De la beauté des ouvriers silencieux, surmoi d'un ancien Président.

On parle de pouvoir ce matin...

Et on parle de puissance, et on parle de chef ce matin et c'est dans le Point mais ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas de Nicolas sarkozy en retour éditorial et en interview  et en dossier majestueux comme l'hebdo sait faire, mais d'une femme en pages intérieures, elle s'appelle Christel Bories, que le journal décrit avec ce zeste de condescendance que s'autorisent les hommes "Petit bout de femme, yeux bleus et cheveux bruns, casque de chantier vissé sur la tête", mais passé cet anachronisme, on lit tout et on touche à la vérité d'un monde...  Bories est la PDG de Eramet, géant français inexpugnable mais endetté de l'extraction minière, et qui est au front de la guerre des métaux rares de la transition énergétique, confronté aux chinois qui s'accaparent et manipulent les cours des terres rares, qui gère le nickel en Nouvelle Calédonie  et se bat dans le monde pour conserver ses positions, le manganèse du Gabon, le lithium d'argentine que le groupe extrait de lacs salés par un procédé chimique aussi secret que la formule du Coca-cola, madame Bories a besoin d'un milliard pour investir, disent les Echos qui parlent aussi de la pédégère, laquelle remue aussi des montagnes de sable au Sénégal, et pour le décrire, le Point trouve les accents des actualités cinématographiques d'antan.  

"Dans un lac artificiel formé avec l’eau de la nappe phréatique, une drague avale du sable, qu'elle propulse dans des tuyaux vers une usine flottante, monstre de tubulures. Il y est centrifugé, malaxé, filtré. Le but de la manoeuvre ? En extraire du titane et du zircon. L'essentiel du sable est rejeté et les dunes avalées sont reconstituées à l’identique. Lorsque ce gigantesque équipage rencontre des habitations, les populations sont, après d’inévitables palabres, relogées dans des villages flambant neufs avec mosquée, école et maisons alimentées en électricité solaire et en eau."
On aura noté au passage un autre cliché, étrangement colonial, épice curieusement cette ode à la puissance, ou l'authentifie presque...

En comparaison, comment dire, l'enthousiasme débordant d'un homme qui fut Président de la république, mais s'émerveille encore à son âge de ses maîtres Balladur ou Mitterrand, a la fraicheur des éternelles adolescences.

Il y a dans l'interview de Nicolas Sarkozy une phrase qui en dit long sur le surmoi et d'un homme qui a régné... et qui s'extasie de son amour des usines... "J'y ai rencontré des Français qui, en peu de mots, exprimaient des choses tellement plus puissantes que les savantes analyses politiques de tant de « pédants ». Dans les usines, on vous regarde les bras croisés et ce sont les regards qui veulent tout dire. Début juin, je suis allé à Belfort et, dans la foule, un homme s'est approché de moi, m'a serré fermement la main et en me regardant dans les yeux m'a dit : « On s'est compris », alors que ni lui ni moi n'avions prononcé un mot !"

Et la classe ouvrière est ainsi silencieuse, même dans l'amour... 

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