Un reporter du Guardian raconte son arrestation pendant les manifs anti Poutine. Angot assume son face à face avec Fillon. La Guyane sous les feux de la présidentielle

La revue de presse, bonjour hélène Jouan

On commence ce matin par la Russie, et la manifestation anti-Poutine hier.

Vendredi, Marine le Pen s’affichait fièrement aux côtés de Vladimir Poutine…Avec photo de leur poignée de la main relayée par Russia Today, pour asseoir la stature internationale de la présidente du Front national. Un reporter, Alec Luhn, correspondant à Moscou du quotidien britannique The Guardian a suivi de près cette visite, il a raconté pour son journal cette poignée de mains, ou encore le selfie de la candidate avec le député russe Milonov antisémite et homophobe

Hier, Marine le Pen était partie, mais Alec Luhn a lui continué évidemment à travailler, et comme d’autres reporters, il a « couvert », à Moscou la grande marche anti-corruption lancée par l’opposant au kremlin, Alexeï Navalny. « Le pouvoir russe n’avait pas connu un tel coup de semonce de la rue Moscovite depuis 5 ans » nous dit ce matin Pierre Avril dans le Figaro. Près de 8000 manifestants place Pouchkine, 30 000 disent les organisateurs. Et en fin de journée : entre 700 et 850 personnes arrêtées selon les sources. Parmi elles, l’opposant Navalny, mais aussi notre reporter donc du Guardian, Alec Luhn…Compte-rendu évidemment dans son journal, mais il faut aller voir son compte twitter pour vivre, heure par heure ce qu’il a vécu 5 heures durant,avant d’être libéré sur intervention du ministère des affaires étrangères britannique. Premiers clichés des hélicoptères survolant la manif, puis de la foule tentant de bloquer le fourgon de police qui emmène Navalny aux cris de « Honte à vous, Fascistes », avant d’être à son tour arrêté donc et de se retrouver lui-même dans un fourgon policier, malgré ses protestations, « je suis journaliste » répète t il, il filme la scène avec son portable. Emmené au poste, il continue d’envoyer des photos de jeunes manifestants arrêtés et maltraités par les forces de l’ordre. On lui confisque son téléphone, on lui reproche d’avoir crié des slogans anti Poutine, ce qu’il nie. Il veut savoir à quel titre on le détient, un policier lui répond « peut-être que vous êtes accusé d’avoir assassiné Kennedy ». Humour écrit Luhn sur son compte twitter. Un autre lui demande « pourquoi il n’est pas tranquillement allé passer son week end dans sa datcha, comme les gens normaux » lui fait il remarquer. Journaliste ? visiblement, son statut ne justifie rien. Finalement, après avoir été officiellement accusé d’avoir participé à une manifestation illégale, Alec Luhn est relâché. Il y a quelques heures tout juste, il nous faisait part de la réaction de Medvedev aux manifs d’hier « comment s’est passé votre journée ? lui demandait on sur instagram. Pas mal, j’ai skié » a répondu le premier ministre. Voilà un homme qui a passé un week-end « normal ». Les opposants russes, et les journalistes...un peu moins

En France, J-27 avant le premier tour

Et on revient comme ce qui restera, comme l’un des moments télé de cette campagne, Christine Angot jeudi soir face au candidat François Fillon. Dans Libération ce matin, l’écrivaine revient sur cet épisode et assume.

"Moi, agressive? Ce qui était violent était la situation que je décrivais ! Pas moi", estime la romancière "Allez voir les gens quand ils sont devant leur télé! Ecoutez-les! J'ai juste fait en sorte que ce qu'on prend pour du silence ne soit pas du vide. Alors que lui, Fillon, quand il est poussé vers son vide, il ne dit rien, il renverse la situation ». Un regret ? non, pas d’y être allée dit Angot, « dans ce que j’ai dit, je n’ai rien inventé, c’est ce que les gens ressentent je le sais, je voulais mettre des mots sur un état d’esprit. En revanche, reconnait elle, je n’ai aucun sens de la répartie, et j’avais face à moi un professionnel du débat. Quand il a dit « vous n’avez pas rendu le bracelet », j’aurais dû répondre « oui mais je n’ai pas rendu le service qu’on attendait de moi en échange »… Christine Angot qui conclut en affirmant que « c’est son travail de traduire un sentiment collectif, je crois que ça a soulagé des gens » dit elle.

Alors était-elle dans son rôle ? 4 jours après cet échange houleux, le débat continue. Dans le Figaro, un autre écrivain Benoit Duteurtre regrette cette intervention « déplacée « dit il, qui relève selon lui de « la confusion des genres. » «L’art n’est pas au service du lien social ni de la morale publique dit il. Un romancier est moins là pour nous édifier que pour nous émouvoir, étonner, faire rire, nous révolter etc. C’est pourquoi l’histoire littéraire compte autant de méchants et de salauds que de gentils passionnés par les grandes causes. Autant de Flaubert et de Céline, que d’Hugo et de Saint Exupéry. Il serait urgent professe t il, que les artistes cessent de se prendre pour des procureurs, ou bien qu’ils le fassent dans des textes personnels et argumentés qu’on jugera à l’aune de leur talent, pas seulement de leurs engagements »

Ce n’est pas le moindre des paradoxes : avoir fait surgir un débat sur la place de l’acteur culturel dans la politique, dans un débat politique pré électoral qui fait si peu place à la Culture…ce dont se désole justement ce matin Libération , avec son dossier sur « la culture, l’oubliée de la campagne »

Toujours sur la campagne présidentielle, un article de mathématiques ce matin

Un article publié sur le site The Conversation ce matin, par Serge Galam, physicien, chercheur au CNRS et membre du centre de recherches politiques de sciences po, dans lequel il démontre qu’avec moins de 50% d’intentions de vote, Marine le Pen peut gagner la présidentielle. Comment ? Je vous passe la démonstration mathématique, fait de a, de x, de b et de y…je dois vous avouer que je n’ai pas tout compris. Mais j’ai retenu la conclusion. Ce qui pourrait faire la différence au second tour entre Marine le Pen et son challenger, c’est ce qu’il appelle « l’abstention différenciée ». Ainsi, alors que Marine le Pen active des électeurs anti- fn quel que soit son challenger, ce qui est nouveau dit il dans cette élection, c’est que chaque candidat qualifiable pour le second tour va aussi désactiver des électeurs qui ne pourront pas voter pour lui, même face à Marine le Pen. Exemple, certains des électeurs de Macron au premier tour, le seront pour ne pas avoir Fillon au second tour ( le vote utile), mais si c’est Fillon qui est qualifié, ils profiteront à la dernière minute de toute bonne excuse pour ne pas aller voter au deuxième tour. On peut donc faire l’hypothèse réaliste qu’il y aura plus d’abstentions pour le challenger de le Pen que pour elle affirme le chercheur. Et c’est là qu’intervient le modèle mathématique, un peu plus d’abstention pour X ou Y favorise mécaniquement la candidate FN, malgré des intentions de vote qui seraient moindre que son adversaire. CQFD. Relisez la démo pour tout comprendre. Mais elle semble prouver que l’argument du plafond de verre, encore largement avancé aujourd’hui pour affirmer que Jamais marine le Pen ne pourra l’emporter, est désormais caduc

On termine avec la Guyane

Juste pour vous signaler que la situation en Guyane n’est évidemment pas absente de vos journaux. Le quotidien France Guyane titre pleine page sur le « Rapport de force », photo à la Une du chef de la mission interministérielle accueilli par un homme en cagoule noire. L’un des 500, du comité des 500 frères contre la délinquance, piliers des manifestations qui paralysent la Guyane depuis quelques jours. Ce matin, 20 minutes revient sur la constitution de ce collectif, ou « milice masquée aux méthodes musclées » né en février dernier de l’insécurité pérenne dans ce territoire, la Guyane est la terre la plus criminogène de France nous rappelle Jean Marie Leclerc dans le Figaro. Ce matin, dans La Montagne… Bernard Stefan résume : « En Guyane, ce sont bien deux mondes qui se côtoient sans vraiment se rencontrer. C’est une vitrine économique et technologique, elle s’appelle Ariane avec la base de Kourou. Au-delà des grilles du centre spatial et des quartiers des cadres de l’entreprise, il y a la réalité ; celle des pauvres, d’une immigration clandestine massive, et de tous les trafics, de l’insécurité et de la grande paupérisation. » Si tous les candidats à la présidentielle affirme la main sur le cœur que « nous sommes tous des guyanais » , Bernard Stehpan rappelle que « le premier débat télévisé a à peine effleuré le sujet des départements et territoires d’outre-mer lundi dernier. Comme si ces territoires n’intéressaient plus la métropole. » Il reste 27 jours…

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.