Passions et invectives autour du professeur Raoult, l'Obs, Mars Actu, Libération, la Provence, le Point. Les DNA défendent les hôpitaux de Strasbourg attaqués en Allemagne. Le Parisien et l'AFP raconte comment Julie, 16 ans, est morte du Covid-19. Michel Hidalgo était un roman bleu dit bellement l'Equipe.

On parle du virus ce matin…

Du virus lui-même et non pas ce de ce qu’il impose dans notre société; mais de ce qu’il fait dans notre corps, pourquoi certains d’entre nous infectés meurent, pourquoi pour les uns l’expérience de la maladie est-elle atroce, pour d’autres bénigne. Dans le New Yorker, un médecin, Siddhartha Mukherjee, expose cette hypothèse. 

Tout ou beaucoup dépendrait de la dose initiale de virus auquel nous sommes exposés, une plus forte exposition déterminerait la gravité de l’atteinte… Et ce critère expliquerait la mort de Li Wenliang, cet ophtalmologiste chinois qui donna l’alerte et soignait tant de malades, cela expliquerait pourquoi les soignants fortement exposés semblent affectés, dans des formes plus dures.  Et cela expliquerait  la tragédie des  Fusco, une grande famille italo-américaine du New Jersey qu’a raconté le New York Times, dont 7 membres ont été infectés et quatre sont morts… Grace Fusco aimait réunir les siens pour des diners à la maison, et le 2 mars, le virus était invité.
 

Dans le New Yorker Siddhartha Mukherjee ne conclut pas, l’oncologue, il sait que dans le cancer tout est mesure, il faudrait mesurer le virus initial comme on mesure la tumeur, compter le Covid 19 dans le corps comme on compte les malades en ville, il interroge des confrères et s’appuie sur une étude concernant une autre formule de coronavirus, une autre sur la rougeole…

Il raconte aussi comment l’intuition lui est venue en visitant un sanctuaire en Inde, dédié à une secte de brahmanes qui il ya deux siècles et demi parcouraient le sous-continent pour infecter à petites doses les enfants du virus de la variole, afin, de les rendre un petit peu malades, sans traces sur le visage, et ensuite immunisés. La pratique était née en chine au XIIe siècle et passée par le monde arabo-musulman… 

Quelle aventure passionnante que celle des hommes devant la maladie, et ce long article en anglais dans le New Yorker, un des meilleurs journaux du monde, parvient à m’éveiller autant qu’il me panique…

La science est prudence, le Monde se demande ainsi combien de temps le virus perdure sur une surface. Il n'est pas définitif. 

Que faire alors des certitudes qui accompagnent le professeur Raoult, défenseur de la Chloroquine, auquel l’Etat semble céder , et dont l’irruption a fracturé le monde médical et, me dit Libération, perturbe même l’essai clinique européen Discovery, où des malades volontaires doivent essayer différents traitements possibles.  «Il y a un tel tapage médiatique irrationnel que certains patients refusent d’être enrôlés dans l’essai Discovery parce qu’ils ne veulent pour traitement que de l’hydroxychloroquine, peste le professeur Xavier Lescure, infectiologue à Bichat. Malgré tout le respect que j’ai pour lui, Raoult nous fait perdre du temps.» 

Sur le site de l’Obs, un médecin réanimateur  du CHR de Metz Thionville, Damien Barraud, se dit « monstrueusement en colère contre Didier Raoult, il décrit  son hôpital où les soignants se divisent. « Il y a des médecins qui ont harcelé l’infectiologue et le pharmacien de mon établissement pour avoir de la chloroquine. Ça crée des tensions, ça crée de la fatigue psychologique inutile ». 

Vous pouvez lire sur le Monde, le Point, l’excellent Mars Actu, journal en ligne marseillais, des portraits riches de Raoult, de sa stratégie de publications, de sa puissance politique aussi, lui qui grandit à l’ombre de la droite marseillaise qui est aujourd’hui sa porte-parole, et dont Franz Olivier Giesbert, patron de la Provence, dit dans le Point qu’il est , Raoult, Darwin victime des élites moutonnières… 

Et voilà comment un grand infectiologue devient, dans le moment de doute, une mesure de l’inconséquence des hommes. 

La Provence raconte l’adulation irrationnelle et brutale qui entoure Didier Raoult sur les réseaux sociaux, quand un adepte de twitter dénonce "l’indécence des médecins parisiens qui osent critiquer le professeur Raoult", mais il subit autant d’invectives, et même des menaces, pauvres de nous.

Et on polémique aussi à Strasbourg…

Dans les DNA, je lis que les hôpitaux de Strasbourg doivent se défendre contre des articles parus en Allemagne, qui affirment que dans la capitale alsacienne, on ne soigne plus les fractures ni les cancers, et on ne ventileraient plus les vieillards, on leur donnerait au contraire des opiacés et des somnifères aux urgences pour les faire mourir… Mensonges, lis-je, a-t-on besoin de ça?

Une jeune femme a quitté ce monde d’invectives. Elle avait 16 ans, Julie dont le Parisien publie la photo, quel sourire, quel éclat, et dont l’Agence France presse raconte l’histoire qu’on peut lire sur Sud Ouest, sur l’Express. "Elle avait juste une petite toux » la semaine dernière et puis le week end Julie fut essoufflée, et lundi son médecin appelait le Samu et des pompiers venaient la chercher  "en combinaisons intégrales, masques, gants » 

Et puis l’hôpital de Longjumeau, puis l’hôpital Necker, une chambre aux murs bleu avec des oursons, les tests au covid 19 sont négatifs, ah non, ils ne le sont plus, Julie est intubée, elle est morte, déjà grise et tiède encore, sa maman lui touche la main, sa soeur lui caresse le front et elles doivent la laisser, elles ne la verront plus, les règles de l’épidémie… ses vêtements doivent être brûlés… Elles arrivent quand même à garder une chaîne de baptême, un bracelet.

Elle ne suivra pas Julie les cours de maths en ligne que pour les vivants que donne Yvan Monka, un prof vedette de la crise me dit le Monde.  Il reste d’elle un sourire et des questions…

Et on rend hommage à Michel Hidalgo.

Qui est parti un jour après Julie, il avait 71 ans de plus qu’elle, tant de vie, il a eu le temps d’offrir du bonheur et c’est ma jeunesse qui part, moi qui allait avoir seize ans quand les footballeurs de l’équipe de France le portaient en triomphe, nous étions qualifiés pour la coupe du monde. 

"Aux larmes" titre l’Equipe, qui est ce matin indispensable pour dire ce que nous fûmes,  mais je préfère le titre du papier intérieur signé vincent Duluc, « un Roman bleu»:  bleu comme ses yeux souvent humides d’émotion, bleu d’un maillot et bleu de France dont il était un citoyen humaniste et romantique, qui subit aussi, l’Equipe le rappelle, notre désamour dans les moments de doute, et la dureté de Bernard Tapie qui l’avait fait venir comme une caution à Marseille. Je lis alors un homme d’une courtoisie et d’une confiance qui semble passée de mode, qui faisait confiance et mariait les talents Platini, Giresse, Genghini Tigana, Fernandez, ils pensaient que les talents s’additionnent et ne s’annulent pas,  il manque atrocement en ce temps où nous ne savons plus croire. 

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