Pierre Weil : La Revue de Presse ; pour commencer ce matin, un grand cocorico ! Yves Decaens :Quand même, deux Français d'un coup, sur la plus haute marche d'un podium. Comme dit L'Equipe : « Ca restera un grand moment de l'histoire du sport tricolore ». Pour deux raisons : jamais deux nageurs d'un même pays n'avaient partagé un titre mondial, et jamais un nageur français n'avait été champion du monde, des nageuses, oui, un champion olympique, oui, mais pas de champion du monde. Voilà, c'est fait. Ex aequo donc, en finale du 100m dos, Camille Lacourt et Jérémy Stravius. « Les dos font la paire » titreLibération , médaille d'or du titre, quand L'Equipe préfère parler en Une, des « siamois d'or ». « Les inséparables siamois d'or », précise Le Figaro , médaille d'or du pléonasme. Et on lira dans Le Parisien Aujourd'hui en France , que ces deux là n'ont pourtant rien de commun. Lacourt et Stravius, remarque Eric Bruna, ils sont aux antipodes : Lacourt, playboy du sud, le verbe facile, le goût du clinquant, dont la liaison avec l'ancienne Miss France, Valérie Bègue, fait une cible pour les magazines. Stravius, le gars du nord au physique passe partout, et qui ne fait pas de vague (le comble pour un nageur). Peu importe, ils sont les champions, ils sont les champions. Comme dit L'Equipe, la natation française n'arrête pas de nous surprendre. Peut-être le signe qu'elle n'a pas fini de grandir. Pierre Weil : Et à part ça, quoi d'autre dans la presse ce matin ? Yves Decaens : Je vois bien que vous n'aimez pas la natation. Je vais vous citer Jean Claude Souléry dans La Dépèche du Midi , « qu'après tout, on ne peut pas vivre continuellement en songeant au poids de la dette publique, ni se lamenter en permanence sur l'été qui n'est plus l'été ». Non, non, un double titre historique, ça vaut bien les gros titres. Faudrait-il faire la gueule, c'est toujours Souléry qui parle, au prétexte qu'il y a tant de malheurs dans notre monde tourneboulé ? Des drames inédits, en Norvège, des tragédies permanentes, en Somalie. Il sera toujours temps, à l'automne, de nous passionner pour les sujets sérieux. En attendant, prenons un peu de recul, ou essayons.

Tenez, comme Marine Le Pen, à la Une de Charlie-Hebdo : « La présidente du FN, maillot de bain, chaise longue sur la plage. Que pensez-vous de l'extrême droite en Norvège ? Quoi, répond-t-elle, la Norvège ? Arrêtez, ça me rappelle le bureau. ». Mine de rien, c'est un vrai débat qui se développe depuis la tuerie d'Oslo : quel rôle accorder dans cet acte insensé à la prolifération des idées d'extrême droite islamophobe ? Le FN fait partie de la longue liste de références citées par le tueur, Anders Behring Breivik, et même s'il prend ses distances avec lui, commente Pierre Fréhel dans Le Républicain-Lorrain , le parti de Marine Le Pen ne peut nier qu'il partage avec l'illuminé d'Oslo, la même obsession identitaire. Cela étant, et c'est un spécialiste de l'extrême droite, Jean-Yves Camus, qui le dit au Figaro , ces partis populistes, force politique majeure en Scandinavie, participent au jeu démocratique et à ce titre, contribuent sans doute à endiguer la violence. Sauf qu'en même temps, à force de confondre islam et islamisme, et de théoriser sur le choc des civilisations, ils échauffent les esprits. Et Nicolas Chapuis dans Libération , va plus loin en évoquant, lui, la porosité idéologique entre l'extrême droite et la droite classique qui a permis d'introduire dangereusement ces thèses dans le débat démocratique. C'est le MRAP notamment, qui met en cause la droite populaire, le groupe des députés UMP qui reprend les thèmes frontistes, pour mieux combattre le FN, disent-ils. Pierre Weil : Illustration de cette droitisation de l'UMP, c'était il y a un an, le discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy à Grenoble. Yves Decaens : Et c'est la Une de Libération, qui fait le bilan de cet anathème lancé à l'époque en particulier contre les Roms. Un an après, constate Libération , les plaies restent ouvertes, aucun des objectifs proclamés par le chef de l'Etat n'a été atteint : les rapatriements ne sont pas plus nombreux qu'avant, la France a été mise sous la surveillance de l'Europe et le gouvernement a fait profil bas sur ce thème dès l'automne. Reste, commente François Sergent, que cette manœuvre a jeté l'anathème sur une communauté fragile et vulnérable, à laquelle seule une politique européenne respectant sa culture spécifique pourra permettre de s'intégrer dans sa différence. En attendant, illustration dans Libération et Le Parisien Aujourd’hui en France , de ce que continuent à vivre les Roms, dont beaucoup sont Français. Dans le Val d'Oise, à Méry par exemple, rien n'a changé : 35 familles sont toujours implantées à l'endroit même qu'elles avaient été sommées de quitter par les forces de l'ordre en septembre dernier. Caravanes et cabanes dans la boue, sans eau, sans électricité, sans WC. L'une des conséquences de cette situation, qui perdure, c'est ce que France-Soir appelle « l'inquiétante escalade de la délinquance roumaine ». Plus de 72% en une année, statistiques de la préfecture de police de Paris. Délinquance spécifique qui utilise énormément les mineurs, ces gamins qui peuvent passer devant la justice jusqu'à 40 fois par an, ce que raconte à France-Soi r, un commissaire divisionnaire, Gilles Beretti : « Dès l’âge de 10 ans, vols de portables, vols aux distributeurs de billets, la journée à demander la charité. Aussitôt arrêtés, ils sont relâchés dans la journée ». Attention donc, aux nouvelles arnaques, s'alarme France-Soir , quandLe Figaro de son coté, s'interroge sur la multiplication des ventes à la sauvette. Situation qui, là aussi, devient incontrôlable, écrit Jean-Marc Leclerc, bien que la police essaie d'endiguer le phénomène. Mais c'est la justice qui ne suit pas, dit-il, un article de la loi dite LOPSI-2, voté en mars, et qui fait de la vente à la sauvette un délit passible de six mois de prison, n'a toujours pas été mis en application : le décret ne sera pas prêt, dit-on, avant septembre. Pas sûr, d'ailleurs, que cela règle le problème, les préfectures ayant toutes les peines du monde à renvoyer tous ces petits vendeurs en situation irrégulière dans leur pays d'origine.Pierre Weil : Vous voyez que vous pouvez aborder des sujets sérieux. Et quoi d'autreencore ? Yves Decaens : Cela devient beaucoup trop sérieux pour un 27 juillet. Revenons à Charlie-Hebdo , avec cette petite info qui vous concerne Dominique de Villepin : après que Sarkozy a reçu les chefs rebelles de Libye, il parait qu'en représailles, Kadhafi voudrait vous inviter à Tripoli. Parlons plutôt de l'affaire Lagardère, « Arnaud Lagardère qui va de mal empire », comme écrit Libération , « empire » comme un empire. La vidéo très suggestive dans laquelle il pose avec sa nouvelle compagne, un mannequin belge de 20 ans, a fait le buzz sur le net au grand dam de ses collaborateurs. De quoi entretenir sa réputation de patron dilettante, commente Yann Philippin, et alimente surtout son procès en incompétence. En un mot, on ne trouve pas cela très sérieux pour le patron d'un groupe de 28.000 salariés, représentant de l'Etat au sein d'EADS, le groupe Airbus. Bon, comme dit Le Canard Enchainé , ça peut, peut-être, permettre de créer une dynamique de croupe. Peut-être les courbes de l'action Lagardère vont-elles épouser celles de Jade, la dame en question, demande Frédéric Pagès. Quelle époque décidément. Il faudrait penser à intégrer en politique ce que Favilla dans Les Echos , appelle « le facteur Q », comme la lettre « Q ». Après le QI, le QS, quotient sexuel des politiques. Voyez DSK, Berlusconi, le président israélien qui a du démissionner pour agression sexuelle, jusqu'à Ben Laden et ses cassettes porno. Le sexe serait-il devenu tendance ? En tout cas, c'est bien Casanova qui est à la Une de L’Express , « l'épopée d'un séducteur ». Et c'est au sexe que lesInrockuptibles consacrent leur spécial été, en constatant avec Alain Dreyfus, que la discrétion qui était de mise en France sur ces sujets, est passée de mode. Tant mieux ou tant pis, difficile à dire. Le public oscille entre la fascination et le dégoût. Tout à fait logique dans ce monde de contradictions qu'avait décrit un essayiste tchèque, Patrick Ourednik, cité par les Inrocks, et qui mettait en balance la banalisation de la pornographie d'un coté, les injonctions moralistes de l'autre, l'invention du tri sélectif d'un coté, les décharges nucléaires de l'autre, sans oublier la liberté de dire n'importe quoi dans l'espace public mais à condition d'y entrer sans fumer.

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