours question dans les journaux. Après douze jours de conflit, le syndicat majoritaire chez les surveillants a décidé de signer hier le protocole d’accord proposé par la Chancellerie. Mais « la sortie de crise sera difficile », prévient LE FIGARO. Difficile, tout d’abord, parce que les autres syndicats n’ont pas signé l’accord. Et puis, durant le mouvement, les conditions de détention des prisonniers se sont fortement dégradées. C’est à lire dans LIBERATION. Des détenus « à bout ». Certains n’ont pas pu sortir de leur chambre pendant dix jours. Des promenades annulées, des parloirs annulés, des douches annulées, des médicaments non distribués, des repas servis froid. Ambiance tendue en perspective pour le retour au travail et, dans certains établissements, le mouvement pourrait se poursuivre.

Autre situation explosive : celle des hôpitaux psychiatriques. C’est à lire dans LE MONDE : le cri d’alarme des soignants qui travaillent dans le secteur. Ils dénoncent le manque de moyens, des postes de médecins non pourvus, des psychiatres qui démissionnent, 15.000 lits supprimés. Certains disent qu’ils n’ont plus le temps de bien faire leur métier. Pas assez nombreux. Plus le temps pour les sorties, même plus le temps de discuter avec les malades… Un infirmier se désole :« Je ne suis plus qu’un garde-fou… » Et puis tous critiquent aussi les conditions d’hospitalisation : des recours fréquents à la chambre d’isolement, une banalisation des mesures de contention… Hier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a promis davantage de moyens pour la psychiatrie, « parent pauvre » de la médecine, dont elle entend faire évolue le modèle de financement.

Et pour nos anciens, quel modèle ? Cette fois, c’est à lire dans OUEST FRANCE : « Personnes âgées, des besoins immense ». Mardi prochain, aura lieu une grève des personnels des maisons de retraites médicalisées et des services à domicile. Exaspération. Désespoir, par moments, face à des finances et des conditions de travail de plus en plus compliquées. 

« S’il-vous-plait… Dessine-moi une prison ! »

« S’il-vous plait… Dessine-moi un hôpital psychiatrique ! »

« S’il-vous-plait… Dessine-moi un EHPAD !  » 

On lui fait trois dessins. 

Mais aucun ne plaît au Petit Prince.

Ce matin, bien sûr, il y a également l’eau dans les journaux. 

« Que d’eau, que d’eau ! », se serait écrié Mac-Mahon. La Meuse qui monte à Sedan. « Elle fascine autant qu’elle fait peur », commente L’ARDENNAIS… La crue de la Seine dans l’agglomération de Troyes : c’est à la Une de L’EST ECLAIR. Et les tristes réminiscences des inondations de la Somme en 2001 – pour l’heure, les rivières n’ont fait que des dégâts limités, mais « les souvenirs remontent chez les anciens sinistrés », relève LE COURRIER PICARD. « Des fleuves qui montent, qui montent », titre LIBERATION.Photo du zouave du pont de l’Alma, à deux pas de la tour Eiffel. Le voilà trempé jusqu’aux cuisses… Les raisons du phénomène, elles sont simples, basiques : un hiver pluvieux, l’eau du ciel sur des sols déjà imprégnés d’eau, qui a fait gonfler les cours d’eau. Que d’eau, que d’eau, que d’eau… 

On parle aussi de politique dans la presse. C’est à lire dans LE TELEGRAMME. « Parti Socialiste versus Les Républicains : qui va le moins mal ? » Hasard du calendrier : c’est ce samedi que la liste des candidats à la tête du PS sera connue, et ce samedi que LR tient son Conseil national, le premier depuis l’élection de Laurent Wauquiez à la présidence du mouvement. Dès lors, le journal s’interroge : plus de huit mois après leur déroute à la présidentielle, où en sont donc exactement les deux partis ? Et la réponse pourrait se résumer ainsi : ils sont tous les deux dans la panade ! 

De son côté, LE FIGARO s’interroge : _« Le Brexit aura-t-il vraiment lieu ? »_En tout cas, la classe politique britannique doute de plus en plus d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Mais les babouins, eux, sont sortis ! C’est à lire dans LE PARISIEN. Un vent de panique, hier, au zoo de Vincennes : une cinquantaine de babouins se sont échappés de leur enclos. Raisons mystérieuses… Ils ne sont pas partis bien loin, mais le zoo a été fermé, et les singe n’ont rejoint leur enclos qu’en fin d’après-midi.

Enfin, d’autres animaux dans LIBERATION : l’histoire de douze chameaux, exclus pour dopage d’un concours de beauté en Arabie Saoudite… Pour augmenter la taille de leur nez, et pour redessiner leurs lèvres (les deux critères qui font la joliesse des camélidés), un vétérinaire indélicat leur avait injecté… du Botox ! Eh oui, du Botox dans les lèvres des chameaux.

On imagine le Petit Prince : « S’il-te-plait… Dessine-moi un chameau. » On dessine un chameau. « Ah non, répond-il, il est moche. On dirait un babouin. » 

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