Il est libre, Nicolas... Y en n'a pas encore qui l'ont vu voler... mais il est libre... Tous les journaux le constatent, avec plus ou moins d'ironie, ce matin... "Nicolas Sarkozy libre pour mener campagne", titre Le Figaro... qui reprend la petite phrase du candidat de l'UMP à l'Elysée... c'était hier, lors de la passation de pouvoir entre l'ex et le nouveau ministre de l'Intérieur : "Me voilà libre... libre d'aller vers les Français"... Faudrait quand même pas qu'il exagère !... C'est, en substance, l'analyse de Patrick Fluckiger dans L'Alsace... "Pour un peu, il laisserait entendre qu'il est resté Place Beauvau malgré lui... Ce n'est pas le cas"... "Nicolas Sarkozy se sent plus libre... Comme on ne peut pas dire qu'il se soit jamais senti contraint, on se demande quelle nouveauté cette libération nous promet"... Là, c'est Marc Chevanche, dans Nice Matin, qui s'interroge... Bon alors soit... constate également Pierre Taribo dans L'Est Républicain... soit, "Nicolas Sarkozy a retiré son étiquette gouvernementale... Mais il n'a pas fait pour autant peau neuve... Même si ce qu'il revendique haut et fort c'est le changement, la question est de savoir s'il suffit d'ôter au dernier moment l'uniforme ministériel pour faire oublier qu'on a été pendant cinq ans une pièce essentielle du pouvoir sortant"... Décidément, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont des parcours parallèles... Dans La Montagne, Dominique Valès explique qu'"à une semaine de distance, Royal et Sarkozy ont décidé de reprendre leur liberté... Elle, en s'émancipant du Parti Socialiste... lui, en quittant le gouvernement"... Mais quoi qu'ils fassent... et là, c'est de nouveau Patrick Fluckiger, dans L'Alsace... "l'une a sa cheville attachée à un fil qui mène au programme de son parti... l'autre est comptable du bilan du quinquennat... Bref, pour les deux, cette rupture ressemble surtout à un saut à l'élastique"... Autre sport de la campagne présidentielle... La bataille du slogan... Il s'affiche en pagaille, plus ou moins sauvage, sur les murs... Alors si je vous dis "La France, de toutes nos forces"... "Nos vies valent mieux que leurs profits"... "Un autre monde est en marche"... "La ruralité d'abord"... Vous reconnaissez ?... Dans l'ordre, c'est Bayrou, Besancenot, Bové et Nihous... En fait, c'est Les Echos qui se penche ce matin sur les slogans de campagne... "des slogans qui requièrent beaucoup d'attention, mais qui finalement ont un impact limité", explique le journal économique... Ainsi le directeur d'étude à l'IFOP analyse que lorsqu'on les interroge, les Français disent se déterminer sur les programmes et les idées... pas sur les personnalités ni les slogans... Reste que si un bon slogan n'est pas déterminant... un mauvais peut être fatal... Exemple : avec son "Présider autrement" en 2002, Lionel Jospin avait été perçu comme étant enfermé dans un duel avec Jacques Chirac... Les Echos qui liste les slogans victorieux... Alors bien sûr, le célèbre "La force tranquille" de Mitterrand en 81... "La France pour tous" en 95... Vous vous souvenez : c'était avec le petit pommier, pour Jacques Chirac... Et puis en 2002, l'actuel Président avait gagné avec "La France en grand, la France ensemble"... Où l'on constate que les slogans rassembleurs font un tabac... Le slogan... important donc, mais pas capital... Et la réunion publique alors ?... Le bon vieux meeting... Dans ses coulisses de campagne, Le Figaro s'intéresse à ce qui est une vraie surprise de cette course à l'Elysée... l'affluence record dans les réunions publiques... Et Le Figaro commence avec l'exemple du meeting de Ségolène Royal à Rennes, le 20 février... "Le PS a loué le Parc des Expositions, et table sur 7.000 participants... Deux heures avant l'arrivée de la candidate, un deuxième hall est partiellement ouvert, pour accueillir 3.000 personnes supplémentaires... Et puis un écran géant est ajouté dehors... 1.000 sympathisants s'y massent sous la pluie... Bref, explique Le Figaro... Ce jour-là, le PS est débordé par le succès, et renvoie paradoxalement l'image d'une campagne mal organisée... Alors bien sûr, on est loin... rappelle Claire Bommelaer... des performances d'un Jacques Chirac en 78... 100.000 personnes Porte de Pantin... loin aussi d'un François Mitterrand clôturant chacune de ses campagnes devant 40.000 personnes à Toulouse... Mais le constat est là... Quel que soit l'orateur, le lieu ou le parti, là où l'on escomptait 200 personnes, il en vient le double... là où l'on tablait sur 5.000 participants, on en accueille 3.000 de plus... Et pourtant, en début de campagne, plus d'un misait sur une campagne vue de chez soi via Internet... Les meetings étaient jugés trop ennuyeux, pas assez participatifs et trop chers... Sauf que cette année, les gens s'intéressent... Ils sont, selon l'expression d'un responsable socialiste, "devenus consuméristes, y compris en politique"... Résultat, explique-t-on à l'UDF... "Dans nos réunions, on a entre 20% et un tiers des participants qui ne sont pas pour nous au départ"... Au Parti Communiste, on en rigole... "On les voit, les nouveaux... Ils n'applaudissent pas, et ils ne connaissent pas l'Internationale"... Bon alors... encore 26 jours avant le premier tour de la Présidentielle... Le temps d'aller donc aux meetings, et connaître par coeur les slogans... Sauf que ce matin, il y en a qui voient déjà beaucoup plus loin... Le Monde nous dresse les portraits de ceux d'après... de ces "quadragénaires qui rêvent d'être les nouveaux Sarkozy"... Ils ont 40 ans... Ils sont ministres... Ils sont ambitieux... Et une conviction les habite : un jour, ils incarneront la relève de la droite... "Ils", ce sont François Baroin... Xavier Bertrand... Jean-François Copé et Renaud Dutreil... Le Monde nous explique donc que l'après-Sarkozy commence... Parce que même si la droite perd cette année... l'avenir leur appartient... "C'est le charme du quinquennat", se félicite Jean-François Copé... Alors, dans cette Star Academy des quadragénaires, Le Monde note que c'est Xavier Bertrand qui a démarré la course le premier... Du coup, il dort moins... "maximum 4 heures par jour", confirment ses collaborateurs... "A chacun de décider s'il a envie de dormir moins que les autres", réplique le ministre... François Baroin se fait bravache... "Je suis comme Sarkozy... Ce n'est pas plus difficile d'avoir une grande ambition qu'une petite"... Alors en même temps, à l'UMP, la guerre des tranchées n'est jamais loin... Un chiraquien assure que "Nicolas Sarkozy est sur ses gardes... Il se méfie de Baroin... Il hait Copé... déteste Dutreil... et n'en a rien à foutre de Bertrand"... Et puis surtout... S'il l'emporte, le patron de la droite veut élargir le renouvellement des têtes, pour dissoudre les ambitions... avec des trentenaires prometteurs, comme Laurent Wauquiez ou Luc Chatel... avec des femmes aussi... comme Valérie Pécresse et Nathalie Kosciusko-Morizet... Alors voilà pour la droite... Et à gauche ?, me direz-vous... Eh bien, de ce côté-là, Le Monde dresse le portrait de "la dauphine de Royal"... Elle s'appelle Delphine Batho... C'est la Madame Sécurité du PS... A 34 ans, elle fera sans doute son entrée à l'Assemblée nationale si Ségolène Royal remporte la Présidentielle... C'est en effet elle qui se présentera aux législatives dans la deuxième circonscription des Deux-Sèvres si la candidate socialiste est à l'Elysée... "Delphine Batho, c'est une enfant de la pépinière Dray, comme Malek Boutih", explique Le Monde... "Julien Dray l'a repérée en 1990 quand, lycéenne, elle assurait la présidence de la FIDL... Aujourd'hui, elle est l'interlocutrice des syndicats de policiers, dont elle fait le tour pour présenter le Pacte présidentiel de sa candidate... Et elle résume le clivage gauche-droite en ces termes : "La droite protège les riches dans les beaux quartiers... La gauche protège les catégories populaires... Le clivage n'est pas sur la sécurité, mais sur qui on protège"... "Avant de donner votre voix, écoutez celle des plus pauvres"... C'est la Une du journal qui sera sans doute le plus feuilleté, le plus lu aujourd'hui... Un journal de 8 pages... à retrouver dans la plupart de vos quotidiens... Son titre : "Paroles de sans-voix"... C'est Renée Thominot qui signe l'éditorial... Renée, c'est une grand-mère de 56 ans... Elle vit de l'allocation spécifique de solidarité... soit juste un peu plus de 14 euros par jour... Et son édito donne le ton... "Qui est vraiment expert en précarité ?... Celui qui voit et qui contemple, ou celui qui la vie et se bouge ?"... Renée Thominot, porte-parole de tous les "sans" qui refusent d'être des "handicapés sociaux"... Alors dans ces paroles de sans-voix, vous retrouverez Lydia... Lydia, elle est sans logement... A Brons, près de Lyon, où elle est née et a passé sa vie, cette jeune femme de 33 ans, mariée depuis deux ans, cherche un logement... "Pour l'instant, dit-elle, j'habite chez ma soeur... Mais elle aussi est mariée, et elle a 5 enfants... Nous sommes 9 dans son T4... Et même si ma soeur veut m'aider, ça devient intenable"... Autre "sans"... Emilie... Emilie, elle est sans travail fixe... Et elle dénonce... "On affirme que les travailleurs doivent être flexibles... que le contrat à durée indéterminé n'est plus le modèle de base... Mais quels que soient le salaire et la durée, les autres contrats ne permettent pas d'accéder à un logement ou à un emprunt bancaire... Pourtant ce sont bien les politiques publiques qui encouragent la flexibilité... Alors n'est-ce pas l'Etat qui doit protéger le citoyen lorsqu'il vend sa force de travail ?... Nous ne voulons pas d'un label "précaire de qualité certifié solvable"... Ne faites pas de nous des sous-travailleurs"... Le cri du coeur d'Emilie... Pour conclure... ces derniers mots de Renée Thominot... "Je défends à quiconque de m'appeler "handicapée sociale"... D'accord, je n'ai pas d'argent, et je vis d'une allocation de solidarité... Mais j'agis plus que beaucoup pour faire vivre mon quartier... pour aider les autres... pour faire vivre la démocratie... Je suis une citoyenne... Arrêtez de faire croire que le problème vient de nous, et pas de la société... C'est lâche"...

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