Entre les grands crimes de l'Histoire et les jeux de plage, genre mots croisés et QCM, l'actualité arrive à se frayer un chemin dans les journaux, qui, cela dit, titrent essentiellement sur un sujet qui fleure bon l'été : le Tour de France. L'affaire est bouclée depuis hier, avec la victoire de Contador sur les Champs. "C'était bien, nous dit Gérard Ejnes dans L'Equipe, grâce à cet Espagnol qui, s'il n'était pas sorti de sa retraite, aurait sans doute massacré l'édition 2009. Franchement, s'il n'avait pas été là, le Tour aurait été d'un triste. Mais là, c'était bien. Regardez ce podium, nous dit le même Gérard Ejnes : Contador, qui est le présent du cyclisme, Andy Schleck, qui en est l'avenir joyeux, et Lance Armstrong, le passé compliqué. L'image que l'Américain a réussi à se reconstruire tout au long de ce beau mois de juillet est admirable", écrit notre confrère de L'Equipe, qui ajoute : "Si ce type ne finit pas Président des Etats-Unis, il aura le droit de crier à l'injustice". Contador, lui, ne finira pas roi d'Espagne : ce truc-là, ça se joue à la naissance. Et puis le Tour de France, c'est notre cure pour soigner l'angoisse de la rentrée, notre Prozac sans ordonnance contre la crise qui nous ronge le goût de la vie. "Alors le peuple des bords de route est venu, encore et plus que d'habitude", remarque Daniel Ruiz dans La Montagne, ce journal bien-nommé pour parler du cyclisme. Oui, "mais le problème", objecte Libération, qui consacre sa Une et son dossier principal à ce sujet, "le savoir-faire des dopeurs a toujours un coup d'avance sur celui des contrôleurs. Il faut attendre en général de longs mois pour apprendre la vérité et espérer punir les tricheurs. Entretemps, la magie du Tour et surtout ses bénéfices auront été préservés", nous rappelle Laurent Joffrin. "Silence, on triche", titre Libé. "Un Tour de France le nez dans le bidon". "Un Contador avec du kérosène dans les veines". Mais circulez : "le Tour a été officiellement propre, écrit Libé. Et pourtant, les performances des coureurs sont littéralement surhumaines", remarque le même journal. Suspicion exprimée également dans La Presse de la Manche par Jean Levallois, qui écrit : "Pour l'heure, aucun cas de dopage n'a été constaté. D'anciens coureurs réputés ont paru bien éteints, signe sans doute qu'ils ne bénéficiaient d'aucun traitement miracle". Cherchez l'erreur. D'un point de vue purement sportif, voire technique, c'est Le Parisien-Aujourd'hui en France qui s'y colle ce matin, avec une série de questions-réponses, comme celle-ci : - "Est-ce le début d'un long règne de Contador ?" Réponse : "Oui". - "Armstrong reviendra-t-il plus fort en 2010 ?" "Oui, c'est vraisemblable", répond Le Parisien. - "Le tracé 2009 a-t-il tenu ses promesses ?" "Pas totalement. La preuve : il ne s'est rien passé dans les Pyrénées". - Enfin, "l'absence de cas positifs de dopage est-elle rassurante ?" Réponse : "Oui, mais...". On va boucler la boucle avec L'Equipe, qui publie le classement complet de ce Tour de France, du premier jusqu'au dernier. Alors hommage au dernier, qui n'est arrivé que 4 heures et 16 minutes après Contador. Qu'est-ce que c'est que 4 heures, sur un mois ? Rien de plus qu'une bonne sieste d'été. 4 heures... Il s'agit d'un certain Hutarovich, un Biélorusse, qui est donc lanterne rouge de ce Tour. "Lanterne rouge", ce n'est pas très aimable comme expression, mais c'est la formule consacrée. On retiendra tout de même qu'à la 156ème place, il l'a fait, le Tour, jusqu'au bout. Et ce n'est pas rien. Un dernier mot sur le Tour de France... On retient rarement celui qui a gagné l'étape sur les Champs-Elysées, dès lors que le Tour ne s'est pas joué à ce moment-là. C'est-à-dire comme d'habitude. Alors rappelons que c'est le Britannique Cavendish qui a triomphé sur l'avenue parisienne. Cavendish Avenue... Célèbre artère de Londres... Là où se retrouvaient, dans la maison de Paul McCartney, de nombreuses figures du swinging London, dans les années 60, au je ne sais plus combien de Cavendish Avenue. Comme dirait l'éditorialiste de L'Equipe : "C'était bien !". Bon, alors, vive le sport... Non ! Dans une société normative, le sport occupe la place d'une sorte de parangon de la vertu. "Faites du sport", nous dit-on partout. Il n'y avait bien que le génial Winston Churchill pour répondre, quand on l'interrogeait sur les secrets de sa longévité : "Never sport !" Un conseil que devrait suivre Nicolas Sarkozy, victime d'un malaise hier lors de son footing à La Lanterne... pas rouge, celle-là. Un malaise vagal... "Rien de grave", affiment les médecins du Val-de-Grâce. Le dormeur du Val, cette nuit, entend bien reprendre ses activités aujourd'hui même. En tout cas, si vous voulez tous les détails de ce pépin de santé présidentiel, vous pourrez lire Le Parisien-Aujourd'hui en France qui, dans une sorte de construction au suspense presque intenable, nous raconte l'épisode, minute par minute. 13 heures : c'est là que tout commence. Le Président subit un malaise qui le contraint à s'allonger. 13h40 : des passants voient atterrir un hélicoptère rouge à proximité de La Lanterne. 15 heures : le communiqué de la Présidence de la République tombe. 16 heures : un proche du Président donne des détails. 17h15 : les forces de l'ordre bouclent l'entrée du Val-de-Grâce. 18h40 : un scooter se présente devant l'entrée de l'hôpital : le jeune conducteur relève sa visière. Des officiers de sécurité le laissent aussitôt entrer. Le nom de Jean Sarkozy est évoqué. Pendant ce temps, certains Parisiens viennent aux nouvelles. "Et dire que cela arrive à la veille des vacances ! Pauvre homme : il en fait trop. A voyager tout le temps, ça use son homme", estime cette jeune fille. Des touristes néo-zélandais en Vélib' hallucinent de voir autant de caméras de télé devant le Val-de-Grâce. Alors qu'une grande blonde athlétique interroge la foule : "Carla Bruni a eu son bébé ?" Fou rire général parmi les badauds, nous raconte Le Parisien. Pour autant, ce malaise subi par Nicolas Sarkozy ne fait pas la Une des journaux ce matin, ni même de longs articles. Non : seul Le Parisien en fait son dossier principal, et c'est donc ce même Parisien-Aujourd'hui en France que le cardiologue Pierre Souvet nous rappelle "qu'un malaise vagal n'est jamais anodin, et qu'il est assez rare qu'il se produise en pleine activité physique. Dans ce cas-là, affirme le médecin, on peut suspecter une pathologie cardiaque plus grave, de type coronarien". Et à la question de l'âge du Président... 54 ans... le cardiologue répond sans détour "qu'on ne fait pas n'importe quoi à n'importe quel âge". Et dans le "n'importe quoi" il y a, selon le médecin, le fait de faire un footing quand il fait trop chaud. Quand on vous dit que le sport, ce n'est pas forcément bon... La suite de la revue de presse avec vous, Fabrice Drouelle, et cette citation : "Si j'ai soulevé tant d'animosité, c'est pour une seule raison : avoir appliqué le programme du candidat Sarkozy"... Ainsi parle Rachida Dati dans Marianne. Sous le titre : "Ce qu'elle n'a jamais dit", l'hebdo donne la parole à l'ancienne Garde des Sceaux, affirmant que son nouvel objectif, c'est la Mairie de Paris. Il ne s'agit pas d'une interview sous forme de questions-réponses, mais d'un article, truffé tout de même de citations de la désormais députée européenne, qui s'épanche et qui parle du milieu judiciaire comme d'un milieu qui lui a manifesté à chaque instant son hostilité sociale et culturelle. "C'est un sentiment assassin", confie-t-elle. Elle nous dit aussi qu'un jour, elle racontera comment elle a été virée du gouvernement. Elle parle de "ces gens-là", qui lui ont constamment taillé des croupières. Un jour donc, peut-être, on saura qui sont "ces gens-là", qu'on trouve d'ailleurs au coeur de la Sarkozie. En revanche, elle restera fidèle à Nicolas Sarkozy jusqu'à la fin de ses jours. "C'est l'homme qui a changé ma vie", dit-elle. Quant à l'avenir, on le disait : horizon Mairie de Paris, et là, l'adversaire principal, affirme Marianne, ce ne sera pas la gauche, mais non... Ce sera l'UMP, sous la houlette de François Fillon, qui lui aussi viserait l'Hôtel de Ville. Le sport, pas bon pour la santé... La droite contre Rachida Dati... Cela ressemble à quelque chose qui secouerait un peu les tabous... Et nous y venons avec Marianne et France Inter qui, de concert, sur la foi d'un sondage CSA réalisé les 17 et 18 juin derniers auprès de 1012 personnes, se penchent sur "les vrais tabous des Français". Grand dossier de dix pages dans Marianne. Gros volume difficile à résumer. Sachez simplement que cette enquête vous dessinera précisément les contours du piège des convenances qui guident les pas des Français. Et j'en terminerai avec la lecture de ce tableau publié au coeur de l'enquête... sondage d'où il ressort que les trois choses qu'on n'ose pas dire, qu'on ne veut pas dire, en société, y compris avec ses amis les plus proches, sont : - jouer avec les enfants m'ennuie... Ca, 57% des Français concernés ne veulent pas l'avouer. - plus indicible encore : ne pas apprécier particulièrement les rapports sexuels... 60% de ceux qui ne sont pas fans de la bagatelle n'osent pas le dire. - Et alors le pire, ce qu'il faut absolument cacher : c'est l'infidélité... Les trois-quarts des personnes interrogées ne diront jamais : "Je l'ai trompé(e)". C'est plus que ceux qui n'oseraient pas dire : "Je suis trompé(e)". Moralité, et c'est peut-être une définition du politiquement correct : mieux vaut être aujourd'hui cocu d'occasion qu'infidèle de circonstance.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.