Un prêtre a été assassiné en pleine église hier à Saint-Etienne du Rouvray... Et c'est le journal "La Croix" qui réagit avec le plus de retenue ce matin.

Un prêtre a été assasiné en pleine église hier à saint-Etienne du Rouvray... et c'est La Croix qui réagit avec le plus de retenue ce matin. Le quotidien chrétien, qui se démarque des autres titres de la presse nationale, avec sa Une blanche, lumineuse, à l'image de l'abbé Jacques Hamel que l'on voit en photo de trois quarts : aube blanche, donc, et ce titre... "Face au mal", pour décrire, sans la nommer, la barbarie dans laquelle l'homme d'église a perdu la vie hier. Dans La Croix ce matin, vous ne trouverez pas ces mots, "égorgé en pleine messe" qui s'étalent en Une du Figaro ou d'Aujourd'hui en France... Dans son édito, Guillaume Goubert le dit, "on se refuse à décrire l'irruption brutale de la barbarie", vers 9h25 ce mardi à Saint-Etienne-du-Rouvray.

D'autres s'en chargent donc ce matin : Le Figaro et cet édito d'Etienne de Montety, qui n'y va pas par 4 chemins ... "Un prêtre égorgé tandis qu'il célèbre la messe, des fidèles pris en otage... il y a encore quelques mois, ce genre d'information dramatique arrivait de Mossoul, ou de Bagdad, suscitant notre compassion pour les malheureux chrétiens d'Orient martyrisés dans leur pays en plein chaos. Cette scène d'horreur s'est déroulée hier, dans une petite ville de Normandie." Alors, nous dit Etienne de Montety, les catholiques vont traverser cette épreuve par la prière, bien sûr... "Mais ça ne les empêchera pas d'attendre des autorités une réponse implacable : le gouvernement doit prendre la mesure de ce qui se passe en France, nommer le mal, le condamner, mais aussi adopter l'arsenal militaire, policier et judiciaire pour assurer la sécurité de tous nos concitoyens. Ceux qui croient au ciel, et ceux qui n'y croient pas".

Le père Hamel, c'était "un homme bon, simple et sans extravagance..." nous disent ceux qui l'ont côtoyé dans Le Figaro. Un prêtre "d'une grande discrétion et d'une grande attention... quand il arrivait dans une pièce, c'était toujours un rayon de soleil... On lui disait souvent, pour rigoler: Jacques, il serait temps de prendre ta retraite! Ce à quoi il répondait, en riant: Je travaillerai jusqu'à mon dernier souffle". Et le curé doyen de la commune voisine, l'abbé Aimé-Rémi M'poutou-Amba, qui conclut: "pour lui, partir au moment où il célébrait la messe, c'est une forme de consécration... malgré les circonstances dramatiques".

L'abbé Hamel, élevé au rang de martyr ? C'est bien le mot choisi par _Le Parisien/Aujourd'hui en France, _avec cette Une, bandeau noir, photo du prêtre, et ce simple mot donc en guise de titre: "Martyrisé". "_12 jours après le massacre de Nice, un nouveau cap dans l'horreur a été franchi"... et Le Parisien de citer... un responsable de l'anti-terrorisme, découragé: "symboliquement, il n'y a pas pire".  _L'exécutif redoute plus que tout, désormais, des affrontements inter-communautaires sur fond de radicalisation des chrétiens comme des musulmans. La "guerre civile" dont parlent déjà certains responsables politiques n'est pas encore là, mais le risque existe. "On craint des fractures insurmontables", souffle-t-on Place Beauvau.

Et l'historien des religions Odon Vallet, interrogé par Les Echos, ne dit pas autre chose: il précise la menace: "Le christianisme en France abrite... une sorte de mouvance, dont les tenants se veulent un peu soldats de Dieu contre un islamisme violent". Il va plus loin: "chez les catholiques pratiquants, le vote Front National est un peu plus répandu qu'au sein de la population française... Marion Maréchal-Le Pen, par exemple est proche des catholiques traditionnels. Il y a donc un risque de radicalisation des comportements à l'égard des minorités visibles qui souffrent déjà d'exclusion en France. On risque de voir se développer un discours de croisade... Les musulmans sanguinaires font tout ce qu'il faut pour en arriver là", conclut Odon Vallet dans Les Echos.

Dans l'édito de Paris-Normandie, Xavier Elli le reconnait : "le peuple français ne s'habituera jamais à ces crimes horribles et répugnants. Mais après les sanglots sincères et désolés des proches des victimes, après les pleurs officiels... va venir le temps de l'exaspération et, malheureusement peut-être, celui de l'engrenage fatal de la vengeance et de la violence. L'éditorialiste avertit: "les appels au calme, à la tolérance et à la coexistence paisible pourraient ne pas suffire à canaliser ce mouvement venu des profondeurs du pays". Il faut "éradiquer dans nos banlieues ce mélange tragique de chômage, de trafics et d'obscurantisme ", implore Xavier Ellie... "Vite, vite, avant qu'il ne soit trop tard!". Difficile, donc, on l'entend, de garder la tête froide ce matin... "désormais même les petites communes comme la nôtre ne sont plus à l'abri", s'inquiète Mélanie, une mère de famille de Saint-Etienne-du-Rouvray citée par Aujourd'hui en France. Certains habitants de la ville, qui ont connu le seul terroriste identifié pour le moment, Adel Khermiche, indiquent, que ce dernier allait régulièrement à la mosquée de la ville, écouter des prédicateurs venus d'ailleurs, de Montpellier, du Havre... A la mosquée en question, on nie toute dérive radicale... et l'on rappelle que l'église de Saint-Etienne avait gracieusement donné un bout de son terrain pour faciliter la construction du lieu de culte musulman. La communauté musulmane organisera vendredi, à l'heure de la grande prière, une minute de silence devant cette église où a eu lieu l'attentat.

Un Attentat revendiqué par Daesh dès hier, et qui s'intègre à une "stratégie de la guerre civile". Stratégie détaillée par Libération en page 2: il s'agit de "Frapper, sans relâche, pour livrer la France au chaos et la faire sombrer dans la guerre civile"... avec comme objectif final de "faire imploser la zone grise, celle où "infidèles" et musulmans vivent ensemble sans chercher à s'anéantir. Dans le le monde rêvé de l'Etat Islamique, résume Libé, il n'y a que deux camps: les mécréants et les musulmans. Les deux camps devront s'affronter jusqu'à la victoire des seconds." Le piège se referme avec une précision millimétrique, après la presse, la jeunesse, les policiers, les familles, c'est à présent l'Eglise catholique qui est prise pour cible.

François Hollande appelle les français à "faire bloc", un "bloc que personne ne doit fissurer". Mais à droite, force est de constater, nous dit Libération, que "tout en promettant de ne pas tomber dans le piège de l'organisation Etat islamique, certains dirigeants du parti Les républicains comme Gérald Darmanin parlent désormais de "guerre civile religieuse". L'Humanité fustige d'ailleurs la "surenchère en cascade et la théorie du choc" à l'oeuvre dans l'opposition. Nicolas Sarkozy appelle à "refondre notre stratégie de riposte, à être impitoyable"... et pourtant, nous dit Lionel Venturini, il n'a pas fait montre d'une fermeté particulière à l'égard des pétro-monarchies qui financent le salafisme, quand il était à l'Elysée. Sarkozy dénonce "les arguties juridiques qui empêchent de lutter contre le terrorisme" et prône en fait une suspension de l'état de droit, décrypte le journaliste de _l'Huma, _qui cite aussi les réactions hier des dirigeants du FN. Louis Aliot par exemple qui dénonce "une barbarie dont on cache le nom"... comprenez, de l'Islam tout entier. "Là encore le piège tendu par Daesh rencontre justement la lecture du monde portée par le Front National", conclut l'Humanité.

Allez, "la guerre civile n'est pas encore pour demain... en revanche, pour après-demain, je ne m'avancerai pas!" C'est pas moi qui le dit, c'est Riss dans Charlie Hebdo. Personne, ajoute-t-il, n'a envie de voir appliquer les programmes politiques sécuritaires délirants de certains hommes politiques démagogues... L'extrême-droite raciste qui se prend pour Jeanne D'Arc n'a pas encore commis à son tour des attentats sanglants contre les français de confession musulmane... Alors dépêchez-vous de profiter à fond de tout ce que vous pouvez faire encore librement, la liste est plus longue que vous ne l'imaginez". Parole d'un homme et d'un journal qui, depuis un certain 7 janvier 2015, savent particulièrement bien ce que sait que de vivre emmurés dans le tout-sécuritaire.

Mais le dernier mot, comme le premier, est pour La Croix ce matin. Le quotidien ouvre une page entière aux réactions des lecteurs après l'attentat de Saint-Etienne du Rouvray. Des appels à la fraternité, au refus de la vengeance, pour la plupart : on retiendra ce message de Raymond, diacre alsacien, qui s'interroge: "que faisons-nous? Nous cherchons les responsables, nous dédouanant ainsi de nos responsabilités de citoyens. Pourtant nous avons le choix, celui d'aller vers les jeunes, en les encadrant dans les clubs sportifs ou les associations d'éducation populaire, dans les quartiers et dans leurs lieux de vie pour, dit Raymond, désamorcer les bombes de demain".

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